LE RETOUR DE LA PROCESSION A SAINT-NICOLAS
J'ai la mémoire toute rayonnante de ces belles journées de fête-Dieu, et de cette marche triomphale du Saint- Sacrement par nos rues. Je vois encore, avec la pieuse émotion d'un croyant de dix ans et avec cette filiale révérence pour notre clergé paroissial en laquelle nos mères nous avaient élevés, je vois notre vieux curé, le pauvre cher homme ! comme l'appelaient ses ouailles, qui s'en revient du reposoir du Cours Massol à l'église de Saint-Nicolas. Il ploie sous ses ornements sacerdotaux, et bien plus sous l'objet adorable qu'il porte dans ses mains. La sueur perle sur son visage ; il n'a plus beaucoup de jambes pour descendre cette pente de la rue des Avocats. Le vicaire de Saint -Vorle, l'abbé Jacquinot,
le premier deses assistants à la procession, lui donne aide à porter le Saint-Sacrement en Iuj soutenant les bras. C'est ce même bon vicaire, (i) dont j'ai parlé ailleurs. La procession s'achemine de plus en plus lentement vers Saint-Nicolas.'Niles pathétiques litanies ne cessent non plus que les élancemens des encensoirs, et les roses jetées à l'Hostie de propitiation et de salut. Les cloches de Saint-Nicolas sonnent à toute volée. Le cortège s'est accru de tout le monde ouvrier des rues basses, lequel s'endimanche tard, dans l'après-midi. Ils affluent dans les rues avoisinant Saint-Nicolas, pères, mères et leurs enfants, frais débarbouillés (ils disent là bas « charbouillés et dècJ\arbouillès ; ) » et après qu'ils ont fléchi le genou devant le Saint-Sacrement, ils emboîtent le pas aux suivants de la procession, Ils sont toujours de la multitude des pauvres et des malades qui se pressaient sur les pas de Jésus de Nazareth. Le Saint-Sacrement est encore pour eux le bon Dieu qui vient une fois l'an se faire fêter par ses amis du petit peuple, et qui leur permet de toucher la frange de sa robe. C'est le Christ qu'ils regardent cheminant par leurs rues et faisant le bien transiït benefaciendo.