‹ La maison de Molière et des grands classiquesChapitre 10 sur 21 · Galieu. célèbre médecin grec du 11e s. ap. J.-C · texte numérisé non relu

Galieu. célèbre médecin grec du 11e s. ap. J.-C

2. Hippocrate, le plus ancien et le plus éclairé des médecins, né à Cos eu i60.

chacun de ces terribles docteurs opinant que le remède de son confrère la tuera. On s'était beaucoup amusé à Versailles, en 1665, de cette belle contestation entre profès de la Faculté, et davantage encore de la scène de consultation des quatre médecins qui, les portes fermées, s'occupent de toutes choses, sauf de la personne malade et de la maladie. Pour rendre la plaisanterie plus piquante. Molière y jouait avec des masques faits tout exprès les premiers médecins de la cour : de Fougerais, Esprit, Guernault etd'Aquin, les noms qui leur sont donnés dans la pièce ayant été tirés du grec par Boileau pour marquer le caractère de chacun d'eux.

Le Médecin malgré lui renforça le rire de V Amour médecin. Tous les abus de la profession y étaient plastronnes de la manière la plus comique, la plus amusante du monde. Molière avait vu son maître Gassendi mourir sous les piqûres trop de fois réitérées de la lancette. Lui-même, irrité de l'impuissance de la médecine à lui rendre une partie de ses forces, épuisées par l'excès du travail et des tracas, se vengeait des bévues de la Faculté en livrant ceux qui les commettaient aux risées de la foule. L'acte 111 du Festin de Pierre portait encore une atteinte sensible à la présomptueuse ignorance des médicastres. Cependant, la maladie de poitrine dont il souffrait depuis plusieurs années allait toujours en s'aggravant; et son humeur en était d'autant plus irritée contre les docteurs incapables de le soulager. Le Malade imaginaire éclata comme « la suprême protestation d'un mourant contre l'impuissance de lait de guérir ».

Tous les bons acteurs comiques du Théâtre-Français eurent à jouer, aux soirées classiques réservées à

Le Théâtre de Molière.

Molière, de ces personnages empesés, loquaces et doctoralement burlesques.

Noblesse, bourgeoisie, marchands, médecins, maîtres ou valets, Molière n'oubliait personne. Cette

La Tradition. — Le Malade imaginaire, acte ii, se. vin.

Anr.AN. — Ah! malheureux, ma pauvre fille es>t morte!

diversité de personnages, il la cherchait et représentait surtout dans la famille, dont il lit, dune manière générale, le cadre de ses pièces. De là ses enseignements sur les rapports qui doivent unir le père avec les enfants, le mari avec la femme, ou sur les sentiments qui conviennent à la jeunesse.

Ingénues, Soubrettes et Valets.

A cette époque de l'histoire du théâtre, le personnage de la jeune fille avait quelque chose d'indéterminé, qui laissait douteuse dans le partage des rôles la distinction respective de l'ingénue et de la jeune première. Pourtant Molière, avec son admirable sûreté de main, en a nettement établi la démarcation

en créant les types extrêmes d'Agnès et d'Henriette, celle qui est censée ne savoir rien de la vie et celle qui est avertie, informée des choses. De Tune à l'autre, Isabelle et Angélique sont placées comme des figures intermédiaires. Isabelle nous représente l'incarnation hardie d'une conscience de seize ans en révolte contre la tyrannie des règles du temps, qui décrétaient d'une façon presque absolue l'absence du droit de la jeune fille dans le choix de son époux. Angélique, en sa lutte ouverte contre une belle-mère artificieuse et vindicative, nous rappelle une des créations les plus attachantes et les plus originales de Molière. Elles se ressemblent toutes quatre sur ce point qu'elles poursuivent pareillement, à travers les obstacles, la conclusion heureuse de leur hyménée. Avec leurs galants partenaires, les Yalère et les Glitandrë (triomphe des jeunes premiers : Ch. de La Grange, Fleury, Mole, Firmin, B ressaut, Delaunay et cent autres), ce sont des couples charmants à voir. Molière, qui souffrit beaucoup par les femmes, au inoins par l'inconstance et la frivolité de la sienne, n'en avait gardé nulle rancune à l'ensemble du sexe féminin. Comme il soigna d'une particulière prédilection jusqu'à ses moindres héroïnes, soubrettes et suivantes, il ne fut jamais plus libéral des ressources de son génie que lorsqu'il eut à portraiturer les jeunes filles de son théâtre. En tant qu'action morale, les Elise, les Marianne ou 1rs Lucile d'alors n'ont rien d'énigmatique. Toute leur fonction, leur exclusive raison d'être est d'écouter le penchant de leur cœur, de s'affranchir d'une tutelle gênante et de se marier le plus vite possible. Quant à l'Agnès de Molière, elle est le prototype de l'ingénue classique. M1" De Bry en créa le rôle, et le joua d'une façon

