LA BENEDICTION DES FONTS
L'Église est partout semblabe à elle-même, et partout soutenant le même ordre dans ses rites. Ici elle donne plus à la pompe extérieure, parce que ses ressources lui permettent d'être magnifique ; là elle fait ce qu'elle peut: mais les grandeurs symboliques du culte ne sont pas pour cela diminuées ni ravilies. Notre vieux curé de Saint-Nicolas célébrant, escorté de ses deux chantres et de ses deux acolytes, devant la piscine baptismale, nous représentait toute l'Eglise visible et toute la hiérarchie sacerdotale. Notre piété, et notre curiosité enfantine bien davantage, était excitée au plus haut point par chacun des actes liturgiques de la Bénédiction des Fonts et par l'ordre majestueux dans lequel ils s'entresuivent. Cette eau que le célébrant touche avec la main, sur laquelle il fait trois fois le signe de la croix, et qu'il jette hors des fonts «vers les quatre parties du monde », en accompagnant chacune de ces aspersions sanctifiantes de paroles qui en expliquent le sens et l'efficacité ; le Dieu créateur dont l'esprit, à l'origine des choses, était porté sur les eaux, avant qu'il les séparât d'avec la terre. — « Cujus spiritus super aquas inter ipsa mundi primordia ferebatur » (Préface du Samedi saint) ; ce Dieu qu'on invoque sur les eaux de la piscine baptismale, afin qu'il y descende et leur communique de sa sainteté ; cette cosmogonie biblique récitée par les grands traits,
LE DIMANCHE DES RAMEAUX. Il0
chantée et exaltée par le célébrant ; ce cierge allumé, figure passagère de l'éternel intelligible, signe sensible de l'Esprit-Saint, que le prêtre plonge à trois reprises dans l'eau, et qu'il y enfonce de plus en plus avec ces paroles pleines de l'efficace sacramentelle « (i) descendat in hanc plenitudinem fontis virtus spirJus soncti » ; ce Chrême, ces huiles saintes mêlées avec toute l'eau des fonts, afin d'en rendre toute la substance féconde et capable de régénérer « (2) titimque hujus aquœ substantiam regenerandifœcundeteffecti»; Et ces nouveauxnés (il en est de tous les temps de l'année) qu'on amène là pour les ondoyer avec ces eaux créées à nouveau, et de nouveau rejaillissantes à la vi? é ernelle : Tout est grand dans le culte catholique et d'une grandeur où l'on sent comme un effort de l'esprit humain pour se hausser en quelque sorte à l'être infini de Dieu ! « Tout y est simple et auguste », a dit Bossuet du Sacrifice de la messe. Mais il me semble qu'en cet office du Samedi saint, l'Eglise, s'expliquant comme elle le fait au moyen de ce latin pontifical de l'ancienne Rome qu'elle a accommodé à sa propre liturgie, se montre avec une clarté plus triomphante ce que son divin fondateur a voulu qu'elle fût, à savoir catholique ou universelle.
(1) oue la vertu du Saint-Esprit descende dans cette source pleine.
(2) Et qu'elle féconde toute la substance de cette eau par des effets de régénération.