DOM
Ci-git Claude-Jean-Baptiste Sainsère
né à Vaucouleurs le 2 juillet iyyi
décédé le 12 novembre 1848.
Il est le restaurateur de cette Chapelle
qui, suivant la tradition confirmée par
l'histoire, est bien véritablement celle
dans laquelle Jeanne d'Arc reçut les
inspirations qui la portèrent à se
dévouer au service de son pays.
Respecte^ cette Chapelle en mémoire
de l'héroïne qui arracha la France
des mains des Anglais et la cendre
que couvre cette tombe.
Fixé dans l'Ermitage où Jeanne m'appelle, Si plein du souvenir d'un courage si beau, J'entourai de respect sa modeste chapelle, Passant, qui que tu sois, respecte mon tombeau.
G. L. MOLLEVAUT, de l'Institut (i).
Aujourd'hui, le domaine de Notre-Dame de IZermont appartient à M. Louis Sainsère qui conserve religieusement l'héritage de son oncle, et dont Tunique désir serait de voir cet asile converti soit en un lieu de retraite où quelques prêtres âgés vivraient paisiblement, soit en un orphelinat où des jeunes filles modestement élevées sous l'égide du grand nom de Jeanne d'Arc, apprendraient à vénérer mieux encore la mémoire de celle qui fut, pendant sa trop courte existence, un si beau modèle de patriotisme et de vertu.
Voilà ce qu'il m'a été donné de voir dans ce premier voyage à Domremy, et, pendant que je contemplais chacun de ces endroits, j'éprouvais le sentiment que M. Ch. Charton a si bien rendu quand il écrivait :
« La vue de cette maison rustique, rappelant des souvenirs si glorieux et si tristes à la fois, impressionne vivement l'âme et la livre à de douloureuses réflexions. Toute la vie de l'héroïne se reproduit à l'esprit. On la voit naître et grandir dans cette chambre obscure et noircie par le temps ; on la voit conduire son troupeau dans les champs de Domremy, se reposer sous Y Arbre des Fées, prier dans la Chapelle Sainte- Marie et y prêter l'oreille aux voix mystérieuses qui lui expliquent sa sainte et patriotique mission. On la voit
(i) M. Mollevaut (Charles-Louis), littérateur et poëte, né à Nancy en 1796, mort à Paris en 1844, était parent de M. Sainsère. L'ayant précédé de quatre années dans la tombe, il a du composer ces vers du vivant même de M. Sainsère.
pleine d'enthousiasme, d'espoir et de résolution partir avec le sire de Baudricourt pour rejoindre Charles VII, s'armer de l'épée de Fierbois, se saisir de sa bannière fleurdelysée, se mettre à la tête de l'armée française, battre les Anglais, délivrer Orléans et faire sacrer le roi dans la cathédrale de Reims. Puis on la voit malheureusement tomber au pouvoir de l'ennemi, comparaître devant le plus inique des tribunaux, accepter avec résignation la plus révoltante des sentences et monter sur le bûcher de Rouen pour être brûlée comme sorcière sans que son roi fasse le moindre effort pour la sauver » (i).
Ce sentiment s'est accentué plus vivement encore le jour ou je suis rentré dans la ville dont le sort était l'unique préoccupation de Jeanne d'Arc et pour laquelle, elle s'est si généreusement vouée à la mort (2) ;
(1) Les Vosges, Mirecourt 1884, p. 348.
(2) a En l'an mccccxxx, le xxme jour du dit mois de may, raconte Perceval de Cagny, historien du xve siècle, né en Beauvaisis, la Pucelle estant au dit lieu de Grespy, sceut que le duc de Bourgogne, et grand nombre de gens d'armes et autres, et le conte d'Arondel, estoit venu assegier la ditte ville de Compiengne. Environ mienuit, elle partit du dit lieu de Grespy, en sa compaignie de trois à quatre cens combatans. Et combien que ses gens lui deissent que elle avoit pou (peu) gens pour passer parmi l'ost (V armée) des Bourgignons en Englois, elle dist : « Par mon martin (c'est ainsi qu'elle appelait son bâton), nous suymes assez ; je iray voir mes bons amys de Compiengne. » Elle arriva au dit lieu environ solail levant. »
Dans son premier interrogatoire secret du 1 o mars 1 434; Jeanne d'Arc dit qu'elle entra dans Compiègne à l'heure secrète du matin ; venit de mane, hora sécréta. » On se rappelle aussi qu'au moment où Jeanne d'Arc fut enfermée au château de Beaurevoir, elle chercha à s'évader en sautant du haut d'une tour. Interrogée le 14 mars 143 1, sur la cause qui l'avait déterminée, elle répondit : «J'avais ouï dire que ceux de Compiègne, tous jusqu'à l'âge de sept ans, devaient être mis à feu et à sang ; et moi, j'aimais mieux mourir que de vivre après une telle destruction de bonnes gens. » Et plus loin quand on lui demanda : « N'avez-vous pas dit à Sainte Catherine et à Sainte Marguerite des
j'ai ressenti alors le désir de revoir une seconde fois ce pays si plein de touchants souvenirs.
L'occasion ne tarda pas à se présenter.
Ici je laisse la parole à M. le Comte de Marsy, Secrétaire de la Société historique de Compiègne qui a bien voulu en cette circonstance, comme en tant d'autres, mettre à mon profit sa vaste érudition en toutes choses, et surtout en archélogie (1).
Voici en quels termes, il a rendu compte de l'excursion faite par la Société historique de Compiègne à Domremy, du 23 au 27 juillet 188 5, excursion à laquelle je me suis empressé de prendre part (2).
