PRIÈRE DU SOIR
Dans tes bras adorés j'aurais voulu dormir, Dormir comme un enfant qu'une caresse apaise Et dont le corps léger dans le sommeil ne pèse Pas plus qu'un jeune oiseau dont l'aile va s'ouvrir.
J'aurais voulu poser sur ta chaude poitrine Mes membres fatigués, mon cœur fragile et lourd, A l'heure où, sur nos fronts, plane la nuit divine, Entraînant dans son vol tous les soucis du jour.
J'aurais voulu mêler mes rêves à ton rêve, Murmurer avec toi la prière des soirs ; Puis sentir ton amour, quand l'aurore se lève, M'emporter avec lui vers de nouveaux espoirs.
Dans tes bras adorés où j'ai rêvé de vivre, N'aurai-je pas, du moins, la douceur de mourir, Pour que de son fardeau mon âme se délivre En disant son secret dans un dernier soupir!
Ce jour-là seulement tu saurais la tendresse Que j'ai dû te cacher, car tu ne m'aimais pas : Tu n'aurais eu que la pitié de ma détresse. Et j'ai de ton chemin écarté tous mes pas.
Je voulais être à toi, délicieuse et bonne. Car je sais qu'un cœur d'homme est fait pour le bon heur, Et que seul le bonheur d'un être nous le donne. Alors que gémirait en vain notre douleur.