LE JOUR DE NOËL. — LES TROIS MESSES
S'il est une fête qui nous parle avec un charme irrésistible de nos commencements en religion et de nos premières simplicités dans la foi, c'est, sans comparaison aucune, la fête de Noël ; il serait plus exact de dire les fêtes de Noël à cause des trois messes qui sont célébrées en ce beau jour, jour unique en la chrétienté. Encore n'excédé-je pas le cadre des Offices de Noël en mentionnant la messe, dite de la veille de Noël. Cette messe se rattache aux trois autres par un lien si naturel ! Et quelle admirable trilogie forment ces Offices entresuivis, où se trouve la représentation vive et topique du plus commun et du plus surnaturel des événements, à savoir, la naissance d'un enfant, et la venue au monde d'un Dieu fait homme.
Quelle nuit, et quels .ignés avant-coureurs, quels remuements dans toute la nature ! Ils ne sont pas au dessous de l'attente des nations. Toutes les bouches fatidiques de l'Ancien Testament ont parlé. Les prophéties surabondent ; leur concordance éclate, au
propre, au figuré, dans le discours uni, ou poétique, ou sous le voile mystique de l'Allégorie. A la veille de la bonne nouvelle, le genre humain a des pressentiments de quelque chose d'étonnant, d'inouï, d'heureux au dessus de toute idée, qu'il désire sans savoir ce qu'il sera, et dont il est en travail, comme si lui-même il allait l'enfanter. Déjà « il tressaille d'allégresse et de crainte (i) », la chose qu'il attend devant le renouveler dans sa constitution originelle, et le relever de sa déchéance en Adam. « Adhuc unum modicum est, et ego « commovebo cœlum et terram, et mare et aridam, et « movebo omnes gentes (2). (Introït de la messe. Veille de Noël). Quelles paroles de la liturgie conviennent mieux à ce trouble profond et mystérieux des esprits, à cette attente des nations ! Qui est fait pour remuer par avance le ciel, la terre, et la mer, si ce n'est le Christ promis et qui va venir, « le désiré des nations ». « Et veniet desideratus cunctis gentibus (3). A quelle école de belles-lettres ces prophètes Hébreux ont-ils appris ces manières poétiques de parler où il ne paraît ni art, ni métier , ni savoir faire enseigné ? Ce sont de pures effusions de PEsprit-Saint ; et plus nous avons été rompus dans nos écoles au métier d'écrire, moins nous nous trouvons semblables par les procédés de la plume à ces bouches inspirées, à ces participants de la science et de la sagesse divines. Ils sont de leur nation par un
(1) Racine, Athalie. Chœurs.
(2) Encore un peu de temps et j'ébranlerai le ciel et la terre, la mer et tout l'univers. (Le Paroissien complet).
(3) Et le Désiré de toutes les nations viendra, (JLd).
génie qui n'appartient qu'à ce peuple choisi de Dieu. « Ils sont Hébreux » comme saint Paul le dit de luimême aux Hébreux de son temps ; et ils le sont par leur généalogie en Abraham, par leur religion, unique sous le soleil, par leurs sacrifices publics et privés, par des lois faites pour ce peuple, strictes et contraignantes, expresses en leurs commandements, et merveilleusement appropriées aux esprits, aux caractères, à la contrée elle-même. Il semble que tout ce qu'ils ont pensé et ont écrit n'ait été pensé et écrit que pour leur nation, et se rapporte aux seules affaires de l'État juif. On dirait, à s'en tenir au littéral de leurs prophéties, que leur vue ne s'est pas étendue au delà des confins de ce petit pays. Mais chose étonnante ! Tout ce qui se passe dans le monde, et qui y prépare les esprits à l'avènement du Christ, tombe sous le sens de ces voyants. Ils s'en expliquent au propre avec une propriété de termes effrayante ou par des figures qui donnent aux choses une visibilité et des proportions égales aux faits eux-mêmes de l'histoire. Ils annoncent la venue du Christ à toutes les nations, et non pas à la leur seulement. « Audite, omnes gentes (i) ».
(1) Nations, écoutez.