« L'an dernier, à la suite d'une courte visite à Domremy, notre confrère, M. le Président Sorel nous avait retracé avec l'érudition et le charme qui s'unissent dans ses travaux, les souvenirs qu'avait réveillés en lui une matinée passée dans le village où était
paroles de cette sorte : Dieu laissera-t-il mourir si mauvaisement ces bonnes gens de Compiègne ?» — Elle répliqua : « Je n'ai pas dit ces mots si mauvaisement. La vérité est que je parlais à mes saintes en cette manière : — Gomment Dieu laissera-t-il mourir ces bonnes gens de Compiègne, qui ont été et sont si loyaux à leur seigneur. »
V. dans le Blason de la Révolution (Paris 1 883, Lemerre), un intéressant article de M. Jules Troubat, bibliothécaire du Palais de Compiègne, sur le séjour de Jeanne d1Arc dans cette ville et sur la statue qui y a été érigée en son honneur, le 10 octobre 1880. — Indépendamment de cette statue, placée en face de THôtel de Ville, il serait à désirer qu'un petit monument commémoratif fût élevé à Pendroit même où la Pucelle tomba aux mains de ses ennemis. On ne saurait trop perpétuer le souvenir de celle dont le nom seul doit entretenir dans les cœurs Pidée de dévouement à la patrie.
( 1 ) M . le comte de Marsy est actuellement Directeur de la Société française d'Archéologie, fondée par M. de Caumont en i832.
(2) V. YEcho de l'Oise des 3i juillet et 14 août 1 885, et le Progrès de VOise des ier et 12 août de la même année.
née Théroïne inspirée, qui devait accomplir devant Compiègne ses derniers exploits, et quitter nos remparts pour commencer ce long martyre dont le bûcher de Rouen devait être le terme.
« Formulée d'abord avec quelque réserve, l'idée d'une excursion de la Société historique de Compiègne ne tarda pas à être accueillie avec faveur, et, après un ajournement motivé par l'extension du programme, nous nous trouvions réunis à la gare du chemin de fer, à l'aube, le jeudi 23 juillet, pour exécuter notre voyage d'une durée de cinq jours et qui comprenait comme étapes : Châlons,, Neufchâteau, Domremy, Chaumont, Langres, Troyes et Reims, localités où nous devions retrouver presque partout des souvenirs de Jeanne d'Arc
« Après une courte station pour dîner à Pagny-sur- Meuse ou nous retrouvons, un de nos correspondants de Nancy, M. Léon Germain qui veut bien se joindre à nous, nous arrivons à Neufchâteau.
« L'Hôtel de la Providence à Neufchâteau va nous abriter pour deux nuits ; chacun s'installe et fait déjà des projets pour le lendemain, en voyant en face de nos fenêtres les deux véhicules qui doivent nous transporter.
« Avant sept heures, tout le monde est prêt, et nous suivons, dans la vallée de la Meuse, la route pittoresque qui nous conduit d'abord à Coussey, petit chef-lieu de canton, qui a tenu à témoigner lui aussi de son culte pour Jeanne d'Arc, en érigeant sur une de ses places une reproduction de la statue de la princesse Marie.
« L'église est un monument roman d'un assez grand intérêt, et dans lequel on remarque des matériaux d'époque plus ancienne. A l'intérieur, nous devons si-
gnaler un très curieux baptistère de style carlovingien, qui mériterait d'être débarrassé du badigeon qui le déshonore et d'être remis en place. M. le curé de Coussey, qui s'occupe avec soin et intelligence de réparer et d'assainir son église, nous promet de s'en occuper, et M. Germain prend l'engagement de réunir à notre intention quelques renseignements sur ce monument et sur le village de Coussey, autrefois érigé en commune, ainsi que nous le rappelle l'épitaphe en vers de Claude Petit- Jean dit Rigault, l'un de ses maieurs au commencement du dix-septième siècle.
« En deux heures environ, nous franchissons les douze kilomètres qui séparent Neufchateau de Domremy et mettons pied à terre devant l'église qui s'élève à quelques mètres de l'habitation de la famille de Jeann ed'Arc.
« Avant de commencer notre visite, M. l'abbé Lecot veut bien célébrer la messe à l'intention de la protectrice de Compiègne et une foule nombreuse et recueillie d'habitants se presse sous les voûtes du modeste édifice dans lequel Jeanne venait prier (i).
« L'éloquent orateur, qui a prononcé le panégyrique de Jeanne d'Arc le jour de l'inauguration de sa statue à Compiègne, remercie en quelques paroles émues les pieux enfants de Domremy et de vieux chants patriotiques lorrains se font entendre à l'issue du saint sacrifice.
« L'église de Domremy, plusieurs fois remaniée, conserve encore quelques pierres tombales curieuses.
(i) Par décret du 2 mars 1886, M. l'abbé Lecot, curé de la paroisse de Saint-Antoine à Compiègne a été nommé Evëque de Dijon.
Autour du chœur et à la voûte sont de riches bannières et de nombreuses couronnes offertes par la piété d'un grand nombre de villes de France. Espérons qu'un jour viendra où l'aiguille des femmes de Compiègne y apportera aussi le témoignage de la reconnaissance de nos compatriotes.
« La maison de Jeanne d'Arc que nous visitons ensuite a été soigneusement décrite par de nombreux écrivains et M. Sorel lui a consacré quelques pages qui nous dispenseront d'insister sur les dispositions de cette modeste habitation
« Avant de quitter la maison de la Pucelle, où les petites filles de l'école nous récitent avec beaucoup de justesse, quelques poésies en l'honneur de Jeanne d'Arc, nous y déposons une plaque de marbre blanc portant l'inscription suivante :
LA