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res de la vie, ainsi que certains petits dialogues familiers ; mais surtout le Pater, \'Ave et le Credo qu'elle répétait presque conlinuellemeflt à Héron, en le faisant mettre à genoux dans l'attitude qu'elle voyait prendre à Martin ctiaquesoir.
Lorsqu'une fois elle sut lire tant bien que mal, il n'y avait plus moyen de lui ôter le catéchisme des mains ; et elle tournait sans cesse autour de Martin pour qu'il lui expliquât k sens des paroles qu'elle ne comprenait pas, ce qui donna à celui-ci l'idée de traduire verbalement le livre aux deux jeunes gens dans la langue des Esquimaux, et d'exciter leur émulation pour le leur faire écrire dans leur idiome natal. Cette émulation était si vive entre le frère et la sœur que lorsqu'ils sortaient ensemble en traîneau, devant guider les chiens alternalivement, ils étaient si occupés à se réciter l'un à l'autre de longs passages du catéchisme, et si absorbés par leur travail mental, que, bien souvent, les chiens abandonnés à leur fantaisie vagabonde, déviaient de leur ligne, entraînaient leurs maîtres dans des endroits périlleux et les faisaient rouler avec le traîneau renver.«é au fond d'énormes ravins, où ils se trouvaient à demi-ensevelis dans la neige nouvellement tombée dont le vent avait rempli ces précipices.
Quelquefois, en courant sur la plage, ils cassaient des marceaux de glace, et y gravaient, de la pointe de leurs stylets, la traduction du chapitre qui leur avait été assigné. Si Martin les accompagnait, ils lui lisaient leur œuvre, en effaçaient les fautes, et la recommençaient tout entière, surtout Héron qui avait l'intelligence un peu lente et lourde en comjjaraison do la facilité d'Hermine qui avait appris en peu de mois, non-seulement h lire presque couramment, mais encore à écrire d'une manière passabJe. Martin était le plus heureux homme do la terre, et il espérait pouvoir, vers le mois de Février, réaliser ses projets, et tenter avec les deux jeunes gens de traverser le détroit de Simpson.
En attendant, et comme il n'osaiS se lancer dans l'explication du catéchisme, il s'efforçait d'en faire apprendre le
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mot à mot à ses élèves, surtout les mystères qui sont le fonde ment de notre sainte foi, les commandements de Dieu, et les sept sacrements qu'il leur faisait répéter tous les jours. Mais ce qui ravissait les deux jeunes gens, c'étaient quelques strophes d'hymnes et de cantiques imprimées Si la fin du catéchisme du père de Smct, a l'usage des néophytes indiens, et que Martin leur enseignait à chanter ; il jouait bien de la flûte, et en avait une petite qu'il portait toujours dans sa valise ; et, lorsqu'il avait entonné un air, avec les jeunes gens, il les accompagnait de son instrument. Hermine avait une belle voix de soprano, claire, limpide, argentine, et elle atteignait les notes les plus élevées ; Hérun avait un timbre de ténor, mais pendant longtemps, les sons en restèrent rudes et peu modulés jusqu'à ce que l'étude les eût rendus plus doux et plus amples. Chaque fois que, pendant les longues nuits, Martin faisait chanter ses élèves en les accompagnant de ce petit instrument suave et (in, toute la famille tombait en extase.
Au milieu de ses pures jouissances du Français, il arriva un incident si grave que Martin craignit de voir échouer tous ses desseins ; et que, si la Madone à laquelle il se recommanda du fond du cœur ne l'eût protégé, il aurait pu courir grand risque de la vie. La mère d'Hermine passait parmi les siens pour une géante, car elle dominait de la moitié de la tête toutes les femmes de la bourgade ; elle était robuste, forte et sanguine ; quoique déjà d'un ûge mûr, elle n'avait pas encore un cheveu blanc; elle savait se faire craindre et aimer de tout le monde, étant, contre l'ordinaire des Esquimaux dont la nature est fort pacifique, vaillante et hardie, mais franche et d'un cœur généreux; si bien qu'il n'y avait pas une femme du voisinage qui recourût à elle dans sa détresse, sans en recevoir de gros morceaux de phoque, de jeune baleine et de veau marin pour elle et ses enfants.
Or il advint qu'un jour que toute la contrée était couverte de neige et de glace, et qu'il y souillait un vent du Nord à
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g(^er des cli iborvs cirde.îUs, ôtHnt à la chnsse aux rctiiird?, elle entendit, de formidables hurlements de loups affamés. Elle avait trouvé pris aux tréburhpfs, dn.ns les filets et les pi<'>ges à détente, trois renards, t]uatre lièvres, un lapin et deux martres. Les hurlements des loups allaient croissant, maisaya'nt regardé aiilcair d'elle et ne les apercevant pas, la courageuse f-e mme mit sa proie dans un sac de peau d'élan, et reprit le chemin de l'habitation ; mais, tout à coup, en levant les yeux vers l'Est , elle vit sortir d'un ravin une baxide de loups furieux qui accouraient à sa rencontre. Ello n'avait d'autre arme que le bâton pointu qui la soutenait sist la glace ; saisie de terreur, elle se mit à courir dans la direction de la maison, i< les loups la suivirent.
Au milieu de son effroi, elle pensa n'avoir d'awtre moyen d'écliapperà la mort que de jeter une proie à ces bèfes férores; alors, elle leur lança un renard, le plus loin qu'elle pût ; les lou[)s de se jeter dessus, et elle de courir ; puis, aussitôt l'animal dévoré, le groupe atTamé se desserre, se reforme en bande et repart à la suite de la pauvre femme. Elle leur jette le second renard, puis le troi.ïicme, et elle a déjà presque atteint sa demeure, lorsque les chiens entendant les hurlements ©t. sent d ni l'o' leur des loups, s'élancent tous à la fois sur eus et leur font ufl mauvais parti.
Pendant ce temps, la mère d'Hermine, épuisée par la terreur et la course forcée qui avait mis sa respiration à une épreuve dangereuse, au lieu de s'asseoir tranquillement, une fois rentrée, et de boire deux tasses d'huile fraîche de phoque, se fit apporter par sa (ille un gros morceau de viande de cerf et une dalle d'esturgeon, qu'elle dévora avidement, suivant la coutume du pays. Puis, non contente de ce repas, lorsque les hommes revinrent, elle soupa avec eux, faisant grande fêle à la chair de phoque et de veau marin, et à la sauce épaisse composée cJe sang et de graisse de bison. Toute cette pitance accumulée fermenta dans son estomac <jù ellr formait uae masse énorme, et, toute la nuit, la pauvre
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f-mmo eut un diMire épouvantable ; puis, an jour, elle lut prise de coliques si aiguës qu'elle se tordait comme une couleuvre.
Goë'arid qui aimait sa mère d'un amour sauvage et passionné, la voyant souiïrir ainsi, courut précipitamment clierclier V Anrjekok en lui disant.
— Viens ; le mauvais esprit à l'ait enfler le corps de maman et vent la tuer.
