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ils jouissent de beaucoup de force musculaire, le jeune homnne devinl promptemenl un excellent tireur. Le Français lui prêta J'un de ses deux revolvers ; et lorsqu'ils allaient ensemble à la chasse, le vaillant garçon exerçait ses nouveaux talents sur les loups afi'amés qui venaient à lui pour le dévorer, tirant trois et quatre fois de suite, et toujours logeant une balle dans le front de l'animal qui tombait mort sur le coup. Il poussa enfin la hardiesse jusqu'à attendre de pied ferme un ours que le fusil de Martin avait blessé de fort loin ; h monstre accourait furieux pour se jeter sur le Français, lorsque Héron lui déchargea son revolver dans le cœur.
Mi'rLifl n'ignorait pas qu'il y eût sur le continent américain des Indiens cruels et féroces, d'une adresse prodigieuse dans le maniement de leurs massues de bois, de leurs piques, de leurs casse-tôtes en fer qui brisent tout ce qu'ils touchent ; ausssi enseigna-t-il au jeune homme à parer les coups, soit en liant de sa pique celle de son adversaise, soit en lui portant des coups par en haut, et par en bas, avec des parades, des passes et des feiMes pour tromper cet adversaire, qui en sa qualité de sauvage ignorant de tout art, combat brutalement, et ne peut vaincre celui qui se défend suivant les lèglcs, k moins de le prendre en traître. Martin apprit encore à l'Esquimau à se servir de la fronde ; il lui fabriqua deux fortes courroies en peau de cerf, avec une plaque de cuir de bœuf sur laquelle il lui faisait poser des cailloux ronds tirés du lit des torrents, on lui apprenant à les lancer contre un but ; cet exercice rendit à Héron le bras si ferme et SI sûr que lorsqu'il tirait les grues à coups de fronde, il les blessait presque toujours mortellement, à la grande joie de ses compatriotes, pour qui cette arme était inconnue.
Lorsque Martin eut un peu civilisé ses disciples, il voulut mettre la main à une nouvelle entreprise dont le projet lui tenait au cœur depuis longtemps, et dont l'exécution était faclieminement indispensable à la réalisation de ses rêves; c'était d'enseigner aux deux jeunes gens à hre et à écrire en
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français ; il avait reçu des Anglais, qudques carrés de papier, mais voulant les conserver précieusement, il aiguisa deux stylets d'acier, et s'en servit pour faire graver à ses élèves les lettres de l'alphabet sur des plaques de glace. C'était une chose curieuse, en vérité, que de les voir ainsi profondément appliqués, et entourés de leurs frères et de leur sœur que ce spectacle étrange faisait rire à gorge déployée.
Héron avait l'esprit un peu obtus, et il fallut avec lui beaucoup de patience et de volonté ; mais Hermine, dont l'intelligence était prompte et active, saisissait les leçons au vol, et prononçait les mots français plus facilement que son frère ; Martin jouissait de la voir exciter Héron à nommer chaque lettre, à prononcer distinctement les mots qu'on leur apprenait, à moduler les diphthongues, à répéter le sens des paroles. A la maison, quand elle avait terminé sa besogne, elle s'asseyait sur sa peau d'ours, fixait ses yeux sur la feuille de papier que Martin avait écrite pour elle, et ne les relevait plus qu'elle ne sût sa leçon par cœur, tandis que Héron qui ne pouvait sans impatience se tenir tranquille, et passait une grande partie de sa vie à la chasse, ne s'appliquait pas trop à ce travail; Hermine s'en plaignait et lui disait: ' — Tu ne veux donc pas connaître le Grand-Esprit, puisque tu n'apprends pas les mots qui parlent de lui, et que, sans ces paroles, tu ne pourras lire le livre de Martin où il assure que se trouve écrit tout ce qu'il faut faire pour connaître, aimer et servir le Dieu du ciel? 11 me semble, à moi, être séparée par mille ans du moment où j'obtiendrai cette bienheureuse connaissance, et je ne serai jamais satisfaite tant que je n'aurai pas réussi à lire le nom du Rédempteur et celui de sa divine Mère.
