LE PLUS BFAU JOUR
n'eut pas plutôt atteint les bords du grand lac de YEsclave, déjà en partie glacé, que l'on rencontra une longue file de traîneaux remplis d'Indiens qui, en apercevant les voyageurs, poussèrent de bruyantes et joyeuses acclamations ; puis, se laissant dépasser, ils se joignirent au cortège. Des sentinelles avaient été placées en observation sur la tour; du plus loin qu'elles virent la troupe des arrivants, elles la saluèrent de plusieurs décharges d'artillerie et du carillon des cloches. La famille du directeur et les femmes des principaux habitants de la Résidence étaient déjà descendues au-devant du cortège, ayant à leur tête le missionnaire entouré de ses ouailles et de ses catéchistes. En un mot, l'entrée des voyageurs fut un véritable triomphe.
Hermine se vit fêtée par tous ; c'était à qui la comblerai^ de plus de soins et d'attentions. En peu de jours, elle se fil aimer autant qu'admirer par ses vertus ; elle devint la compagne et l'amie de toutes les jeunes personnes du Fort, particulièrement des filles du directeur chez qui elle recevait une hospitalité qu'on s'honorait de lui offrir. Le missionnaire s'occupait tous les jours de son instruction, et jouissait de la voir si désireuse et si empressée d'apprendre tout ce qui se rattache aux dogmes de notre foi, et 'a la pratique de la piété et des vertus chrétiennes. Elle recherchait les jeunes filles les plus distinguées par leur dévotion et leur modestie, et ne laissait échapper aucune occasion de se former aux devoirs imposés par la religion, accomplissant ces devoirs avec tant d'exactitude et d'ardeur, que les chrétiens les plus éprouvés s'en étonnaient eux-mêmes. De son côté, Héron était aussi très-soigneusement instruit par le missionnaire et les cathéchistes, le bon prêtre ayant résolu de baptiser les deux jeunes gens le jour de la fête de Saint-Martin.
Au milieu des préparatifs de cette solennité, Julie fut amenée au Fort par son père, à l'occasion de la fête du directeur, qui se nommait Charles ; ce fut là pour Hermine une joie inexprimable. Pour comble do bonheur, son amie