Ces AiiQcfiok ou sorciers des Esquimaux ne connaissent d'autre traitement médical que la succion pratiquée à l'endroit où le malade ressent de la douleur ou du trouble ; s'd y a fièvre sans souffrance locale, ils sucent le patient sur la réirion du cœur ; mais en s'inlerrompanl à chaque instant, pour réciter des invocations au démon, et faire cent autres actes de superstition et de sorcellerie. S'ils voient que la fièvre soit sur le point de tomber, ils se mettent à danser autour du malade, en frappant dans leurs mains, riant, criant, faisant un bruit épouvantable, afin, disent-ils, d'effrayer la maladie et de la mettre en faite.
Mais saperçoivent-ils que le mal augmente, et leur expérience leur l'ail-elle juger qu'il n'y a plus do remède, alors ils plantent un gros pieu dans le sol de terre delà maison ; tout en pratiquant un trou pour y placer l'extrémité de ce pieu, ils prononcent toutes sortes de conjurations; puis, lorsque le trou est fait , ils se livrent au-dessus de lui, à de grands gestes de la main, du pied et de la jambe, avec lesquels ils décrivent des cercles en l'air ; enfin ils dressent le piquet, y attachent une corde de nerfs d'élan ou de renne tressés, et la tirent de toutes leurs forces pour arracher ce piquet qu'ils disent retenu par le démon , lequel veut la mort du malade, afin de se repaître de sa chair.
A peine l'Angekok fut-il entré, et, s'approchant de la mère de famille, l'cut-il vu dans cette terrible crise, qu'il •Milreprit une foule de sortilèges et de folles invocations. -Martin gardait le silence et l'observait, pensant que les ma-
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giciens du pays pouvaient avoir, en effet, quelque remède efficace contre une indisposition qui ne doit point être rare parmi de si grands mangeurs ; mais voyant que cette brute s'épuisait en jongleries, et que les souffrances de la pauvre femme augmentaient, il n'y put tenir davantage; et, prenant Hermine à part, il lui dit en français :
— Jeune fille, tâche d'obtenir un peu de tranquillité autour de la malade ; puis, va dire à ton père : a Si vous m'accordez la permission d'aller avec Martin, trouver les Robes noires pour connaître le Grand-Esprit, Martin s'offre à guérir ma mère. »
Hermine obéit, mais tel était le crédit de fAngekok que ses parents l'accablèrent de reproches à l'envi l'un de l'autre.
Cependant le sorcier, jugeant la malade perdue, commença à creuser un trou pour y planter le piquet magique ; ce que voyant le Mariner, il se mit à trembler de tous ses membres, et il ordonnait déjà à sa belle-fille de préparer la peau de bison destinée, suivant l'usage, à envelopper sa femme qu'il regardait déjà comme morte. Alors Martin, ému de pitié pour l'ignorance de ces pauvres gens et d'indignation pour les jongleries du magicien, s'approcha du lit, et appelant le il/arfrter, lui parla ainsi :
— Ami, tu as déjà l'expérience de la guérison de Héron; j'espère guérir aussi ta femme ; mais il faut me promettre do bon cœur, l'un et l'autre, ce qu'Hermine vous a demandé.
Les deux époux lui donnèrent la parole qu'il réclamait. 11 dit ensuite à la jeune fille et à son frère :
— Mettez- vous à genoux et récitez de toute votre amo \Ave Maria.
Puis, courant au sorcier, il trancha d'un coup de hache, la corde attachée au pieu magique, en criant :
— Angekok, ton démon est en fuite; le Grand -Esprit du ciel l'a mis en déroute ; retourne chez toi, ou je t'arracherai encore tes foudres du nez.
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L'encliantcur pâlit, et se retira ; toutes les femmes venues pour visiter leur voisine malade en firent autant. Alors Martin qui avait pratiqué la phlébotomie à bord des navires baleiniers, tira une lancette de sa valise, coupa des bandes de peaux de renard, et, sans perdre de temps, fit une saignée abondante à la patiente ; après quoi il lui donna à boire une tasse d'huile de phoque purifiée ; et n'ayant rien pour faire des fomentations, il éventra un lapin vivant et en mit les entrailles, toutes chaudes et palpitantes, sur le corps de la malade qui fut bientôt baignée de sueur, et dont les douleurs cessèrent peu à peu , la nature profitant des voies cpii lui étaient ouvertes ; quelques heures après, la mère de famille ne sentait plus aucun mal ; la joie de tous les siens était indicible; et, quoique les sauvages soient en général peu reconnaissants, Martin était pour ceux-ci le représentant du Gk-and- Esprit , et ils le regardaient avec étonnement et respect, comme un être céleste.
Alcyon et Goëland, voyant leur mère guérie si promptement, et contre toute attente, ne purent contenir leur exalla- (ation. et, s'élancant au dehors, ils parcoururent la bourgade on annonçant partout que l'homme blanc avait rendu la santé à leur mère ; quil était l'ami et l'envoyé de Torigarsuk ; que tous eussent à venir et à voir. Les femmes accoururent en foule, et trouvant leur amie assise sur sa couche de pelleteries, elles battaient des mains, sautaient de joie, regardaient la convalescente, la touchaient et lui demandaient.
— Gomment cela se fait-il ? Tu étais morte, et te Toilà de nouveau pleine de vie ; qui a remis le souffle dans ton cœur?
La belle-fille prenait la parole et répondait qu'Hermine et son frère Héron savaient les paroles du Grand-Esprit que l'homme blanc leur avait apprises, et que, tandis que celui-ci donnait des soins à leur mère, eus répétaient à genoux ces paroles puissantes. En entendant celte explication, les femmes entouraient Hermine, et la suppliaient, avec instances, de leur enseigner ces mots magiques pour giK^rir, qui, un
enfant, qui. un mari, qui un frère. Hermine répliquait que si elles ne cessaient d'invoquer Torigarsitk, l'Esprit du ciel ne donnerait pas d'efficacité aux paroles sacrées. Mais ces créatures ignorantes ne pouvant comprendre de si hautes vérités, demeuraient muettes et pétrifiées.
Avant d'entamer un autre ordre de faits relatifs à Martin et aux deux jeunes Esquimaux, il nous faut donner le résunné historique de l'état des missions catholiques dans les contrées polaires, tant pour faire admirer les desseins de la divine sagesse, cfue pour louer les efTorts inouïs des hommes apostoliques qui se consacrèrent avec tant de dévouement, de constance et d'intrépidité, à la conversion et à la civilisation des tribus sfinvpp;,?s, errantes sur les glaces boréales. Et d'abord, il faut savoir que la religion du Christ fut prêchée dans les régions arctiques, du fait de saïut Auscarius , dès le neuvième biècle ; et que ces peuples Scandinaves qui, pendant plus de deux siècles, avaient mis à feu et à sang une si grande partie de l'Europe, et qui avaient été la désolation de l'Eglise de Dieu, une fois parvenus à la connaissance de Jésus-Christ, s'animèrent d'une telle ferveur, que l'Islande venant à être découverte par les habitants de la Norwége, ceux-ci y propagèrent la foi dès le commencement du dixième siècle ; phfs tard, Eric-le-Roux ayant découvert le Groenland vers l'an 983, et des colonies Scandinaves s'y étant établies, avant que la première moitié du onzième siècle se fût écoulée, on y vit s'élever douze églises etueux ou trois monoslères; mais ces chrétiens hyperboréens ne se tinrent pas pour satisfaits jusqu'à ce qu'ils eussent obtenu un évêque, le prcm;cr fut Erkc
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Gnupsonqui.de llslande, se Iranspcfta au Groenland vers l'a;) IMS, et auquel succédèrent douze autres évêques jusque dans le quinzième siècle où les établissements chrétiens furent à ce qu'il paraît, détruits par les premières incursions des Esquimaux.
