LA MORT DE SIR JOHN FIIANKLIN
Dieu sait après quelle agonie, dans cet abandon absolu et cette privation de tout secours. Notre avis est que ce canot devait porter le capitaine Croznier lui-même avec les ofRciers et les maîtres de XErèbe et de la Terreur ; ceci nous paraît prouvé par le fait qu'Obson ait ramassé là des chronomètres, des instruments de marine, des objets en argent, de Pargent monnayé, des livres, toutes choses qui ne sont point à l'usago des simples matelots, mais seulement de leurs supérieurs.
Ce que nous savons du premier voyage de sir FranJdin le long du Coppermine, nous donne la mesure de la prodigieuse force d'ame de ces héros contre des privations et des fatigues inouïes ; nous voyons, dans le récit de cette expédition, le baronnet et ses compagnons se traîner dans les déserts de neige glacée, ne vivant pendant plus de dix-huit jours que du lichen tripe de roche, et réduits enfin à manger leurs chaussures et leurs pelisses. Il est donc présumable que Croznier et les siens, se voyant près de mourir de faim, entreprirent de retourner au vaisseau la Terreur, avec la pensée de tenter le passage par Behrnig, s'ils avaient le bonheur que la mer fût devenue libre. Celte supposition est confirmée d'ailleurs par le détail que donne le capitaine Mac Clintock dans sa relation, en disant que l'embarcation vue par lui et par Obson avait la proue tournée vers la Bootie. Si le canot était traînée par des chiens, comme cela est probable, les voyarow.z ont dû les emmener avec eux pour s'en nourrir; en en tuant deux ou trois par jour, ils auront vécu de leur chair pendant une semaine mais après?
L'imagination se refuse à se représenter les angoisses mortelles de ces infortunés, mourant de faim et de froid, n'apercevant autour d'eux que glaces, neiges et ténèbres. Alors même qu'un bison, un ours ou un loup fût venu à passer, leur état de langueur était devenu tel, qu'ils n'auraient pu se servir de leurs fusils, comme cela était arrivé à Richardson et Hepburn, les compagnons de Franklin, dans son expédition du Coppermine, qui, épuisés par la faim, et voyant paître