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LA LITURGIE CATHOLIQUE. — HYMNES ET PROSES DU SAINT-SACREMENT

La Fête-Dieu est tout ensemble l'affirmation et la manifestation glorieuse de la foi catholique, et cela dans le dogme superexcellent, comme le dit la liturgie, (superexcellentissimo) de la présence réelle. Il était du génie de l'Église universelle de rendre publique et populaire la chose qui est du plus intérieur du sanc tuaire, et delà produire au dehors, non-seulement sans en commettre la sainteté, mais avec un accroissement visible et sensible des grandeurs du mystère. Il était du génie de la même Église d'accommoder les paroles de son rituel à l'objet un et indivisible de notre foi, au Dieu en trois personnes, à la sainte Trinité. C'est ce qu'elle a fait en perfection par la plume et par la voix de ses docteurs et de ses poètes et maîtres dans le plain-chant. Nous avons dans nos paroissiens commun s quatre hymnes ou proses pour l'office du saint-sacre-

ment dans lesquelles sont célébrées en même temps qu'elles sont affirmées avec force et enthousiasme les propriétés et les vertus essentielles de l'Eucharistie. C'est principalement, disons magistralement, dans la la prose du Lauda Sion, que le dogme est démontré en son entier et célébré sur un mode d'une autorité doctrinale dont les âmes catholiques se sentent possédées et véritablement dominées. Ce latin officiel, et de racine romaine si franche (le Lauda Sion est de saint Thomas), rien qu'à la façon dont chaque verset est scandé (écoutez-le de votre bonne oreille et avec foi) applique tout votre esprit à la démonstration du dogme comme par des preuves redoublées, et qui ne le laissent pas respirer ; tant elles le pressent pied à pied pour ainsi dire et d'un effort irrésistible ! Vous sentez que vous avez affaire à un croyant qui ne joue pas avec les mots, et qui, ne vous enseignant que des choses d'un divin tout pur, appuie lui-même et vous fait appuyer avec lui sur le surnaturel de ces choses.

Prœter rerum ordinem (i).

Or rien n'est plus fort contre le bel esprit raisonneur ou railleur, encore que ne pas croire l'amuse, que la foi confessée par un homme de génie, et de laquelle il ne rabat pas un iota ; à moins que vous ne traitiez d'imbécile cet homme de génie ; ce qui ne prouve nullement que vous soyez plus fort que lui.

(i ) Par delà l'ordre des choses naturelles.

Il m'est resté là, tout au fond de ce sensorium de l'enfant où rien n'a péri des sensations premières, un certain littéral cadencé de ce Lauda Sion, en la manière forte et suffisamment correcte dont il était chanté par la maîtrise de Saint-Nicolas. J'en ai les oreilles encore pleines et le tympan tout martelé par ces cadences. Je n'entendais mot de ce latin et rien du sens sacramentel des mots. Je n'étais attentif qu'à la psalmodie sainte et à ce rinforçando par lequel on appuie sur chaque ligne et plus énergiquement sur le final de chacune des strophes du cantique. Mais comme j'étais à ces paroles de toute la foi de mon âme, elles emportaient avec elles une affirmation de la présence réelle qui me les rendait intelligibles au degré où elles le sont pour tout croyant catholique, infiniment au dessus des sens et tout-à-fait à la cîme de l'idéal. Cela donne à rire à nos fiers esprits du naturalisme qu'un chant d'église, fortement accentué au lutrin, puisse augmenter la foi au surnaturel, et porter celle-ci jusqu'à l'enthousiasme. Ils ignorent donc la puissance, elle-même surnaturelle, du rhythme et de la mesure sur les âmes les moins sensibles à la musique, et que plus cette musique est d'un arrangement simple, comme est celle du style religieux, plus elle enlève les âmes, et plus elle les tient suspendues, pour ainsi dire, aux choses du ciel. Est-ce qu'il n'en est pas ainsi des

chants de guerre par lesquels les courages sont exaltés et portés au dessus d'eux-mêmes? Dans tous les temps la parole rhythmée a eu cette vertu d'inciter ou de régler et d'unir les esprits dans les mêmes sentiments de civisme, d'honneur et de religion. Le rhythmeest entré dans les plans de gouvernement des législateurs antiques en qualité de discipline militaire et religieuse. Comment un tel moyen de communion aurait-il échappé au génie artistique et gouvernementale de l'église universelle ? Aussi a-t-elle fait de sa musique liturgique la chose la plus simple, la plus aisée à dire à l'unisson, et partant la plus populaire, d'où la foi aux saints mystères s'accroit de toute la précision didactique du rituel, et de ce magnifique ensemble choral dont retentissent les voûtes de nos églises ; à moins que celle de nos facultés qui confine le plus à l'idéal, l'imagination ne soit exclue, comme étant trop corporelle, de toute participation au culte public et à l'adoration des choses éternellement adorables. Autant vaut revenir à la religion de la raison pure, et s'y dessécher le cœur à force d'en écarter et en quelque sorte excommunier les sens.

En aucune partie de sa liturgie rhythmée, hymnes ou proses, l'église n'affirme avec autant d'autorité et de force la présence réelle qu'elle ne le fait dans le Lauda Sion. Propriété mystique des termes, le dogme expliqué aux fidèles de point en point, la transubstantiation presque démontrée à la raison par la qualité et la netteté des preuves surnaturelles, la syllogistique, ce procédé tout puissant de l'esprit humain au moyen-âge, se

prenant corps à corps avec le mystère et le joignant dans ses nœuds etjointures, comme l'athlète à Olympie joignait l'athlète ; enfin le surnaturel, le plus haut et le plus confondant, traité par l'analyse et le mot-à-mot, comme s'il était de l'ordre des vérités et des propositions communes; Quoi de plus? un saint enthousiasme qui échauffe d'un feu de poésie la plus ardue et la plus rigoureuse des démonstrations de l'espèce théologique ; la foi qui, plus elle déduit ses raisons de croire, plus elle se fortifie et se ramasse sur cet objet capital, la présence réelle : tel nous apparaît l'effort d'esprit ; telle la confession catholique de saint Thomas dans le Lauda Sion. Telle est au moins l'impression immédiate, c'est la bonne en toute rencontre, que fait sur mon esprit cette Prose incomparable. Et ma foi (hélas, qui l'a jamais assez ferme et assez tranquille ?) n'est pas seule satisfaite par la force substantielle des choses contenues dans le Lauda Sion ; ma littérature aussi et ma latinité y trouvent leur compte; et j'admire ici plus qu'en aucun endroit du Rituel catholique l'usage supérieur que 1 Église a fait de cette langue des anciens maîtres du monde, ayant à parler aux âmes de la même manière impérieuse imperatorio more que Rome en usait avec les corps assujétis à ses proconsuls. Ce latin de saint Thomas me contente au spirituel autant que le latin de Cicéron le fait dans les choses du forum, de la philosophie et de la morale universelle, si ce n'est qu'il s'agit pour moi dans saint Thomas d'un spirituel qui intéresse tout mon être, à savoir, mon âme en tout ce qu'elle espère et attend au siècle futur.

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