SI TU PASSAIS UN JOUR
Si tu passais un jour, fatigué, sur la route Où l'on voit se dresser, brillant sur le ciel clair, Les lourds murs de granit que j'ai bâtis : Ecoute! C'est ma voix qui se mêle aux caresses de l'air.
Entre dans ma maison une minute, une heure! Ne dis rien si tu veux, mais consens à t'asseoir Près du feu qui t'attend, car ma pauvre demeure Se fera belle afin de mieux te recevoir.
Viens là ! bien près, tout près ! Cette place fut vide Si longtemps ! Je voulais ne la donner qu'à toi ! Ce soir tu m'appartiens î Reste! Je suis avide De t'avoir à moi seule un moment sous mon toit.
Si, pourmieux t'accueillir, mes mains doivent se tendre. Pour fenchaîner, jamais ne s'ouvriront mes bras; Tu seras près de moi, souriant, sans entendre Le bruit que fait mon cœur au seul bruit de tes pas.
Mais je m'enivrerai de ta chère présence!
Je ne demande rien ; et, malgré la rigueur
Du sort, qui fit mes jours si pleins de ton absence,
Je t'aimerai dans le silence de mon cœur.
Je remplirai mes yeux de toi, de ton visage; Je boirai ton regard, ton beau regard de fleur ; Je mettrai sur mon cœur le sceau de ton image ; J'oublierai près de toi la joie et la douleur.