LA PÊCHE ET L\ CHASSE
la marche, et regardèrent Martin, avec des yeuï qui paraissaient lui dire :
— Hélas I où nous as-tu conduils? Nous enfonçons.
— En avant, cria le Français, ne craignez rien. Nous sommes sur une solfatare ; voyez, à cent pas d'ici le sol est couvert de soufre.
En effet, non loin de là, on en trouva le terrain tout parsemé. On ne voyait pas un oiseau dans cet air empesté ; pas une trace d'animal ne s'apercevait aux alentours ; pas une herbe, pas un buisson, pas une plante; c'était le désertie plus mort. Arrivés à un endroit où le sol déclinait de manière à former comme un vaste bassin, les trois amis virent surgir de la terre aride de gros bouillons d'eau chaude qui formaient des jets élevés, non pas brillants et limpides, mais d'apparence savonneuse et d'odeur infecte ; cette eau, en retombant, brûle et noircit tout ce qu'elle arrose ; elle s'écoule ensuite dans un ravin qu'elle se creuse, car elle n'a qu'à traverser ce terrain spongieux pour l'effondrer, et ses rives sont rongées et corrodées par son action. A peu de distance, un large ruisseau descendait clair et cristallin, des hauteurs voisines ; ces flots bouillants et empestés allaient s'y jeter, et en s'y jetant, le troublaient et l'infectaient. Les poissons qui, depuis l'endroit où il prenait sa source, n'avaient cessé de s'y jouer avec vivacité, voyant approcher ce torrent, et redondant ses eaux funestes, retournaient rapidement en arrière, mais un grand nombre, emportés par la force du courant, se plongeaient malgré eux dans l'onde sulfureuse où ils expiraient aussitôt, on les voyait flotter à la surfiice, emportés par le flot.
Hermine était horriblement eflFrayée de celte fumée, de ce bouillonnement, de cette puanteur; elle s'adressa aux Canadiens pour savoir d'eux si l'on était proche de l'enfer des méchants. Ils répondirent à la jeune sauvage que ce qui l'alarmait si fort n'était qu'un ancien volcan, aujourd'hui apaisé, mais dont le feu souterrain mettait encore le soufre en ébul-
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fiiion , et qu'en passaui sur ce soufre les eaux en prenaient le goût et la clialeur ; ajoutant que ces sources chaudes seraient d'une efficacité souveraine contre les humeurs acres et malsaines qui tourmentent le corps humain, et contre les douleurs des os, si elles se trouvaient dans des pays habitables au lieu d'être dans ces régions désertes et lointaines ; à quoi Hermine répondit : « Le Grand-Esprit vous a donné l'intelligence de la nature, à vous autres blancs; et vous tirez parti de tout. »
Cependant les voyageurs, continuant leur chemin, sortirent de ces gorges desséchées, et virent peu à peu s'ouvrir l'horizon; leur vue finit par s'éteindre jusqu'au point où le ciel paraît s'unir avec la terre, sur des prairies interminables. La saison étant celle du dégel; partout où la glace et la neige avaient fondu, on voyait apparaître, comme par enchantement, un gazon fin et serré comme du velours. Ça et là s'élevaient, dans la plaine, des groupes de sapins, de mélèzes, de pins et de chênes dont le branchage s'étendait au loin, et protégeait des troupeaux de cerfs, de daims, de chèvres blanches qui prenaient là leur repas du milieu du jour, et qui, à la vue de cette caravane, bondissaient eflrayés, et se dispersaient en fuyant de toutes parts, au grand divertissement des deux jeunes Esquimaux.
