SUR LE PONT DU NAVIRE
Comme un oiseau du ciel qui glisse dans la nuit, Le grand navire a pris son vol sur la mer sombre ; Los lumières du port s'effacent, et le bruit Des Ilots ouverts se mêle aux voix tristes de Tombre.
Les vagues ont noué leur ceinture d'argent
^lUx flancs noirs du bateau qui court sur l'onde bleue
Vers les pays lointains, messager diligent,
Sans jamais de son but s'écarter d'une lieue.
Leur chanson bercera pendant de très longs jours, Tour à tour menaçante, apaisée, ing-énue, Le voyageur qu'attend l'orgueil des beaux retours Ou celui qui désire une joie inconnue.
Et moi qui ne veux rien que regarder la mer, Immobile et pensive au milieu de la foule, Sans farouche dédain et sans sourire amer, Je m'écarte du drame humain qui se déroule.
Je suis silencieuse et grave sur le pont, Ecoutant les éclats de la gaîté sonore De tous ces passagers indifférents qui vont Sans souci du couchant et de la fraîche aurore.
Il leur faut le plaisir qui ne dure qu'un jour, De la danse, des chants, des intrigues, du rire ; Ils profanent le nom merveilleux de l'amour En prononçant les mots que lui seul devrait dire.