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ulililé : rliuin, thé, sucre, chocolat, charbon, vase?, marmites, trépieds ; scies et plombs à rompre la glace, pics pour se creuser dans la neige, à l'entrée de la nuit, un abri contre le vent, la tempête et les tourbillons. Martin possédait deux carabines et deux revolvers, ainsi qu'une bonne provision de poudre et de balles; des arcs et des flèches pour la chasse ; des pièges et des trappes à prendre fouines, renards et martres ; des lacets pour les perdrix, les francolins, les calaudrelles; des hameçons et des nasses pour la pêche et des filets à tendre aux oiseaux; force peaux d'ours blancs, de bison, do bœuf musqué, de renne et de phoque, pour servir de lits, de couvertures, de tente, et revêtir les voyageurs comme d'énormes pelisses ; des capuchons à bavolets couvrant les joues; des queues de renard et de loups pour s'envelopper le cou ; d'autres pour défendre le nez de la gelée boréale; des lunettes à neige pour préserver les yeux de la blancheur éblouissante dont ils seraient blessés; des pastilles acidulées et du sirop de limon contre le scorbut causé par ces froids cruels; des bottes en cuir de veau marin, enduites de graisse pour les rendre imperméables aux brumes pénétrantes, à la glace fondue; des raquettes pour marcher sur la neige amollie; de forts couteaux à dépouiller les animaux; de grands crocs et des grappins au long manche pour s'accrocher aux rivages trop abruptes, ou pour saisir les arbres et les branches qui embarrassent le cours des fleuves. Enfin le Français expérimenté avait prévu les mille incidents d'un long voyage; dans ces contrées glaciales et désertes, et il avait pourvu à tout.
Ces objets si divers et en si grand nombre étaient arrangés sur le traîneau avec un art admirable, de manière à tenir le moins de place possible, et à ne pas trop gêner les trois voyageurs. Mais le plus grand danger de ces régions désolées e.'^t le manque de vivres; Martin y para de son mieux. De tous les cerfs, les élans, les bisons tués par lui et par Héron, il avait pris les parties les plus charnues, les avait coupées en
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morceaux d'une petitesse extrême, puis les aynnt fait sécher à l'air et réduits en poudre, il y avait mêlé de la graisse de phoque purifiée, et en avait fait celle pâte que les voyageurs arctiques appellent du nom indien de Pemmican, et qu'il avait ensuite entonnée dans des boyaux et dps vessies de cerf et de bison ; après quoi, il avait mis le tout en presse afin que cela tînt moins de place.
Dans son excursion à l'île du Roi Guillaume, théûtre du naufrage de VErèbe et de la Terreur, il avait recueilli bon nombre de ces boîtes de fer blanc où les marins emportent des pâtes, des tablettes de bouillon, de chocolat, etc., etc.; il s'en servit pour conserver de la graisse, de la viande fumée, de la farine de poisson desséchée, des dalles d'esturgeon dans la saumure. U avait trouvé par hasard, au bord de la mer, et sous une croûte de glace , d'abondants dépôts de sel ; cela lui permit, aidé par le froid intense qui empêche les chairs de se décomposer rapidement, de saler des cuisses d'élan, de daim, de faon qui, sous l'influence de cette préparation, se conservèrent tendres et fraîches pendant plusieurs mois. Restait l'embarras de nourrir les chiens qu'on devait atteler au traîneau ; aussi Martin mit-il en presse une grande quantité de ce boudin qui a l'avantage de grossir en cuisant et dont le bouillon sr al est très-substantiel ; il espérait, en outre, tuer chaque jour quelque loup, quelque ourson, quelque bêle fauve et apaiser ainsi la faim de son attelage.