Tandis qu'ils contemplaient cet océan illimité de verdure fraîche et riante, ils aperçurent, gravissant une petite colline qui s'élevait en pente douce, un cheval monté à poil par un homme vêtu d une tunique de peau de daim ; arrivé au sommet de la colline, le cavalier, appuyant ses mains sur les épau les de son cheval, d'un bond se mit debout sur le garrot. Puis, ôtanfle fusil qu'il portait en bandoulière, il le prit par le canon, l'éleva la crosse en lair et le tint ainsi quelques instants. Martin, ignorant les usages des naturels, demanda aux Canadiens ce que signifiait ce signal, et s'ils étaient en danger de se voir assaillis par quelque troupe d'Indiens.
-Non, répondirent-ils. Bien loin de là, nous allons jouir
MAIS. DE OL
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de l'un des plus l)i>aux spectacles qu'offre l'Amérique polaire : ce cavalier que vous voyez en haut de ce monticule est un coureur indien envoyé pour explo.rer les pâturages des bisons, et c'est comme signal aux siens, campés sous leuis tentes, qu'il lève ain^i sa carabine la crosse en l'air. Vous verrez bientôt arriver la troupe des chasseurs ; et, bien que Héron ne soit pas monté, il aura là une belle occasion de déployer ses talents; en nous mettant k l'affût dans ces bouquets d'arbres où les bisons poursuivis se réfugient d'ordinaire, nous donnerons de la besogne à nos carabines. La tribu en chasse habite aux environs du grand lac de l'Enclave; elle est chrétienne depuis trois ans, et encore dans sa première ferveur; aussi sera-t-elle probablement accompagnée du missionnaire.
Un des Canadiens, s'adressant à Hermine, lui dit alors :
— Jeune fille, j'espère donc que tu verras aujourd'hui la Bobe noire, et que tu pourras admirer sa charité paternelle envers ses fils spirituels.
Le même Canadien raconta ensuite que cette tribu avait été, avant sa conversion, plus barbare, plus cruelle et plus perfide qu'il n'était possible de l'exprimer: «Toujours en guerre avec les tribus voisines, et joignant l'astuce à la férocité, ses guerriers surprenaient leurs ennemis lorsqu'ils étaient occupés h la pêche et ne se tenaient point sur leurs gardes ; ou bien, attendant qu'ils fussent en proie à la petite vérole, ils saisissaient le moment où l'épidémie était dans toute sa fureur, pénétraient à limproviste dans le village, et tuaient à coups de sabre et de pique les malades, les enfants, les vieillards et les femmes, n'épargnant que les jeunes filles qu'ils emmenaient en esclavage.
» Une de ces captives tira de ces assassins et de leurs rejetons, une terrible vengeance, il y a quelques années: la petite vérole avait fondu sur le hameau ; les deux tiers des familles en étaient frappés ; le Cacique, ou prince , demanda à la jeune esclave quel remède employaient les siens contre cette horrible maladie. Elle répondit qu'ils se plongeaient dans l'eau
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glacée du fleuve, et guérissaient immédialement. A peine avait elle parlé que les mères couraient plonger leurs enfants dans la rivière; les hommes s'y traînaient et s'y baignaient jusqu'au menton; l'eau était extrêmement froide; aussitôt rentrés dans leurs cai)anes, les malades enflèrent; de tous ceux qui s'étaient baignés, il n'en survécut pas un seul; et la (ribu niaudiie en fui singulièrement affaiblie.
» Dès qu'elle eut quelque peu réparé ses perles, elle retourna à sa férocité première; ses guerriers, n'étant plus en force pour les attaques ouvertes , employaient les ruses les plus diaboliques contre les tribus inoffonsives pour parvenir à leur voler leurs troupeaux de chevaux, ou à mettre le feu à leurs Ciibanes de chaume pendant que les hommes chassaient au loin le renne et le bison. Faisaient-ils un prisonnier, ils le torturaient de la plus atroce manière, l'écorchant tout vif, lui enfonçant sous les ongles des roseaux taillés eu pointe aiguë, brûlant avec des tisons ardents ses membres dépouillés, lui enlevant les chairs avec des frugments de silex pour les faire griller sur des charbons, et les dévorer sous les yeux de la victime ; enfin, las de la martyriser, ils la suspendaient, la lête en bas, au tronc d'un pin, au-dessus d'u;i feu de fougère verle dont la fuiftée rétouffait.