Le Théâtre de Molière. 5o.

admirable bien au delà de l'âge de l'ingénuité. « La

Comédie-Française, disait Delannay, est peut-être le seul théâtre où Ton ne nous demande pas notre acte de naissance. » On sait combien longtemps M"e Mars donna l'illusion, au théâtre, du printemps de la vie. Aussi parfaite dans les classiques que dans les créations du jour, .elle personnifiait avec une pureté, une grâce sans pareille, armée de cette malice naturelle aux filles d'Eve, la douce et cruelle pupille du malheureux Arnolphe. Elle était entrée toute jeune d'ailleurs dans ses rôles « d'éternelle ingénue », parée de sa beauté fraîche, de ses yeux admirables, de sa bouche ravissante, angéliquement costumée de la robe de mousseline blanche et du ruban bleu ciel. Une admirable ingénue avait pris l'avance sur M11" Mars : c'était M11- Lange, dont la voix était une symphonie; mais elle passa comme une apparition, tandis que M,,e Mars garda devant elle un demisiècle de triomphe à parcourir. Une vérité de diction impeccable, servie parles modulations d'un timbre de voix enchanteur, une aisance parfaite, l'élégance unie aux attraits d'un jeu simple et naturel, tontes ces grâces fondues en elle la mirent hors de pair. Elle fut bien « la perle, le diamant du Théâtre-Français ».

Dirons-nous aussi que. lorsqu'elle en avait permission. Mllc Bourgoing, la protégée du ministre Chaptal, aimait particulièrement à se montrer en Agnès; que M!lc Emilie Dubois y était bien charmante avec ses cheveux blonds et s:is yeux bleus; que M"e Thoier, malgré qu'elle eût des cheveux noirs, l'air timide et un peu attristé, s'y essaya non sans mérite, avant d'interpréter Marivaux et les modernes; et que Suzanne Reichemberg y renouvela les mérites de M1" Mars. Elle eut le sourire jeune aussi longtemps

qu'il lui convint de rester à la Comédie-Française, trente années environ. Elle était sortie du Conservatoire en 1868 avec le premier prix de comédie. Ce fut une année fameuse dans cet institut dramatique : car, au même mois de juillet 1868, on vit sortir également les noms de Mounet-Sullv (premier accessit de tragédie), de M"e Croizette, qui concourait dans Céliniène, de Gabrielle Tholer, qui obtint le second prix et ne se consola jamais de n'avoir pas emporté la première couronne. Non plus que Mlle Mars, Suzanne Reichemberg n'avait éprouvé les heures de lutte ni même connu les heures d'attente. Elle était arrivée, elle avait souri, prononcé deux paroles, et tout de suite on l'avait proclamée l'ingénue idéale, « une fleur, un sourire, un printemps ». Elle a été l'Agnès absolue, a déclaré Jules Claretie, comme Mrae Barrctta fut une Henriette parfaite et M1,e Bartet une Armande accomplie. Puisque nous venons de nommer Mme Barrctta, ajoutons ce détail qu'elle avait imprimé à l'Henriette des Femmes savantes un cachet, une empreinte inoubliable. C'était un mélange de pudeur et de hardiesse, d'ingénuité et d'esprit, une grâce fraîche et piquante, aisée et sincère, qui, pour les juges les plus délicats, était le modèle, sans le moindre artifice, de la jeune fille et de la jeune femme française.

