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LE DOGME CATHOLIQUE

Ces antiques mystères, commencements grossiers de notre théâtre, dont Boileau s'est moqué agréablement et pour le plus grand bien de l'art français, constituaient une tragédie religieuse encore populaire dans nos provinces, 1800- 1822, et goûtée par nos pieuses mères et grand'mères : tant le Catholicisme est le fond de notre génie national ! Vainement nous tenterions de le séparer de l'esprit français avec lequel il a travaillé quatorze siècles à tout ce qui s'est accompli de durable dans la politique, la guerre, les lettres et les arts. Le Catholicisme en aucun temps ne s'est renfermé en luimême et dans la lettre secrète de ses dogmes, comme c'était le propre des religions occultes de l'ancien Orient. Nos dogmes, quoique d'une transcendance auprès de laquelle notre raison paraît une chose de rien, ont néanmoins par l'humanité du fils de Dieu un rapport si proche avec la nature humaine que ce sont eux qui s'abaissent jusqu'à nous, et non pas nous qui nous élevons jusqu'à eux ( 1). Aussi n'y a-t-il rien de notre personne privée, rien de nos conditions, rien de notre état social dans quoi ces dogmes ne pénètrent, et qu'ils ne

(1) Il faut que la vérité se tempère, qu'elle s'abaisse. (Bos suet).

prétendent à régler. Qui n'aperçoit pas, s'il y regarde d'un œil simple, en chacun de nos mystères fondamentaux l'homme, l'enfant d'Adam et d'Eve, le serf du travail et de la douleur, l'exilé de l'Eden, le pécheur déchu de la primitive innocence, et tombé de la nature angélique à cet état inférieur des organismes corruptibles ? Qu'est-ce que V Incarnation ne propose pas à ma raison qui ne soit prodigieux, exorbitant, insupportable au pied de la lettre? C'est le mystère des mystères ; un Dieu fait homme et enfanté par une Vierge ! C'est l'absolu surnaturel (i). Eh bien, où mon esprit se dérobe par sa pointe seulement, tout l'homme que je suis se rend à la douceur infinie du mystère, à l'immense bonté d'un Dieu qui s'est uni à ma nature infirme, et qui, faisant cela, s'est approché de moi jusqu'à m'être aussi intérieur que me l'est ma propre pensée.

L'Incarnation et la Passion du Christ! Où la nature humaine est-elle plus engagée par similitude que dans ces deux mystères, dont le premier est la raison d'être du second? L'humanité de Jésus-Christ naissant et souffrant, le petit Jésus de Bethléem et le Jésus du Calvaire, ces deux états d'un abaissement, il faut dire avec Tertullien , d'un apetissement extrême de la Divinité (Pusillitites Dei) voilà ce qui touche les petits enfants dans leur tendre cœur et même dans le sensible de leur chair. Et ils sont à cause de cela dans la vraie religion des choses, rapportant ces états de

(i) La foi est hardie ; rien de plus hardi que de croire un Dieu- Homme et mort. (Bossuet Pensées).

l' Homme-Dieu à leur propre condition , petite et infirme , et se haussant par la compassion jusqu'à l'incompréhensible de ces mystères de bassesse et d'amour. Nos belles-lettres et notre esprit philosophant se retourneront plus tard contre ces acquiescements naturels et délicieux des petits enseignés de l'Eglise : soit; mais cela ne fera pas que les mystères n'auront touché juste où ils doivent toucher, au cœur même de notre mortalité et dans le vif de la plaie originelle. Et c'est à notre propre nature, malade et à jamais incurable, sivousôtezle Rédempteur, que nous en voulons, quand notre raison fait la délicate sur le sujet de l'Incarnation, et qu'il nous répugne de confesser et d'adorer un Dieu si participant à notre misère naturelle et tout puissant pour la réparer.

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