» Les plus cruels et les plus ru&és parmi eux étaient les cJu'fs de la Médecine, c'est ainsi qu'on appelle les sorciers qui possèdent le secret de poisons tiès-puissanls, et font mourir par ce moyen, non-seulement les ennemis de leur tribu, mais encore ceux de cette même tribu dont ils ont reçu quelque injure. Les sauvages dont nous nous entretenons étaient gouvernés, il y a une vingiaine d'années, par un homme trèsvaillant, très-fier, très-imposant, d'une grande intelligence, cl vainqueur dans tous les combats; aussi avait-on pour lui autant de respect que d"aiïe:tion. Ce chef, surnommé le Grand-Vent méridional, était père de six fils qui avaient héiilé de sa valeur; toujours les premiers au combat, les [)!us «'idroits à la chasse de l'élan et du bison, ils s'étaient acquis
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l'attachement de la peu])lac]e. Mais, comme leur père empêchait parfois les crimes des plus méchants, il se trouvait, au milieu de lamour qu'on lui portait généralement, quelquesuns de ses sujets qui souffraient avec impatience sa sévérité. » Le Grand-Vent méridional, lorsque ses fils avaient tué beaucoup de gibier, conviait à des banquets, non-seulement tous ses guerriers, mais bien souvent la population entière du village ; après le repas, on fumait la pipe ; puis les instruments jouaient, et l'on dansait à la mode du pays; toute la tribu se réjouissait de cette succession de fêtes; quand un malheur alFreux vint changer cette allégresse en mortelle affliction : les cinq fils aînés du prince, pris d'une terrible maladie, succombèrent l'un après l'autre dans le courant de la même année.
» La douleur du malheureux père fut si cruelle qu'elle n'admettait aucune consolation ; bals et festins furent bannis pendant de longues années. Cependant le dernier fils du Carique était devenu un adolescent; il croissait en beauté, en force, en agilité, en générosité ; il était l'objet de l'admiration de toute la peuplade. Son vieux père le chérissait; il lui était plus précieux que la prunelle de ses yeux ; il le revêtait des peaux les plus moelleuses, le parait des plus belles plumes, des plus fiches colliers ; et, le voyant chaque jour se distinguer de plus en plus dans le maniement de la lance, de l'arc et de la massue, dans l'art de la chasse et de l'équitation, enfin, dj[^ tous les exercices qui conviennent à un guerrier, il nourrissait l'espérance fondée que son fils gouvernerait un jour avec sagesse et vaillance. Cette satisfaction paternelle avait ranimé son cçeur, la sérénité avait reparu sur son front; il allait souvent assister aux prouesses du Crépuscule (ainsi se nommait le jeune homme) et un jour que celui-ci avait mis à mort un ours énorme et redoutable, il lui dit, tout jtfyeux : , « Crépuscule, invile tous ceux que tu voudras, je veux donner un banquet en l'honneur de ta chasse. »
» Le jeune homme engagea 'a ce repas les hommes les plus
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considérables <]e la bourgade, mais il oublia quatre magiciens qui s'étaient transportés, pour leurs sorcelleries, dans les profondeurs de la foi et. Le festin fut magnifique et les convives pleins de gaieté. Peu de jours après. Crépuscule se sentit malade; il pâlit, fut pris de tremblement, perdit le sommeil et l'appétit. Son père appela autour de lui tous les maîtres do la Grande Médecine; on employa tous les remèdes imaginables; mais l'état du jeune homme empirait de jour en jour ; il maigrit, se dessécha, et mourut enfin de consomption.
