ZU LOURS BLANC
Hermine d'aller au devant de son père , pour le cas où il lui conviendrait d'alléger son traîneau. La jeune fille saisit d'autant plus volontiers celte occasion de sortir qu'elle l'attendait avec anxiété, et prêtait l'oreille pour entendre la voix des cliiens qui retentit dans ces régions, à plusieurs milles, ainsi que nous l'avons déjà dit. Elle se hâta donc d'obéir, attachant son capuchon en chemin pour épargner du temps, et elle fit tant de diligence qu'elle rencontra son père à deux milles environ de la maison.
— Eh bien! père, lui cria-t-elle de loin, avez-vous fait bonne chasse ?
— Pas très-bonne; mais assez pour la nourriture de deux jours. J'espérais qu'aujourd'hui où le brouillard était si épais les phoques perceraient la croûte de glace pour venir respirer; mais non. Il parait qu'ils sont retirés et engourdis au fond de l'eau. Je m'étais couché sur un glaçon proéminent pour les guetter au passage, mais j'ai attendu plusieurs heures inutilement; enfin, au milieu de l'obscurité de ce brouillard, il me sembla entendre un grand bruit d'eau et entrevoir une ombre qui s'approchait et qui avait l'aspect d'une montagne brunâtre; car tu sais que sur la glace tous les objets grandissent à l'œil étrangement. Cette vue me terrifia; je crus avoir affaire à une baleine qui allait se jeter sur moi et m'écraser de sa masse énorme ; je me tapis de mon mieux sous mon glagon. Mais lorsque le monstre fut arrivé auprès de moi, je reconnus en lui un veau marin de grande taille et ou ventre arrondi, comme s'il venait de faire son repas. Je lui lançai ma javeline et l'atteignis droit au cœur , si bien qu'il se courba en arc, poussa un mugissement, et mourut^ Alors, je courus à lui, je l'éventrai et ayant rappelé mes chiens qui s'étaient enfouis sous la neige, je chargeai la bête sur le traîneau, et je repris le chemin de la maison. Maintenant le brouillard se dissipe, signe certain que Borée a le nez à la fenêtre, il va bientôt balayer la contrée ; aussi faut-il se dépôcher.