Quant à l'Eglise d'Islande, elle posséda, dès le onziètne siècle, de;ix sièges épiscopaux; et dans le suivant, elle eut des évoques nationaux, d'abord à Skaalholt,, puis un peii «près, c'est-à-dire en 1 107, à Holum ; ces évêques fondèrent des séminaires où, pendant plusieurs centaines d'années, les hommes les plus érudits de l'Earope septentrionale se formèrent à la piété, à la connaissance des lettres et des sciences, avant de quitter leurs glaces natales, pour aller étudier dans les plus savantes universités d'Angleterre, de Paris et de Bologne, d'où ils revenaient en Islande répandre, parmi leurs compatriotes, le bienfait de Tinstruction la plus haute et la plus noble. Les Sagas islandaises, ou poèmes historiques de ces peuples du Nord, et les Eddes ou recueils des chants de leurs Scaldes, anciens poètes et ménestrels de l'île, sont des monuments éternels de la littérature et de l'érudition des Islandais. Parmi ces populations simples et douces, les évêques et les fw-êtres étaient les pères, les maîtres et les gouverneurs des familles aussi bien que de la chose publique, aussi Adam Bremense écrivait-il au onzièuH) siècle : Islandi Episcopum suum pro rege habent.
La science et la piété fleurirent donc en ce pays de l'an 900 à l'an 1 550 ; mais l'Islande étant tombée sous la domination danoise, le roi Christian III n'épargne aucune violence pour la rendre luthérienne; et 1^ deux évêques catholiques résistant courageusement à cette œuvre d'impiété, celui de Skaalholt, Ogmund, se vit enlevé à son cher troupeau et plongé dans un cachot obscur en Danemarck, où il mourut de laini et de mau\ ais.traitemenls , quant à Jean Arason, évoque de Holum, il fut décapité dans la même année 1 550. Les évêques luthériens envoyés par Christian lil, persécutèrent le
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clergé catholique qui résista jusqu'à la tin du siècle, ainsi que toutes ces loyales et nobles familles patriarcales ; mais la jeunesse, forcée d'étudier dans les séminaires protestants, fut entraînée peu à peu dans l'erreur, sans toutefois que ces candides insulaires aient jamais mis rigoureusement en pratique les conséquences du protestantisme ; au contraire, les évoques luthériens jugèrent sage et prudent de conserver beaucoup des formes de la liturgie catholique, des cérémonies, des ornements sacrés, des noms des différentes parties de la messe, des dignités capitulaires, etc.
En Islande, les familles ne sont point rassemblées en viHages ni châtellenies, mais chacune d'elles vit séparément sur son domaine, élevant du bétail dans ses prairies, semant et récoltant dans ses champs, durant les quelques mois de dégel, les grains appropriés au climat, abattant, dans les forêts de sapins, sa provision de bois pour l'hiver. Le grand-père est le roi de la maison ; ses fils tiennent leur éducation première de lui et de sa compagne ; ses petits-enfants apprennent de leur mère la prière, de leur père la lecture et l'écriture ; dans les longues nuits, on lit à la lueur de la graisse de baleine, on dessine, on fait de la musique, on sculpte en bois. Cette vie intérieure et séparée de tout voisinage par les neiges, rend les mœurs douces et honnêtes, entretient le respect filial, la franchise et la simplicité.
Il n'y a donc point lieu de s'étonner que ces populations soient restées religieuses et attachées à leurs anciens usages ; et que, tout en n'entendant plus jamais parler de l'Eglise catholique, elles aient gardé en grande partie la fidélité aux traditions de cette Eglise. Ainsi la prière du matin et du soir se récite en commun et sans la moindre altération ; la lecture spirituelle se fait dans les nuits d'hiver; avant d'entreprendre uu voyage ou de commencer la pêche du hareng, avant de se hasarder sur la mer orageuse à la poursuite des baleines et des orques, on invoque Dieu et la protection des Saints. Parmi les dogmes qui se sont conservés malgré la théOiOgie
xa^ue et incertaine des ministres, les Islandais ont gardé ceux de la présence réelle dans l'Eucharistie, de la divinité de Jésus-Christ, de l'œuvre divine de la Rédemption; la doctrine du péché originel leur est restée, ainsi qu'un tendre respect pour la sainte Vierge, mère de Dieu*. Ils ont conservé précieusement le sacrement du Baptême dans sa matière et dans sa forme, et ils s'empressent toujours avec zèle de le faire administrer à leurs enfants. Le sacrement de la Confirmation n'est plus qu'un examen public fait dans le temple, une fois Tan, par le ministre, et dans lequel les parrains renouvellent les engagements qu'ils ont pris au saint baptême. Ces bons insulaires se rendent le dimanche à l'église, dont ils sont quelquefois éloignés de bien des milles, et qu'ils n'atteignent qu'avec une peine extrême, h cause des neiges, des glaces, et des froids cruels du cercle polaire sous lequel est située l'Islande. Us aiment aussi et honorent les images saintes, tant l'isolement où ils vivent leur a conservé leur antique simplicité de cœur 2 !
L'hisloire démontre que, de la Norwége qui s'étend du sud au nord jusqu'à la Laponie, les hardis navigateurs qui fendaient les mers hyperboréennes sur leurs légers navires allèrent peupler de nombreuses îles septentrionales; puis, redescendant vers le Midi, devinrent les pirates les plus audacieux et les plus féroces, au grand dommage des empires les plus prospères et les plus puissants de l'Europe. Les ravages des Normands furent, pendant deux siècles, la terreur et le fléau des riverains germaniques, des Scotts, des Angles, des Bataves et des Francs; ces nations fortes et belliqueuses, assaillies à l'improviste par les cruels Scandinaves, n'avaient pas le temps de se mettre en défense ; avant que leurs guerriers eus-
(1) Un de leurs évoques luthériens, Brynsolf Svaisson, a même compose, au dix-septième siècle, sept odes en l'honneur de Marie.
(2) Ces détails sont extraits d'une relation particulière écrite en IS.'i? par un savant Islandais, reçu docteur à l'université de Copenhague, et qui, récemment converti à la religion catholique, fit un voyage en Italie.
