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LA LITURGIE ET LES CEREMONIES DU SAMEDI-SAINT

Les cérémonies du samedi saint à Rome et à Paris, si l'on en considère l'ensemble dans l'une et l'autre liturgie, ont une grandeur et une majesté au-dessus de l'ordinaire. Il est certain que cette grandeur et cette majesté leur viennent du sens universel des choses, aussi bien des célestes que des terrestres, qu'emporte avec soi le symbolisme catholique. Les offices du samedi saint, psaumes, leçons tirées des Prophètes et des Pères,

paraphrases des textes de l'ancien et du nouveau Testament, cantiques, litanies et cette incomparable symbolique de la Bénédiction des fonts, avec ces oremus si bien composés et d'un latin plein d'ampleur et de nombre, parlent, qu'on veuille bien les lire avec application, à notre entendement et à nos sens de tout ce qui regarde la vie spirituelle, et de tout ce qui est de la vie naturelle. Je ne sais rien, selon mon petit jugement, qui m'en dise plus, et qui me le dise plus fortement, de l'universalité ou de la catholicité de notre religion. L'office entier du samedi saint en est un abrégé merveilleux : tant on a bien choisi dans les saintes lettres, réduit et approprié tout ce qui applique nos âmes à l'objet par excellence de notre foi, au principe de notre salut, à la glorieuse Résurrection ! On louerait l'Église de l'art qui éclate dans ses rites, si cet art ne faisait autre chose que se joindre à la conduite, douce ou impérieuse, qu'elle sait tenir avec les enfants de lumière et de grâce.

Cette liturgie, toute en action, du samedi saint occupait beaucoup nos yeux et nos oreilles. Nous ne perdions rien de l'extérieur des choses, nos pauvres petits esprits n'ayant pas à se travailler pour entendre cette symbolique transcendante. Ce que nous comprenions à première vue du magnifique rituel de la Bénédiction des fonts, c'est que l'officiant changeait, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, l'eau simple en eau bénite. Si les sens chez l'enfant ne sont pas tout d'abord avertis des choses saintes et pour ainsi dire éveillés à la religion, par quoi voulez-vous que celle-ci commence à nous

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prendre et à nous captiver ? Elle en veut à tout l'homme sans doute, à la chair et à l'esprit, puisque l'homme est un composé de l'une et de l'autre, et que, dans l'administration de ses sacrements, elle n'opère pas sur l'une indépendamment de l'autre. Ne voulez-vous pas que la religion mette de côté le corps, une assez belle moitié de nous-mêmes ! pour ne faire que ratiociner avec de soidisant purs esprits? Non pas : C'est bien à un composé indivis d'esprit et de matière que la religion a à affaire en ce monde ; et, si nous ne lui appartenions point par le sensible, nous ne lui serions rien, ni elle à nous. Ajoutons que les Sacrements, qu'elle a définis « des signes sensibles », n'ayant plus à se prendre à cette chair de péché, n'auraient plus de raison d'être. Quand nous disons culte public, nous entendons par là un ensemble d'actes religieux, accomplis par ceux de la même communion, et qu.i sont de l'espèce des choses visibles. Qu'est-ce que mon esprit se prosternant seul devant Dieu dans la prière, et n'y inclinant pas mon corps ? C'est de la haute contemplation ; ce n'est pas de la prière . Faisant cela, je m'abaisse et je ne m'abaisse pas, mon corps et mon esprit étant le même néant devant Dieu. Comment ne pas voir que, sans les rites et les cérémonies qui frappent le sens, la religion n'est plus qu'une métaphysique, fatigante même pour ceux qui la peuvent porter, et par trop sublime pour le commun des crovants ?

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