L.v Tradition. — Le Bourgeois gentilhomme, ai h m, >. . m
Monsieur J> crdaik. — Tout beau! Iloléi ! lio! Doucement!
quand une fois on les a vus dans un rôle, on ne peut plus v voir (pieux : ils produisent 1 illusion complète ; certains de leurs jeux de scène, par leur justesse et leur force, leur liue>>e ou leur pathétique, valent les tirades 1rs mieux composées. Jamais, chez eux. de ces oublis de la situation, de ces distractions d'ennui ou de coquetterie, qui détournent sur la salle l'attention de l'acteur. Leur jeu continue encore, lors même que leur rôle est fini: ils ne sont jamais inutiles sur le théâtre, ils jouent presque aussi bien lorsqu'ils écoutent que lorsqu'ils parlent. Leurs regards ne sont jamais dissipés; leurs yeux ne parcourent pas les loges; ils savent que leur snlle est remplie, mais ils parlent et agissent comme s'ils ne voyaient que ceux qui ont part à leur rôle et à leur action. »
Elle apparaît pour la première fois, en qualité de « satirique spirituelle », dans une des pièces de Molière, son illustre mari, le 1er juin 1663, — c'està-dire le jour où fut représentée la Critique de V Ecole des Femmes. Sous le nom d'Elise, elle y parle avec beaucoup de justesse le langage de la raison, décochant d'un air tout naturel les traits les plus vifs et les plus comiques à de certaines gens en faveur dans les sociétés du jour. Elle reparut dans La Princesse (FElide, a l'occasion d'une de ces fêtes splendides où Louis XIV, à Versailles, déployait ses magnificences royales. Le spectacle était des mieux choisis pour mettre en valeur ses dons variés, et il semblait au public que la tirade flatteuse débitée par le prince Euryale en l'honneur des perfections sans secondes de la princesse avait été conçue par Molière expressément à son intention :
« Elle est adorable en tout temps, il est vrai; mais ce moment Ta emporté sur tous les autres et des grâces nouvelles ont redoublé l'éclat de ses beautés. Jamais son visage ne s'est paré de plus vives couleurs ni ses yeux ne se sont armés de traits plus vifs et plus perçants. La douceur de sa voix a voulu se faire paraître dans un air tout charmant qu'elle a daigné chanter, et les sons merveilleux qu'elle formait passaient jusqu'au fond de mon àme et tenaient tous mes sens dans un ravissement à ne pouvoir en revenir1. Elle a fait éclater ensuite une disposition toute divine, et ses pieds amoureux sur l'émail du tendre gazon traçaient d'aimables caractères qui m'enlevaient hors de moi-même et m'attachaient par des
1. « Armande Béjart, nous apprend le Mercure galant, chantait avec un grand goût le français et l'italien; elle dansait à ravir. »
Les Origines de la Comèdie-hrancaise. 33
nœuds invincibles aux doux et justes mouvements dont
Le Costume. — George Dandin.
D après une gravure de l'Edition de 1682.
tout son corps suivait les mouvements de l'harmonie. »
Molière ne lui ménageait point les occasions de
briller. Si elle n'eut qu'une part restreinte dans les