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470 LES SUSSIONS poLAinES.
sent pu se rassembler et se préparer au combat, les pirates avaient déjà dévcisté les plus riches cités, les campagnes les mieux cultivées, pillé les trésors les plus splendides, passé les hommes au fil de l'épée, emmené les femmes et les enfants en esclavage; brûlant, démolissant, détruisant de fond en comble châteaux, palais, cathédrales et monastères, et se réfugiant ensuite à bord de leurs navires pour aller ravager de nouveaux royaumes.
Dieu dont la justice voulait punir les crimes de ces siècles de fer, se servait de ces hommes avides et féroces, devenus iliins sa main vnga furoris ejus. 11 lui plut ensuite, au lieu de briser cette verge et de la jeter au feu, de la faire germer et croître Jusqu à devenir cet arbre magnifique de l'Eglise Scandinave qui a porté tant de fruits pour la vie éternelle. 11 suscita d'abord, pour répandre la semence de la foi, saint Auscarius, évéquc de Hnmbourg, de qui vient le nom d'Oscar porté par tant de rois Scandinaves; puis, au onzième s ècle. il inspira le roi de Norwc'ge, saint Olaûs, qui fit venir d'Angleterre des moines zélés et savants, rendit chrétien tout son royaume, et ajouta la palme du martyre à la couronne royale. Plus tard, ainsi que nous l'avons dit plus haut, les Norvvégiens portèrent la foi en Islande, et, de cette froide contrée, jusque sur les glaces du Groenland.
Nous ignorons si les terres les plus septentrionales de la Norwége. appelées aujourd'hui Laponie, étaient habitées aux dixième et onzième siècles par les Normands, et si le nom du Rédempteur y était connu et adoré comme chez les peuples plus méridionaux du même pays, où la religion du Christ était si florissante. Cependant les vestiges encore subsistants d'églises d'une antiquité très-reculée, près du cap Nord qui s'avance dans la mer Glaciale, nous paraissent un indice évident que les tribus finnoises n'habitaient point encore la Laponie à l'époque de la construction de ces monuments ; car les Lapons, venus de l'extrémité orientale de la Tariarie asiatiipie pour s'établir dans ces tristes plaines boréales, n'ont
LCS M'.SSIO.NS PUHIRES. < * I
jamais connu le divin et consolant mystère delà Rédemption humaine, ou ne l'ont appris que défio;uré par les minisires luthériens que les rois r'e Danemartk et de Suède ont envoyés dans les villages de la Laponie.
Le cavalier ' Jacobo Carelli, jeune et infatigable voyageur, natif de Novarre, que son ardeur a porté jusqu'aux lieux les plus reculés, nous a raconté qu'en se rendant au Cap Nord, il avait rencontré dans la dernière bourgade laponne, le ministre luthérien, homme aux manières courtoises et à l'esprit cultivé, qui vivait d'une grosse pension servie par le gouvernement, au milieu de ces gens simples et doux à qui il tenait lieu d'mstiluteur, de jnge, de médecin, de conseiller, de père. Au-delà de ce hameau, commencent les interminables landes hyperboréennes où l'on trouve encore quelque* groupes de deux ou trois familles laponnes, habitant des cabanes de terre appuyées au penchant de quelque monticule qui les défend des rafales du vont du Nord. Ces infortunés sont privés de la connaissance du Christ; mais leur nature est bonne, douce et tranquille; ils sont hospitaliers et sincères : ils vivent de poisson et du lait de certaines petites chèvres à longs poils qui vont broutant la mousse et le lichen sur le revers de quelques élévations de terre, dans les fentes des rochers, et même sous la neige qu'elles fondent de leur haleme pour arriver à cette maigre végétation.
Tel a donc été le résultat des anciennes missions polaires de l'Europe. Il reste à parler des peuples qui habitent les régions boréales de la Sibérie, c'est-à-dire des Samoyèdes, vivant sur les bords de l'Oby ; des Surguiskois, des Tunguses, des Mangaseiskois, rassemblés au bord du Yenissei; des Yakoulzkis, fixés sur les rives glacées de la Lena; des Youkagres, qui parcourent les bords de \Indigir et du lilema; des
(1) Caralier terme de courtoisio italienne qui implique une certaine distinction, équivaut ii peu près au mot anglais genileman.
[Noie du l icujtuct«ui'i.
Tskois, qui pèchent les poissons du Knlima ; enfin, tout à l'extrémité, des Tzutsckis, établis aux environs de YAnadir qui se jette dans l'Océan Pacifique au-dessus du détroit de Behring. Toiis ces peuples, plus ou nioins nombreux, répandus dans l'immensité de ces régions depuis le soixantième degré de latitude jusqu'au soixante-quinzième, et du quatrevingt-dixième degré de longitude jusqu'au deux centième, n'ont peut-être jamais entendu annoncer le nom et la doctrine de Jésus-Christ. Excepté les petites villes russes, chefslieux des différents districts finissan-tau Kolima, dont les magistrats et les autres fonctionnaires sont des chrétiens du schisme grec, toutes ces populations, soit nomades, soit rassemblées en hameau dans des cabanes de peaux de phoque soutenues par des os de baleine, sont encore idolâtres ; et les lois de l'Empire russe interdisent aux missionnaires c^ttholiques de pénétrer, pour les éclairer, jusqu'à ces pauvres gens, dont la plupart sont bons, sobres, honnêtes et sincères.
Il est vrai que les jésuites de Pétersbourg avant 1820, époque où ils furent bannis par l'empereur Alexandre, sous l'influence de la société secrète de V Illuminisme russe, envoyaient des missionnaires en Sibérie jusqu'à Yakoutsk sur la Lena; mais plutôt à l'effet d'assister les catholiques exilés dans ces contrées glaciales, que dans le but d'évangéliser les idolâtres. Ces missionnaires partaient de Pétersbourg dans les voitures primitives du pays, traînées par des chevaux de la poste impériale , comme si les voyageurs eussent été fonctionnaires ; ils allaient visiter les stations des exilés en Sibérie parmi lesquels il y avait beaucoup de nobles Polonais appartenant à la religion catholique ; enfin, après un voyage de plusieurs mois à travers des chaînes de montagnes abruptes, d'épaisses forêts et d'interminables landes ou Steppes, comme on les appelle en russe, ils arrivaient à Tobolsk où ils s'occupaient à consoler ces malheureux gentilshommes qui, traités en prisonniers d'Etat, menaient, au milieu de glaces éternelles, une vie solitaire et désolée, dans leurs huttes
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de lerre et de chanme, vôlus de peaux d'ours et nourris du pain rare et amer de l'exil. Leur joie était si grande en voyant les missionnaires qu'ils oubliaient leurs souffrances, et ne songeaient plus qu'à fortifier leur anie par les sacrements; la plupart avaient été exilés sur les soupçons jaloux des nouveaux maîtres de ce royaume déchiré ; arrachés h. la tendresse de leurs épouses, aux caresses de leurs enfants, à leurs richesses héréditaires, à leurs honneurs nationaux, à toutes les douceurs de l'existence pour aller traîner dans la solitude, la misère et les glaces, des jours douloureux et sans espérance, ils acceptaient alors toutes leurs angoisses avec un© noble résignation, et les offraient à Dieu.