A la suite de leurs jeunes maîtresses, les soubrettes font beaucoup de bruit sur le théâtre de Molière. On en a les yeux et l'esprit continuellement occupés.

Avant qu'il eut marqué d'une empreinte ineffaçable les créations de Dorine, de Nicole, de Martine et de Toinette, on avait vu passer par les chemins entortillés de la comédie d'intrigue la Dame suivante de d'Ouville, la Béatrice de Chevalier, les Clarisse et les Lize de Chapuzeau et d'autres encore de la

Le Théâtre de Molière. Ci

famille, caméristes de pareille allure, au front hardi. au pied léger, à la démarche impudente, sans guère de raison ni de caractère. Molière détourna de ces coutumes factices son génie d'observateur; et, plongeant au sein de la société, il en ramena des êtres réels, de vraies filles du peuple, façonnées à l'image de la vérité. Il les représenta comme il les avait vues, accomplissant ainsi qu'il en devait être leur office de suivantes en maisons bourgeoises, mais, pour cela, ne fermant pas b-s yeux sur ce qui se nouait et se dénouait, céans: fort au contraire, entendant profiter dans une large mesure de cette sorte de « familiarité familiale » qu'autorisait l'habitude, se mêlant de toutes choses, interposant leur jugement a tout propos, pour si peu de temps qu'elles lussent au logis; se croyant tout permis, de bonne foi. parce qu'elles s'estimaient nécessaires, et qu'en assaisonnant leur discours d'un grain d'impertinence, elles pensaient encore défendre les intérêts de leurs maîtres; d'ailleurs, pleines de franchise, relevant d'un parfum de bon sens le naturel de leur gaité, dévouées de cœur et d'âme, et complètement inféodées à la vie de ceux et de celles qu'a tour de rôle elles soutenaient ou contrecarraient.

Un point notoire à constater est la place grande et choisie que Molière a réservée dans ses pièces aux soubrettes. Auprès de celles-ci, ses valets ne sont que d'arrière-plan. Ils ont gardé dans l'air de leur visage je ne sais quoi d'étranger; on s'aperçoit, on sent à la forme exotique et bariolée de leurs costumes, à leurs façons prises ailleurs, qu'ils ne sont pas encore débarrassés de leur vieille livrée latine ou de leur défroque italienne. Types conventionnels ces Crispin. ces Scapin. ces Scaramouche. ces Sbri-

gani, dont il a recueilli la survivance. Il pense faire assez pour eux en les rattachant à Faction, à la vie, par quelques beaux traits de vérité. Mais que ses Dorine, ses Martine et ses Nicole sont bien à lui! Il les a tirées des entrailles de la famille française. Aussi comme il se plaît à les rendre, chaque fois, diverses, pittoresques et réelles! Il leur communique un feu, une personnalité, un accent, dignes des plus heureux efforts de son génie.

Dorine, que nous venons de nommer la première, n'est-elle pas le modèle accompli du type? Quel rôle est le sien dans Tartuffe! « Elle ne craint rien, elle ne ménage personne, elle suffit a tout. » En elle nous ne reconnaissons pas seulement l'habituelle chambrière, espiègle, gentille à voir et dextrement atournée, virant sur la scène, le nez au vent, « vive et légère comme une fusée », -

Maîtresse mouche et servante finette,

elle a d'au 1res droits ou d'autres excuses à ses boutades qu'un grand fond d'étourderie. La hardiesse de ses mois, la brusquerie de ses manières, ont une aisance où se trahit une expérience acquise des êtres et des choses de la maison; son maître peut s'emporter, faire des cris, jurer qu'il la mettra dehors. Elle éclate de rire. La chasser! Elle, Dorine! Est-ce seulement concevable ? « Elle est immeuble par destination '. »

Bien différentes d'aspect, de langage, sont la rieuse paysanne Nicole et la rustique Martine. Elles ont de commun toutes trois la droiture de cœur, le naturel et la raison. Non plus n'en est dépourvue la très agis-

Page 1