Le pauvre Héron, pressé par ces remontrances, prenait en main le stylet, et se mettait à graver l'alphabet français sur les blocs de glace, alignant de grandes collections d'A, de B, de G, qu'il nommait à haute voix tout en les écrivant. Hermine, bien plus avancée, en était à l'épellation. Martia lui
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iivait promis de lui donner à baiser sa médaille de la sainte Vierge lorsqu'elle lirait couramment les noms de Jésus et do Marie, H elle travaillait de toutes ses forces pour mériter uni* récompense si précieuse à son cœur.
Allait-elle à la chasse avec son père, pendant les longues heures qu'elle passait, étendue sur la glace, à guetter les phoques et les veaux marins, elle gravait avec son stylet, sur cette surface unie, toutes les lettres de l'alphabet à deux, trois et quatre reprises pour s'exercer ; de même, quand ello était assise à attendre les lièvres pour les prendre vivants dans les filets que .Martin lui avait appris à fabriquer, afin do les conserver, de les nourrir et de s'en servir en cas de besom, quand le produit de la chasse diminuerait; car lea sauvages, déréglés et imprévoyants, ne pensant jamais au lendemain, di'vorent souvent en certains mois heureux tous leurs vivres, et le mois suivant meurent de faim si les brouillards et les ^ tempêtes mettent obstacle a !a chasse. C'est pourquoi le Français, voyant Hermine si intelligente et si soigneuse, lui montrait à conserver vivant une partie du gibier en vue des nécessités futures ; pour lui en faciliter les moyens, il construisit dans un com de la maison, avec les bois tirés des vaisseaux de Franklin, une espèce de loge divisée en deux compartiments, dont l'un fut destiné aux lièvres et l'aulre aux lapins. Ces animaux se nourrissant de mousse et de lichen, iMartin fit remarquer à la jeune fille certains creux de rochers à l'abri de la neige, et lui fit recueillir ce fourrage à l'aide d'un de ses outils, pour le lier ensuite en petites bottes que l'on suspendit aux cordes tendues dans l'intérieur de la maison
L'obéissance et la bonne volonté d'Hermine ne tardèrent pas à porter leurs fruits, et Martin eut la satisfaction bien sentie de l'avoir amenée à lire sinon couramment, au moins d'une manière passable, l'impression et l'écriture. La première fois que la jeune fille lut tout entiers les noms chers et augustes de Jésus et de Marie, elle en conçut une Joie indici-
ble, ce que voyant Martin, non-seulement il lui accorda de baiser la médaille de rimmacuiée Conception, mais encore il la lui suspendit au cou et la lui laissa toute la matinée tandis qu'elle s'occupait à plumer deux énormes oies du Canada ; pendant ce temps, le pauvre Héron qui n'avait pas encore réussi à former des syllabes pleurait et s'agitait, et s'établis- ■ sanl, les coudes sur la claie, le front dans les mains, il s'évertuait à épeler à haute voix, tout en regardant de nioment en moment au cou de sa sœur, pour y voir l'image de Marie et la prier, à mains jointes, de lui faire la grâce de lire son saint nom.
Alors Martin, voulant aider cet être simple à réaliser son ardent désir, découpa avec des ciseaux, dans la feuille écrite, les lettres majuscules, nécessaires a former ces deux noms célestes, les passa à l'encre, et, les éparpillant sur la table, dit au jeune homme :
— Allons, mon brave Héron, ingénie-toi à réunir ces lettres que tu connais bien à présent, et composes-en le nom de Jésus et celui de Marie, mais toi-même, enlends-tu ? Hermine ira, pendant ce temps-la, voir aux lapins et aux ramiers: si tu réussis, tu recevras la même récompense que ta sœur, et j'y ajouterai, en outre, ce petit couteau. Regarde comme il est joli ! Il te sera bien utile pour couper les nerfs de renard dont tu tresses la corde de ton arc afin de tuer à coups de llèches les grues et les foulques, quand ces oiseaux traversent ks airs en émigrant vers les climats tempérés de lEurope.
Les soins du chasseur de Vincennes fureiit couronnés d'un plein succès. Hermine, pour une jeune sauvage, avait étonnamment réformé ses habitudes grossières ; elle avait perdu celle puanteur de graisse rance, ces façons puériles, sales et barbares, ces rires extravagants ; elle iliiit devenue plus propre, plus réservée dans sa tenue et ses discours, plus modérée en toute chose. Bientôt, elle commença à balbutier le français avec Martin, ayant déjà appris beaucouj) de mots désignant les objets usuels ou les incidents urdiiuii-