‹ La maison de l'EgliseChapitre 10 sur 50 · LA DÉVOTION A L'ENFANT JÉSUS · texte numérisé non relu

LA DÉVOTION A L'ENFANT JÉSUS

L'Église a rassemblé dans ses chants liturgiques de Noël toutes les allégresses du genre humain acclamant en quelque sorte son Rédempteur, et cela depuis la visite à Bethléem des mages et des bergers. Elle a formé de toutes ces voix naïves des peuples un seul et magnifique concert. Le Rorate qui se chante à VAvent, YAdeste fidèles de Noël, l'un sur un mode tout-à-fait sublime et qui enlève les cœurs, l'autre d'une infinie tendresse, nous disent bien l'immense émotion évangélique qui commence à Bethléem, et qui de la fin de l'Empire des Césars jusqu'à nous s'est perpétuée à travers les générations chrétiennes. Les Noëls du moyen âge, ces cantilènes populaires qui n'ont pas encore cessé dans notre France catholique, nos Noëls bourguignons du xvne siècle, (i) témoignent en dépit des esprits forts de village (car le village aujourd'hui a ses esprits forts), de sa créance antique et dominante au Dieu incarné. Elle est trop conforme à la nature humaine , trop consolante, et trop glorieuse à des mortels pour périr ou pour tomber à rien. On ne ruine pas dans le cœur humain le rapport le plus

(i) Par Lamonnoye.

nécessaire qui puisse être entre Dieu et lui, comme on ruine un syllogisme vicieux. La fraternité dans le Christ nous prend, si je peux m'exprimer ainsi, paries entrailles. C'est la consanguinité par la chair et par tous les maux attachés à la chair, par la douleur, par la déchéance et l'infirmité de la race, et, le péché excepté, par la nécessité dernière et les horreurs de la mort naturelle. Est-il une consanguinité plus excellente?

La dévotion à V Enfant- Je sus que nos esprits forts traitent de menue superstition n'a rien de singulier ni de surérogatoire parmi les catholiques; tant s'en faut ! C'est le catholicisme lui-même dans son objet le plus universel et le plus vivant. Nos origines chrétiennes sont à Bethléem de la même manière que le berceau de nos nouveaux nés est chez nous, et du plus particulier de notre logis. Où ne figure pas, dans nos antiquités chrétiennes, ce charmant et adorable Enfant ? Il a rempli de sa présence sensible les premiers croyants de la communion chrétienne. Ils avaient des visions délicieuses de ce nourrisson d'une Vierge ; ils l'adoraient dans leur cœur ce pauvre innocent (parvulus, ilbambino) comme le peuple appelle les enfants, couché sur la paille, dans les ignominies de la pauvreté, et qui touche sa sainte Mère elle-même d'une commisération et d'un amour sans nom ici-bas. Où n'éclatent pas cette créance populaire en l'Incarnation et cette dévotion à l' Enfant-Jésus si semblable à notre amour pour ceux qui sont sortis de nous?

La loi des enfants catholiques à l'Enfant-Jésus est

quelque chose de suave et que les enchantements des plus belles peintures n'ont ni recommencé, ni égalé. Cette foi première est comme naturelle à ces coeurs innocents, à ces imaginations que rien n'a encore souillé des choses de la vie. Elle est tout intuitive et en même temps pleine de figures et de visions ravissantes. L'Enfant-Jésus n'est-il pas l'un d'eux, un Dieu homme qui a eu leurs commencements, et dont le corps s'est accru comme le leur en stature, en forces et en vivacité ?

« Les pauvres sont de tous ses membres ceux dans lesquels il est le plus (Bossuet). »

Us se l'imaginent présent au milieu d'eux d'une présence physique, et qui leur sourit de son sourire le plus bénin. Il est leur frère, leur égal par l'âge, leur compagnon le plus aimable et le plus facile à vivre, le plus fort aussi pour les protéger et préserver de tout mal; outre que les commençants l'ont pour premier maître de sagesse et d'obéissance filiale. N'est-ce pas là le rapport le plus vif du semblable au semblable ? Et l'anthropomorphisme de l'enfant chrétien n'est-il pas d'une religion bien naïve et bien vivante? L'Enfant- Jésus tient la famille chrétienne sous son divin et doux gouvernement. Il est le Dieu le plus intérieur et le plus présent d'une présence actuelle, l'oserai-je dire ? le plus affairé aux choses de l'éducation religieuse et de la morale élémentaire. Nos enfants lui balbutient leurs premières prières. Ils entendent que lui manquer c'est manquer au doux précepteur de leurs âmes, et qu'offenser ce bel enfant de Marie c'est offenser le Tout-

Puissant lui-même. Je voudrais bien qu'on me dît lequel des maîtres de morale patentés les enfants auront plus en révérence et en crainte que l' Enfant-Jésus. On a bientôt fait de traiter de niaiserie puérile cette religion du premier âge qui est aux mères comme une discipline à la main pour contenir et morigéner ces petits rebelles. On n'a pas sitôt trouvé par quoi la remplacer ; et la plus belle morale, administrée en termes graves et pompeux et sous forme d'axiomes à ces ignorants que la vie physique enivre, ne vous servira pas à grand chose pour les ranger au devoir. Je me trompe ; vous y gagnerez de vous faire moquer d'une manière ostensible ou non ostensible de ces malicieux drôles que votre morale laïque honorera fort, mais qu'elle laissera à leur naturel. Jean Jacques a essayé de cela pour son Emile, et d'autres recettes d'école nettes de tout ingrédient religieux. La chose lui a bien réussi pour son Emile, enfant, homme et époux qualifié de Sophie 1

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