‹ La maison de glace, ou, Le chasseur de VincennesChapitre 3 sur 56 · HOTE. O · texte numérisé non relu

HOTE. O

vie, et cédant à l'élan du cœur, il prit dans ses deux mains glacées la main de la jeune fille compatissante, et la baisa, en y laissant tomber une larme d'attendrissement. Hermine regarda fixement cette larme ; puis elle l'essuya avec ses longs cheveux noirs, et retourna en silence s'asseoir sur sa peau de bœuf musqué.

La maison où l'étranger avait ainsi trouvé un refuge, était bâtie d'énormes blocs de glaces, taillés au moyen d'outils de silex aigus et tranchants ; ces blocs posés les uns sur les autres adhèrent entre eux et se soudent de manière à former un mur de cristal d'une extrême solidité ; et les hommes de ces pays septentrionaux savent incliner et entailler les blocs qui doivent former les voûtes, de manière à donner à cellesci une courbe si régulière, qu'on les croirait faites au compas. La maison ne comprend qu'une vaste et unique pièce sans fenêtre, séparée en divers compartiments par des rideaux de pelleterie; au lieu de porte, on y entre par une ouverture dont la hauteur n'excède pas trois pieds, et devant laquelle pend extérieurement, en guise de portière, une épaisse peau de buffle pour exclure ces vents du nord, dont chaque souffle gèle et durcit tout ce qu'il effleure. Au-dessus de cette espèce de porte, et beaucoup plus» haut, se trouve une ouverture ou lucarne vitrée, pour ainsi dire, par des vessies de poisson, percées de manière à laisser sortir la fumée de cette grande lampe qui brûle le jour et la nuit, et répand an gaz noirâtre et une puanteur excessive.

Le long du mur, aux deux tiers de la profondeur de la chambre et à un pied du sol, s'étend une sorte de banc, formé de nerfs de cerf entrelacés, et soutenu par des vertèbres de baleine et d'orque qui servent de pieds ; sur les mailles de celte espèce de filet, on étend des peaux de bœuf musqué dont le poil est d'une longueur et d'une finesse extrêmes, et qui tiennent lieu de matelas; on y dort pêle-mêle la nuit, et le jour on s'y assied , si toutefois on peut parler de jour et de nuit lorsqu'il s'agit de ces contrées lointaines ; car

Page 1