» 11 faut renoncer à peindre la douleur du père ; la vue do l'agonie de son fils l'avait plongj dans une sorte de stupidité. Il voulut cependant que ses funérailles fussent splendides; il lui vit donner le sépulture, et la nuit suivante, il disparut. Le village était en deuil, et l'ignorance du lieu où le désespoir avait pu conduire le prince redoublait la tristesse générale. Le vieillard était allé cacher sa souffrance mortelle au milieu des montagnes et des rochers; là, dans les cavernes les plus sombres , il se livrait à toutes les fureurs d'une ame sauvage et désespérée, poussant des hurlements, rugissant comme un lion blessé. Une nuit qu'il appelait son fils à grands cris, il entendit une voix sortant d'entre les rochers, qui lui parla ainsi : « Grand Vent méridional^ si tu veux revoir Ion fils, paste cette rivière, franchis cette montagne, descends dans la vallée, c'est là que tu le trouveras. »
» Le vieillard croit reconnaître cette voix ; elle lui semble celle d'un de ses plus fidèles et plus braves guerriers; dans l'impétuosité de sa douleur, il se lève, sort du ravin où il était, descend rapidement jusqu'au bord de la rivière, s'y jette et la traverse à la nage. Il gravit avec peine la hauteur opposée ; mais la pensée superstitieuse que l'ombre de son fils erre au-delà, dans la vallée profonde et solitaire, l'excite et lui donne des forces. Revenu au sommet de la montagne, il regarde à ses pieds; il lui semble entendre monter jusqu'à lui le son d'un tambour. Qu'est-ce donc? Il avance à grands pas; plus il approche de la sombre vallée, plus ce bruit
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augmente ; arrivé au bas de la montagne, il aperçoit une cabane au milieu des rochers, et il y entend le son de plusieurs voix humaines. Il était armé de sa massue; il ralentit sa marche, s'avance avec précaution, s'approche des murs de chaume dont la hutte était formée, et applique son œil à une ouverture qui laissait voir dans l'intérieur. Dieu I quel spectacle le frappe! Son fils, debout, appuyé contre un poteau, pâle comme il l'a vu, couvert des mômes vêtements avec lesquels il a été enseveli! Auprès de lui, cinq crânes blanchis ; en face, les quatre sorciers qu'on avait oublié d'inviter au banquet. L'un jouait du tambour, un autre d'une espèce de flûte, le troisième dansait; le quatrième, debout devant Crépuscule, lui faisait des grimaces, l'injuriait, le maudissait, et criait :
» — Voilà à quoi t'a servi ta vaillance! Il n'y a pas de force qui tienne contre notre art; nous avons mis les frères à mort, et il a fallu les suivre, de par la puissance de nos poisons.
)) A ces affreuses paroles, le vieux père, avec la fureur d'une lionne à qui l'on a enlevé ses petits, se précipite dans la cabane, et assomme à coups de massue les quatre scélérats; puis il s'élance vers son fils et le presse dans ses bras; il s'aperçoit qu'il n'embrasse qu'une peau empaillée. Il court au village, rassemble ses guerriers, ouvre la tombe de ses fils, y trouve Crépuscule écorché et les cinq autres décapités *.
» Mais fhomme le plus cruel de cette tribu farouche fut l'avant-dernier Cacique, appelé VOiseau noir. 11 avait reçu d'un européen, en échange d'un grand nombre de fourrures, un cornet d'arsenic, avec des renseignements sur la manière d'en user. VOiseau noir en fit la première épreuve sur le blancavide qu'il empoisonna à sa table. S'étant ainsi assuré de la puissance du poison, et voulant se défaire des chefs et des guerriers qui lui portaient ombrage et mettaient obstacle à
1 Voya'jes aux Montagnes Boclieuses, page 299.
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son amlilion, il les invita à un ropos ; puis, il mêla de l'arsenic à leur bouillon; et lorsqu'on eut fini de manger, il se leva el harangua ainsi ses convives.
» — Les Manitovs m'ont remis une grande partie de leur puissance divine; je tiens dans m.es mains la vie et la mori de mes ennemis; vous tous qui m'êtes opposés, vous ne verrez pas le soleil de demain.