Un grand nombre d'entre eux étaient l'objet d'ordres si sévères que personne ne pouvait les voir, et qu'ils vivaient isolés sur les rives de l'Oby et du Yenissei, au milieu d'épaisses forêts de sapins ; ou sur les bords glacés des lacs de Purskoe, do Piapiskoi et de ZulliOica, sans autre distraction que celle de la chasse et de la pèche. Ces infortunés gentilshommes avaient pour unique consolation la visite du Missionnaire ; aussi l'accueillaient-ils dans leurs cabanes comme Fange de la miséricorde, s'informant à lui de leurs femmes, de leurs enfants, de leurs parents et de leurs amis, avec cette ardeur anxieuse qui ne peut être sentie et exprimée que par celui dont le cœur est resté auprès d'objets chéris, et qui est séparé d'eux par une distance de six ou huit mille vversles, sans espérance de les revoir jamais.
Ces généreux apôtres, après avoir ainsi secouru les exilés sur la première ligne de station, se rendaient à la seconde et à la troisième, et partout leur présence produisait dans les âmes désolées l'effet du soleil sur la nature, lorsque ses rayons en se montrant dissipent l'obscurité de la nuit, raniment les plantes languissantes, réjouissent les oiseaux et tous les sauvages habitants des bois, et répandent le courage et la gaieté dans l'ame du pèlerin. Ici même, au sanctuaire de Galloro, sur les riants coteaux de l'Aricie où j'écris oes pages,
MAIS. DE GL
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je fis la connaissance du père KamienrosH, l'un des héroï- (jues missionnaires de la Sibérie, et il me raconta les privations et les fatigues de ces voyages inlerminabl(>s à travers d'immenses landes désertes, dépouillées, desséchées par la gelée, où l'on se guide par l'observation des astres, comme en naviguant sur l'Océan sans limites ; où, la nuit venue, après avoir détaché les chevaux ou les rennes qui cherchent leur pâture dans ces steppes arides, il faut dormir .«ous la couverture de la clrarrette ou du traîneau ; où les jours s'écoulent et se succèdent sans que l'on voie une seule figure humaine, san« que Ton aperçoive autre chose qu'un ours blanc ou noir à l'horizon, ou les troupeaux d'élans, de rennes et de cerfs qui vont chercher, au mois de juillet, les verts pâiurages de la Lena, de \'Indigir et du Kolima, et s'abreuver à ces eaux d'azur destinées aux mers boréales.
Quelquefois les missionnaires venaient à passer près de la tente de quelque famille lartare de la tribu des Turyuses ou de celle des Yakoutskis ; ils étaient alors invités avec politesse et il leur fallait entrer et rendre courtoisie pour courtoisie; mais ces braves gens ayant pour habitude de tuer un veau en l'honneur des voyageurs , et leur usage rigoureux étant de ne pas permettre aux étrangers de les quitter avant que le veau ne soit mangé en entier, les missionnaires étaient assez souvent dans le cas de s'arrêter deux ou trois jours. Ils profitaient d'une circonstance si favorable, pour instruire ces malheureux des mystères de la Rédemption humaine, et leur démontrer la stupidité d'adorer comme Dieu leurs poupées de chiffons, bourrées d'étoupe à l'intérieur, et vêtues de haillons de linge ou d'étoffe de laine, avec des figures légèrement teintes de cinabre et des yeux de verre.
Ces poupées, objets de leur adoration, disaient les missionnaires, n'entendaient pas leurs prières, et ne pouvaient ni les aider dans leurs besoins, ni les défendre dans leurs périls. Ils devaient bien voir, d'ailleurs, que, lorsqu'ils portaient à la bouche de leur idole la première cuillerée de
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soupe, suivant l'usage quotidien, cette soupe se répandait sur lo raenloû et la poitrine de la poupée qui en était tout inondie, précisément parce que celte poupte était inanimée, et ne pouvait, par conséquent, ni ouvrir la bouche, ni avaler comme les êtres vivants.
Au lieu de ces idoles impuissantes, il fallait adorer le Dieu du ciel qui a créé d'une parole, le soleil, la lune, les étoiles et tout l'univers, le Dieu vivant et véritable, présent en tous lieux, conservant le monde par sa force, et le gouvernant par sa sagesse. Avec ce Dieu créateur, il fallait adorer aussi son Fils Jésus-Chritst qui, pour racheter l'homme, esclave du démon, s'est incarné dans le sein immaculé d'une Vierge, a Souffert sur la croix et y est mort pour l'amour de nous.
Les Tartares restaient pétrifiés à ces discours; mais lorsque les missionnaires leur montraient une belle image, peinte de couleurs vives, représentant Marie avec l'enfant Jésus dans ses bras, ces pauvres gens tombaient à genoux, mclinaieni leur tête jusqu'à terre, et honoraient limage sainte avec une crainte pleine de tendresse. Les missionnaires la ti.xaient ensuite dans l'endroit le plus respecté de la lenle ; et il leur arriva quelquefois, en repassant par les mêmes lieux, ou bien en rencontrant les mêmes Tditares qui s'éUiicut transportés ailleurs, de retrouver l'image de Marie ornée de rubans achetés aux Russes en leur vendant des pelleteries. Plus d'un chef de famille, attelant ses rennes ou ses chiens, suivait les missionnaires pour achever son instruction religieuse ; puis, ayant reçu le baptême, il retournait à ses tentes, et là, il instruisait à son tour et baptisait les siens, après avoir d'abord brûlé devant eux les idoles d'étoffe, témoignant ainsi de son horreur pour celle odieuse et infernale superstition. Tout ce bien fut coupé dans sa racine par le bannissement des jésuites de l'empire russe ; les malhcirreu.t exilés de Sibérie restèrent privés de toute consoUitioii divine et humaine ; et les idolâtres n entendirent plus aacu;ie voix faire résonner à leur oreilles et pénétrer jusqu'à leur cœur le nom dou^n et si'.cré de Jésus.
