SUR LE PONT BU NAVIRE
Je détourne mes yeux vers le lac pur du ciel Où le soir a jeté son long filet d'étoiles ; Je voudrais y trouver le bien essentiel, Si l'azur transparent le cache sous ses voiles.
Puis je m'incline au bord du gouffre scintillant Dont nous sépare à peine une frêle barrière, Les planches d'un bateau, refuge vacillant D'une âme douloureuse, avide de lumière.
Je ne crains pas de voir l'abîme s'entr'ouvrir 1 Est-il dans l'univers un être à qui ma vie Donne Torgueil de vivre et l'effroi de mourir ? Est-il, hors de l'amour, un bonheur que j'envie ?
Est-il un cœur ami qui se penche vers moi Dans l'ombre de la grande et calme solitude ? Qui saura deviner mon indicible émoi ?
Quelles mains souliendronl ma lourde inquiétude ?
Belle comme une nuit de tempête et d"horreur Pleine d'obscurité, de lueurs, de mystère. De sauvages appels et de cris de terreur, Se tend vers l'infini mon âme solitaire.
Et, comme sur la mer, s'élèvent sur mon cœur
Des vents frais, de l'écume et des flots qui se brisent;
Et la lumière d'or brille comme une fleur
Sur mes doigts, imprégnés de parfums qui me grisent.
C'est la fleur du silence et de la liberté ! Elle s'épanouit au souffle de l'espace, Et je veux savourer sa fragile beauté Dans le recueillement du soir divin qui passe.