» Et en effet, ils expirèrent tous dans la nuit, après les plus atroces douleurs. L'Oiseau noir devint le tyran le plus redouté de sa tribu et des nations voisine.s, grâce à ce pouvoir secret d'ôler la vie à tous ses ennemis. 11 finit par être dévoré de remords, et mourut désespéré; son tombeau, élevé sur le sommet de la colline que vous voyez, est un objet d'horreur pour les gens du pays et pour les étrangers '.
» Vous pouvez juger, continua le Canadien en s'adressant toujours à la jeune fille, combien étaient atroces les sentiments et les usages de celte peuplade ; vous avez eu, du reste, un exemple de la barbarie de celles qui lui ressemblent, dans les cruautés dont la malheureuse Dacothe a été victime. Eh bien ! depuis que le vieux Cacique a accueilli le missionnaire catholique, et qu'à son exemple, toute la tribu s'est montrée docile aux divins enseignements, le baptême a effacé cette férocité native ; la douceur, l'honnêteté, la franchise, la piété régnent seules chez ce peuple métamorphosé; et il est impossible de le reconnaître pour cette tribu qui se repaissait de chair humaine et se plaisait dans la perfidie. Le missionnaire n'a qu'à leur dire : « Ne faites pas cela, parce que cela est contre la loi du Grand-Esprit, » et ils ne le font pas, leurs biens et leur vie en dépendissent-ils. Ils obéissent aux paroles de leur pasteur, comme de jeunes enfants aux ordres de leur mère. Leur piété est si ardente que, lorsqu'ils se voient gravement malades, ils veulent se faire porter à l'église par leurs fils ou leurs frères pour y entendre la messe, et demandent
j1) Voyages aux Monia'jnes Bodicuses, page 271.
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avec tant de larmes an prêtre de le leur permettre, qu'il lui faut souvent y consentir de peur de les faire mourir de douleur par un refus. Nous lui avons entendu dire plus d'une fois a lui-même, qu'il ne pensait pas que ses ouailles bénies eussent commis sciemment un seul péché mortel, dans le cours d'une année entière. Et il ne faut pas croire que la dévotion amollisse ces hommes si pieux ; vous verrez, au contraire, combien ils sont braves et déterminés. »
Tandis que le bon Canadien racontait toutes ces choses, et que les deux jeunes esquimaux l'écoutaient avidement, on vit apparaître les premiers cavaliers de la troupe attendue, puis bieniôt, et par groupes, tous les autres chasseurs; le dernier de ces groupes contenait le missionnaire, monté sur un cheval plein de feu; à son arrivée, les Indiens poussèrent un cri de joie et mirent pied à terre. Le généreux prêtre avait environ trente-six ans; son regard était vif et serein; mais les fatigues, les privations et les souffrances imposées par son saint ministère sous un climat si rude, avaient pâli et amaig; 1 son visage. Il portait en bandoulière un large tube, renfermant une belle image de la Madone avec l'enfant Jésus dans ses bras. Il ouvrit ce tube, en tira celte image roulée sur elle-même, la déplia, et la suspendit à une longue lance qu'il planta dans la terre. A cette vue, les Indiens tombèrent à genoux, et, se croisant les bras sur la poitrine, inclinèrent la têle jusqu'à terre; puis se redressant, ils s'écrièrent tous d'une voix : Vive lUarie !
Alors le missionnaire entonna les Litanies de la sainte Vierge; celte prière achevée, il éleva en l'air le crucilis qui lui pendait sur la poitrine, bénit la foule, et s'écria :
— Que le Dieu tout- puissant, dont la miséricorde et la munificence pourvoient aux besoins des poissons de la mer, des oiseaux de l'air, des animaux de la terre, vous accorde une chasse abondante où vous trouviez votre nourriture, celle de vos vieux parents, de vos femmes et de vos enfants I Vue les anges gardiens vous conduisent, et vous gardent des