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Maintenant, si nous quittons l'Orient pour l'Occident, nous reconnaîtrons que le zèle de l'Eglise catholique n'a jamais été arrêté par la distance, la férocité des populations, la rigueur du climat. La piété espagnole envoya de nombreux missionnaires dans l'Amérique méridionale, depuis la Californie jusqu'à la Terre de feu ; la hardiesse française lutta en Canada contre les frimas, contre les intempéries des hivers glacés de ces plaines, depuis les Grands lacs de la Nouvelle- France jusqu'à la pointe du Labrador et au détroit à'Hudson, au-delà du cinquante-neuvième degré de latitude Nord, Les jésuites, appelés à évangéliser ces froides contrées, s'efforcèrent d'abord d'adoucir les mœurs des féroces tribus indiennes et de les civiliser quelque peu ; y ayant réussi au prix de grands efforts, ils les firent presque toutes chrétiennes, et les élevèrent à un si haut degré de piété qu'elles en arrivèrent à égaler les fidèles des premiers siècles de l'Eglise,
Ce furent ces religieux zélés qui portèrent la civilisation chez les Illinois, les Hurons, les Uiaonaques, les Miames, les Masontenès, les Assempudes, les Algonquins, les Esquimaux du Labrador^ enfin chez les anthropophages Iroquois, les plus barbares ennemis des prêtres de Jésus-Christ et des tribus qui avaient docilement accepté le christianisme. Que ne peut l'ardeur de la charité sainte? Ces hommes cruels qui ne connaissaient pas de plus grand plaisir que celui d'écorcher vifs leurs prisonniers, de leur arracher les yeux et les ongles, de les découper tout vivants par morceaux qu'ils faisaient cuire et mangeaient en leur présence, d'exécuter autour de leurs victimes des danses féroces, jusqu'à ce qu'enfin, las de les torturer, ils les missent à mort et fissent un repas joyeux de leurs corps grillés sur des charbons ardents; ces mêmes barbares Iroquois, touchés d'un rayon de la miséricorde divine, devinrent doux comme des agneaux, et simples comme des colombes.
Mais la rage voltairieune ayant fait bannir les jésuites de France en 4 702, les missionnaires furent ôtés aux sau-
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voges du Canada, enlevés à l'afTeclion de leurs néophytes; et ces peuples restèrent sans pasteurs, de rnème que ceux du Brésil à qui le gouvernement de Portugal arracha leurs instituteurs, et ceux de l'AiTiérique méridionale à qui l'Espagne infligea le même traitement; d'où il résulta que la plupart de ces nouveaux convertis retournèrent à leur barbarie native. Dieu qui, dans ses desseins impénétrables, avait permis ces actes injustes et cruels, entendit le cri de tant d'ames abandonnées, et fit perdre à la France l'immense territoire du Canada que le traité de Paris céda à l'Angleterre, en 1763, un an après le bannissement ; le Portugal perdit le Brésil qui s'érigea en empire indépendant au commencement de notre siècle, et se vit enlever par la Hollande et l'Angleterre, ses riches possessions des Indes orientales; les vastes provinces américaines du Mexique, bornées par le Rio de la Plata, se révoltèrent contre l'Espagne, et se séparant de la monarchie qui les gouvernait depuis trois siècles après les avoir colonisées, se formèrent en plusieurs républiques souvent hostiles entre elles, mais unanimes dans leur mauvais vouloir contre la mère patrie.
Nous avons dû rapporter ces faits en abrégé pour mettre nos lecteurs au courant de l'histoire des missions polaires depuis leur origine ; nous avons vu comment les populations des terres arctiques européennes furent évangélisées dès les huitième et neuvième siècles, et comment elles restèrent fermes dans la foi jusqu'à ce que la fureur de l'hérésie eût; retranché ces rameaux verdoyants de la vigne choisie, ce qui les condamna à se dessécher, ou à devenir sauvages et à ne plus porter que des fruits acerbes au lieu de ceux de la vie éternelle. En Asie, les arides laudes de la Sibérie furent arrosées des eaux de la fontaine céleste que les missionnaires catholiques y firent couler sous le sage gouvernement de l'impératrice Catherine II, et pendant presque tout le règne de l'empereur Alexandre I". Les froides régions du Canada et du Labrador virent les messagers de l'apostolat catholique
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parcourir leurs tribus de sauvages à l'ame férooe, aux langages divers, aux mœurs étranges et barbares, errants dans des' forêts inextricables, dédaigneux de toute loi, de tout frein et. de toute civilisation. Partout la patience, le courage, la merveilleuse industrie de la charité cvongélique amenèrent les populations à la connaissance du Christ, et par là à tous les biens du temps et de l'éternité. Mais tant de sang et de eueurs répandus sur cette terre glacée à l'avantage de tant de ' milliers d'ames, furent rendus inutiles par la fureur et les ruses de l'enfer, jaloux d'un si beau triomphe remporté par l'Eglise de Dieu
Au milieu de la désolation générale, l'évêque de Québec envoya, en 1818, un missionnaire à la Rivièn- rouge dans le pays des Assinibouis. Celui-ci, après avoir surmonté des obstacles terribles, parvint enfin à s'établir dans le pays avec un prêtre nommé Dumoulin, et un jeune lévite pour catéchiste La Rivière rouge et le lac Winipic ne sont qu'au cinquantième degré de latitude, mais le froid y est tel que le thermomètre Réaumur y marque jusqu'à trente-cinq degrés au-dessous de zéro. La population vit de chasse et de pêche et fait des provisions de viande de bison séchée au feu ; ce que voyant, le zélé missionnaire, sacré depuis évêque d'Héliopolis, fit venir des porcs, des oies, des dindons de la baie d'Hudson, des poules du Mississipi . des vaches du Missouri, des moulons du Kentucky; de sorte qu'aujourd'hui les pauvres Indiens sont assurés de leur nourriture pendant les longs hivers, en même temps que leur coupe spirituelle est remplie par les prêtres, l'église et l'école qu'ils possèdent*. Le père de Smet dans un récit épistolaire de ses voyages au fort (les montagnes, écrivait au mois d'octobre 1845, que l'immense diocèse de la Rivière rouge comprenait cinq mille cinq cents habitants des prairies, dont trois mille cent
(1) Ces faits sont tires d'un mémoire de J. N., évêque d'Héliopolis, écrit en 1836.
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soixante-quinze étaient déjà chrétiens; et que, dans ces espaces où l'on n'avait jamais vu que landes et forêts, s'étaient élevées sept cent trente maisons
Il y avait alors dans ce pays deux prêtres dévoués nommés Thibault et Duras sa ; le premier, avec un courage apostolique, se transportait, de sa résidence ordinaire de Sainte-Anne, au Manitou, jusqu'aux fleuves d'Atabascka, de Mackenzie, de la Paix, et ju?qu'au grand lac dos Esclaves, au soixante-deuxième degré de latitude, chez les tribus des Pieds noirs, des Cries, des Assinibouis, du Castor, des cotes de chiens, des Esclaves et des Peaux de lièvres, qui lui avaient dit :
— Viens parmi nous ; nous aussi, nous serons heureux d'apprendre les nouvelles que tu as annoncées à nos frères des montagnes ; nous aussi, nous sommes à plaindre, puisque nous ne connaissons pas la parole du Grand-Esprit. Sois charitable envers nous aussi; montre-nous le chemin de la vie, nous t'écouterons.
De son côté, le jésuite de Smet, parti en 1840 de Saint- Louis du Missouri, eut l'héroïsme de traverser les landes interminables de XOrégon pour aller porter la foi chez les Têtes plates. Cette immense région s'étend de l'Océan Pacifique zu\ Montagnes Rocheuses, c'est-à-dire du cent-douzième degré de longitude au cent vingt-quatrième, et du quarantedeuxième degré de latitude au cinquante-sixième. Après plusieurs mois de voyages passés dans des fatigues inouïes et des périls mortels, sur les fleuves, à travers les forêts, les marais, les lagunes, les ravins, le missionnaire arriva enfin au fleuve Colombia; il parcourut ce pays nouveau, y trouva de nombreuses et diverses tribus de sauvages, toutes ignorantes de Dieu; et, saisi de pitié, il refit ce chemin ée plusieurs milliers de milles, pour aller chercher des compagnons, après quoi il repartit encore une fois pour cette contrée reculée.