L'affaire de ces mêmes chiens n'était pas si facile à régler que Martin n'en fut vivement préoccupé. Le Martrier possédait une trentaine de ces animaux, mais il en était jaloux 'a l'excès ; on ne trouverait pas en Europe un seigneur plus amoureux de ses coursiers et de ses palefrois que l'Esquimeau ne l'était de ses chiens. Il en réservait douze pour son traîneau auquel il en attelait tantôt huit, tantôt à.\.%., et quelquefois la douzaine entière. U en avait assigné six à chacun de ses tils , et il n'y avait pas à compter que Héron en pût
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obtenir un couple supplémenlaire, soit de son père, soit de ses frères; d'ailleurs, Martin n'aurait pu faire tirer par huit chiens un traîneau chargé de bien des centaines de livres. En prévision de cette difficulté, il avait fait un choix dans les présents de Mac Clintock, et mettant en réserve ceux qui lui étaient le plus nécessaires, il avait destiné le reste à acquérir des Esquimaux les chiens qui lui manquaient. Mais il rencontra, dans cette négociation, tant d'obstacles, de si hautes prétentions de la part des propriétaires qu'il désespéra d'en venir à bout avec les scies, les haches, les fers de lance qu'il offrait en échange. A force de prendre des informations à ce sujet, il apprit de plusieurs personnes que XAnrjekok possédait la plus belle race de lévriers de toute la Bootie; cela lui rendit l'espérance de réussir. Un jour, il se munit d'un flacon de. ce rhum dont le sorcier s'était montré si friand chez le J/rtr/rier, lor.-^que les Anglais en avaient eu mêlé à son thé. Avec ce trésor dans sa poche, il se rendit à la demeure do ï'Angekok, comme pour lui faire honneur par une visite et un cadeau, et lui présenta la fiole en lui di.-sant :
— Noble /In^t'^-oÂ-, je saisquel'eau de feu le plaît infiniment; le capitaine des blancs m'en ayant donné ce peu que tu vois, j'ai cru te faire plaisir en te l'apportant. Cette eau a une foule de vertu ; en en versant quelques gouttes dans un peu de neige fondue au feu et devenue de l'eau bouillante, ta en feras un remède excellent pour l'estomac de tes convalescents.
VAnrjekok ne trouvait pas assez de remerciements pour reconnaître une telle générosité ; alors Martin, le voyant transporté de joie, saisit le moment favorable, et lui dit :
— Tu es très-habile dans ton art, et tenu en grande estime par tout le monde, de loin comme de près ; mais, si tu avais en ton pouvoir la foudre que j'ai fait éclater à tes pieds, la réputation volerait jusqu'au pôle. Je sais que tu possèdes beaucoup de chiens ; je dois bientôt entroprendro im long voyage, et si tu voulais m'en céder quatre des plus robustes,
MAIS. DK (,L. .;§'
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je te les paierais deux foudres chaque ; avec huit foudres dans les mains, tu exercerais une puissance formidable,
L'Angekok, émerveillé d'une telle proposition , battit des mains et secria :
•— Homme prodigieux, dis-tu vrai, ou te ris-tu de moi ? Jluit foudres! Blanc, donne-moi ta main, et jure-moi sur ta foi que tu ne me fais pas là une mauvaise plaisanterie.
Martin, qui riait dans sa barbe, serra avec énergie la main du sorcier, et lui dit :
— Je parle sérieusement; tu les auras.
Le benêt donna donc à Martin les quatre plus beaux et plus robustes chiens de toute la bande; et le Français, payant comptant, lui mit dans la main huit boules de poudre fulminante. Le sorcier osait à peine y toucher, tant lui imposait de respect ce trésor de deux sous; il alla les déposer dans un petit cofTre ; puis revenant à Martin, il lui demanda le moyen de produire la détonation.
— Jette la boule à terre, répondit celui-ci, et elle éclatera fortement.
Pendant plusieurs jours, VAngekoIc parut comme égaré, tant la possession de cette merveille le remplissait à la fois d'orgueil et d'élonnement ; à chaque instant, il ouvrait son coCTre pour regarder son trésor, et en approchait son oreille pour écouter s'il n'entendait pas quelque bruit sortir de ces petites boules; il ne pouvait comprendre qu'étant froides, elles continssent tant de flamme, et que, devant produire de telles détonations, on n'entendit en elles aucune espèce de son.