‹ La maison de glace, ou, Le chasseur de VincennesChapitre 38 sur 56 · U.KIS. DE GL · texte numérisé non relu

U.KIS. DE GL

21 0 LES CHAGniSS DU DÉPAUT.

jouissant de les voir manger, et les plaignant de tout son cœur. Aussi les jeunes filles de sa tribu l'aimaient-elles beaucoup, et la tenaient-elles pour la plus accomplie de leurs compagnes, pleine de bienveillance et de générosité.

Quand la famille, revenue de la chasse ou de la pêche, était rassemblée pour le repas, Hermine se faisait violence pour montrer la gaieté qui lui était habituelle, et sourire à ses frères en mettant devant eux de bons morceaux, accompagnés d'une plaisanterie, ou leur préparant certaines sauces dont ils étaient friands. Martin l'ayant plusieurs fois engagée à plus de douceur et d'affection envers sa belle-sœur, elle dominait sa répugnance à cet égard, pour montrer à la femme de son frère un visage gracieux et lui témoigner d'aimables attentions, ce qui augmentait beaucoup la tendresse d'Alcyon pour sa sœur. Quant au Martrier qui, tout sauvage qu'il était, pouvait bien passer pour un homme de la meilleure pâte du monde, il était si content de se voir tant caressé par sa fille, qu'il aurait voulu qu'elle ne le quittât pas d'une minute. Lorsqu'il allait à la chasse ou à la pêche, il Femmenait presque toujours avec lui ; il lui faisait conduire ses chiens ; il recevait d'elle les petits services personnels dont il avait besoin ; il se consultait avec elle, il se plaisait à parler d'elle avec ses amis, il mettait sa confiance en elle; aussi l'amour d'Hermine pour son père était-il devenu si ardent, que la pensée de le quitter bientôt lui perçait le cœur ; et quelque effort qu'elle fît pour cacher sa douleur, il était impossible qu'elle ne se manifestât pas de mille manières.

Rien ne peut se dissimuler aux yeux maternels, habiles à discerner les plus légers indices, un coup d'œil, un geste, un mouvement des lèvres, un pli du front, un froncement de sourcils ; la mère d'Hermine s'était aperçue depuis longtemps que l'me de sa fille était bouleversée; un jour, tandis que tous les autres membres de la famille étaient partis pour la chasse, et que les deux femmes, restées seules pour préparer le repas, étaient assises sur leur claie, et occupées à plu-

Page 1