En 1845, il était au pied des montagnes Rocheuses où le
fleuve Columbia prend sa source, et sortant de deux lacs transparents, coule d'abord vers le Nord , puis , changeant subitement de direction , redescend au Midi pour aller arroser les vastes prairies occidentales, bondissant impétueusement de rochers en rochers, formant cent cascades et chutes d'eau, et allant se jeter enfin dans l'Océan Pacifique lin peu au-dessous de l'île de Vancouver. De ce point, le missionnaire, avec celte sainte hardiesse dont l'amour du Christ peut seul armer un cœur d'homme, partit pour franchir les montagnes rocheuses ; il nous peint leurs rochers nus, leurs hauteurs prodigieuses, leurs sommets aigus se dressant dans les nuages ; les ravins, les gouffres où vont se perdre les torrents écumeux ; les lacs , les fleuves se précipitant d'une élévation de huit ou neuf cents pieds, formant dans les airs comme de vastes tentes de cristal que le soleil fait étinceler de lumière teintes des plus éclatantes couleurs du prisme.
Une fois sortis de ces gorges abruptes, ces eaux glaciales coulent paisiblement dans la plaine immense en y laissait de nombreux petits lacs, et le pieux voyageur nous décrit les troupes d'outardes, de poules d'eau, de canards, de plongeons, de cygnes et autres oiseaux aquatiques qui nagent dans cette onde claire et tranquille, ou battent des ailes sur ses bords. Puis, il nous emmène avec lui de l'autre côté des montagnes rocheuses, dans ces prairies sans limites, baignées de lacs et de rivières où les castors au poil fin et les loutres velues font leur demeure solitaire ; ces prairies où broutent le rat musqué, la martre, la civette ; où paissent do nombreux troupeaux de chèvres blanches des montagnes, de cerfs, de moutons, de chevreuils à queue noire et a queue rouge, de caribus, et de bisons à la crinière touffue.
Mais ce qui importe aux missionnaires du Christ, c'est que les tribus qui peuplent ces espaces immenses, quoique différant entre elles d'habitudes, de langage et de caractère, vivent toutes dans une égale ignorance du Créateur et de la
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main qui les protège. Le père deSinet visita les Pieds noirs, les Corbeaux, les Serpents, les Aricaras, les Assiniboins, les Sheiennis, les Chamanches, les Scioux, les Omahasis, les Paw7iesis, les Kanls, les Agiiiassis, et beaucoup d'autres, et son cœur saignait de ne pouvoir laisser personne à ces malheureux pour leur annoncer la parole divine. Il est vrai que, de la Rivière ronge, quelques missionnaires se transportent jusque-là; mais qu'est-ce qu'une si faible ressource pour de si grands besoins?
Tout ce qui précède prouve le zèle dont l'esprit de Dieu a rempli le cœur de plusieurs prêtres catholiques, pour le salut éternel des sauvages américains, restés dans l'ignorance de la Rédemption humaine, opérée par la charité du fils de Dieu; mais, quelque saintement ambitieuses qu'aient pu être les pensées de ces prêtres, aucun d'eux n'avait jamais atteint le cercle polaire, c'est-à-dire le soixante-cinquième degré de latitude Nord, où régnent un froid si intense, des glaces ?i indestructibles, des neiges si hautes; où les plages désolées sont enveloppées de ténèbres ; où le sol stérile se refuse à toute végétation ; lorsque, le jour même de l'année 1854 où la vérité éternelle proclama à toute l'EglLse, par la bouche de son vicaire terrestre, le dogme de l'Immaculée Conception, en ce même et mémorable jour, disons -nous, naquit l'idée de porter le nom de Jésus, jusqu'aux régions glacées du pôle arctique, à ces malheureux encore souillés de la taclie originelle que les eaux de la Grâce n'avaient jamais lavée en eux
Dieu avait réservé cette hetire solennelle pour leur ouvrir les sources de la régénération , afin que les puissances du ciel, en honorant la créature plus qu'angélique, privilégiée de toute éternité, à qui a été conservé le don d'innocence perdu par nos premiers parents, rendissent plus joyeuse encore cette fête de Marie, en lui montrant les milliers d'ames qui allaient être délivrées des chaînes de ce démon, dont elle a déjà écrasé la têle par sa Conception divine. Le
MAIS Di; oL.
182 LES MISSIONS POLAIKES.
saint Père Pie IX approuva donc, le 8 décembre 1854, et institua un an après, le 3 décembre 1855, la Préfecture apostolique des missions polaires, comprenant la Laponie, rislande, le Groenland, l'Ile de Féroë, et l'Amérique boréale *. Au mois d'avril 1856, cinq prêtres partirent pour la Laponie sous la conduite du Préfet, et fondèrent leur mission dans le bailliage à'Alten, près du soixante-dixième degré de latitude. Par suite de la liberté de conscience que le décret du 16 juillet 1845 a introduite dans la constitution de la Norwége, ils se virent accueillis avec courtoisie par le Foged ou bailli à'Alten, dans la préfecture de Firmarken, qui leur permit d'acheter un vaste domaine, et d'y bâtir une maison pour eux-mêmes, et un séminaire pour élever et instruire des prêtres indigènes; ils purent aussi établir légalement une paroisse, et y nommer un curé avec l'approbatioa du gouvernement.
Ce séminaire fut placé sous l'invocation de Saint-Ansgar ou Anscarius, premier apôtre des Scandinaves, afin de rappeler son nom aux Norwégiens, qui l'avaient oublié en même temps que la vraie foi prêchée par lui. La paroisse fut dédiée à Saint-Olaf ou Olaûs martyr, et premier roi chrétien de la Norwége. Les missionnaires apprirent très-vite la langue du pays, et leurs prédications, faites de mémoire, remplirent les habitants d'étonnement, parce que les ministres protestants ont coutume de lire tous leurs sermons. Dans une lettre du curé de Saint-Olaf, en date du 5 novembre 1856, on lit entre autres choses :
« Le 23, notre église fut entièrement remplie de gens dont beaucoup étaient accourus de très-loin; parmi eux étaient
(1) Ilunc iii finem {S. Pater) Prœfecluram Âpostolicam Poli Arcliciimtituit, quœ hlandiam,insulas Feroë. Laponiam, Groenlandiam et Americam prope Polum compleclilur — (S. Olafshavn (AUengaard) in Laponia fiorvegiensi 8 seplembr. i8à6, D' Siephanus De D4LNK0VSii.y Prœf. aposl. Poli Arctici.
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des marchands venus de cent vingt milles, pour assister à la messe du dimanche. Vous savez que, par l'effet du grand courant marin que l'on croit descendre du Mexique, la mer ne gèle jamais ici, bien que nous soyons à une latitude de soixante-dix degrés, et à deux pas du cap nord; celte circonstance permet aux marchands, moins accablés d'affaires en hiver, de venir à' Hainmerfest sur leurs vaisseaux pour avoir la joie d'assister aux offices. La neige qui fond en juillet, reparaît en septembre; aussi, obligés par la longueur des nuits et la hauteur des neiges, de rester CTifermés auprès de nos poêles, huit mois après notre arrivée en Laponie, nous savions assez bien la langue du pays pcùr prêcher de mémoire, etc., etc. »
Dans les quatre années écoulées depuis 4856, les jeunes Lapons instruits au séminaire, ont dû progresser dans leurs études ; le vaste domaine, bien cultivé, doit pouvoir subvenir non-seulement à l'entretien des missionnaires, des élèves et de l'église, mais encore à la mense épiscopale, lorsque Rome jugera convenable de constituer ce diocèse, le plus septentrional qui existe. Les Landsman, ou préfets de la Laponie, protègent la mission, et voient d'un œil favorable les prêtres catholiques, à cause du grand bien qu'ils espèrent de leur charité, de leur patience, de leur industrie et de leur savoir. Plusieurs familles norwégiennes donnent des éloges à leur zèle; un journal ayant conseillé au gouvernement d'augmenter le traitement des ministres luthériens pour vaincre la concurrence que leur font les nôtres, il se trouva d'autres journaux pour crier à l'intolérance et dire : « Comment! nos ministres ont déjà six mille francs par an, tandis que les missionnaires catholiques se contentent de huit cents francs ! C'est le contraire qui devrait exister ; il serait plus juste de faire jouir des revenus de lEglise ceux qui prêchent la foi de Saint-Olaf que ceux qui l'ont détruite. »
11 n'y a point lieu de s'étonner que les Norwégiens comprennent la iiberié de conscience dans son sens droit et véri-
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table, car ce peuple est noble et loyal. Il était réservé à nos ullra-ilaliens d'uccidmer la liberté de la pensée, a condition que la pensée s'exerce contre le bien, et le juste ; la liberté de la presse, à condition d'imprimer des railleries, des sarcasmes, des imprécations contre toute autorité légitime, des blasphèmes contre les choses saintes, et des mensonges effrontés contre tonte vérité ; la liberté de conscience, à condition de renier la foi catholique, et de persécuter quiconque y demeure fidèle, et révère le Pape comme le vicaire de Jésus-Christ et l'Eglise comme son épouse immaculée. Et il doit en être ainsi , car si les protestants, en admettant la liberté de conscience dans leurs législations, sont conséquents avec leur principe que toute religion est bonne, les gouvernements catholiques, au contraire, en proclamant la liberté de conscience, travaillent à déraciner ce grand dogme catholique, que dans l'église romaine seule est le salut, dans celte église qui répète avec le Sauveur : Qui non est mecum contra me est : una Fides , unum Baplisma , unum Ovile et unus Pastor ; le législateur catholique donne donc un démenti au Christ, renie sa religion en admettant les autres comme bonnes, et a pour ennemis déclarés tous ceux qui sont fidèles à cette religion, et lui obéissent avec une tendresse jalouse comme à leur mère et à leur reine.
En Norwége. la vraie liberté de coTitcience donnera à \ Eglise des fils nombreux et choisis, comme lui en donne la République des Etats-Unis. Lorsque les compagnons de Washington, après avoir conquis l'indépendance, voulurent établir les lois fondamentales de la République, ils allaient inscrire en tête de ces lois : Le culte protestanl est la religion de l'Etat. Alors le catholique O'Carroll se leva, et dit ;
— Mes braves et invincibles collègues, j'ai combattu pour notre liberté comme chacun devons; en bonne justice, je ne dois ni puis, après avoir coopéré de mon mieux à rendre ma pairie libre, laisser ma religion esclave. Si nous voulons être équitables dans nos décisions, nous devons proclamer comme
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loi fondamentale de noire nouvelle constitution, !a plus entière liberté de conscience.
Was/tington et les autres fondateurs de la République s'écrièrent d'une voix unanime :
— Collègue O'Carroll, tu parles sagement; qu'il soit fait suivant ton avis.
Le gouvernement américain a toujours tenu à cette liberté; et Dieu qui se proposait de transplanter dans ce sol vierge une Eglise florissante, voulut que d'une République sans religion exclusive ou privilégiée (exemple unique dans l'histoire! ) sortît tout le bien que nous voyons germer et croître dans ce pays. Au commencement, il n'y avait d'autre évoque que monseigneur O'Carroll (frère de celui que nous avons nommé) lequel établit son siège apostolique à Baltimore, dans le Maryland, avec quelques prêtres; aujourd'hui, grâce à la liberté de conscience qui n'est point hypocrite et fausse (comme celle que l'on nous prêche en Italie), aujourd'hui l'Amérique a des métropoles, des églises cathédrales, des prêtres, des séminaires, des ordres religieux, des missions animées de la plus grande ferveur; elle envoie à Rome une jeunesse d'élite qui, remplie de la science et de l'ardeur puisées au Vatican, retourne aux Etals-Unis pour y rendre plus illustre et plus sainte encore une Eglise qui était naissante il y a peu d'années, et qui a déjà la dignité d'une matrone, qui tient des synodes, rend de sages décisions, égale enfin les plus nobles Eglises de l'antique chrétienté européenne.
Ce que nous voyons en Amérique, nous pouvons l'espérer pour la Norwége, grâce aux nouvelles missions polaires, et à la véritable liberté de conscience établie par la Constitution de ce royaume. Le voyageur catholique, en le parcourant, est ému de voir ce peuple bon, laborieux, sobre, pacifique et hospitalier, bien qu'arraché à son ancienne foi par la tyrannie cruelle et astucieuse des Danois, conserver encore, dans ses usages et ses mœurs domestiques, tant de réminiscences catholiques, et tant d'inclination à la piété. Ces douces
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impressions se gravent plus profondémenî. encore dans l'ame, en voyant les églises et les cathédrales des douzième et treizième siècles qui rappellent au Norwégien les temps heureux de la fidélité à la vraie foi. Ces souvenirs religieux lui sont encore attestés par les ruines augustes qu'élèvent jusqu'au ciel les nombreux sanctuaires de ses îles les plus boréales au-delà du cercle polaire, telles que l'île de Trondnaess et celle du Caj) Nord. Tout fait prévoir l'heureuse régénération de ces nobles pays ; et, de même qu'au milieu des neiges, la verdure persistante des pins séculaires de la Scandinavie conserve aux autres arbres des forêts l'espérance de ressusciter à une vie nouvelle, le printemps venu ; de même les ruines vénérables des antiques cathédrales de la Norwége catholique lui garde l'espérance d'un printemps céleste, qui la fera refleurir dans la vigne éternelle de l'agriculteur divin, dont elle a été arrachée pour son malheur, il y a plus de deux siècles.