Régnier, Le Tartuffe des comédiens, in
Le Théâtre de Molière. 45
trait toute à son avantage dans la soubrette. Yanhove, Xaudet, Baptiste aîné. Damas, jouèrent surtout ce qu'on appelle le Tartuffe de la seconde manière. Damas, avec son talent réfléchi, en tirait de profondes impressions. On appréciait en lui L'énergie singulière, inattendue, la profondeur d'accent dont il pénétrait, par exemple, toute la scène v de l'acte IY. Baptiste aîné n'y prodiguait point cette ardeur qui tenait au tempérament de Damas, mais y faisait percer, aux endroits de finesse, de l'esprit et des ironies pleines de sens. Firmin encore y excella ; ses admirateurs le retrouvaient là tel qu'il se montrait à eux, dans ses meilleures soirs, lorsque, délaissant pour quelques instants le genre grand seigneur, cet héritier de Mole daignait revenir au classique. D'une nature liés souple, Michelot, qui fut chargé du rôle vers les dernières années de la Restauration, en relevait le comique avec beaucoup d'art; on remarquait seulement qu'il mettait l'hypocrisie du personnage un peu plus en dehors que la perspective du théâtre elle-même ne l'exigeait. Geffroy, artiste pénétrant et instruit, s'en acquittait avec une maîtrise incontestée. Et plus tard Samson, Frédéric Febvre, Régnier, y appliquèrent le meilleur de leur étude. Worms en essaya une interprétation toute particulière, lorsqu'il débuta dans ce rôle, au commencement de juillet 1896. Pour nous servir des expressions de Jules Lemaitre, mieux qu'aucun de ses devanciers Worms sauvait Tartuffe du ridicule. Ce qu'il exprimait peut-être le plus fortement, c'était l'ardente passion dont le personnage est dévoré. Il lui prêtait une sorte d'âpreté triste, une allure sombre et fatale, et qui faisait songer tantôt à don Salluste, tantôt à Iago.
« On doit chercher à varier les figures du répertoire », disait Samson. Les types ne sont pas moulés en bronze. Il y a des théories assurément, mais elles n'ont rien d'absolu. On est toujours à même de les transformer, de les améliorer. Tartuffe a été, certainement, rime des figures que s'attachèrent le plus à renouveler, selon leur goût et leurs facultés personnelles, les comédiens en titre du Théâtre-Français, et même en dehors, si nous rappelons qu'en 1906, Antoine, à l'Odéon, recomposa, pour ainsi dire, entièrement, le type fondamental et la décoration de Tartuffe.
On aurait à faire la même étude comparative pour des caractères de premier plan, tels que l'Avare et surtout le Misanthrope, objet de commentaires infinis, et dont l'analyse nous entraînerait beaucoup trop loin. Il en est d'autres, d'importance toute secondaire, comme l'Etourdi, les Fâcheux, les Précieuses, qui prêteraient à d'intéressantes observations.
Tels d'entre ceux-là sont d'espèce purement comique, introduits là par manière d'épisodes et parce qu'il est assez coutumier, au cours d'une action déjà plaisante, de renforcer de temps en temps la dose du rire en l'additionnant de jeux de scènes et de figures burlesques. Nous avons, par exemple, chez Molière, toute une série de pédants, des Caritidès, des Métaphraste et des Pancrace, qui sont de véritables bouffons, à l'effigie du « Docteur » de la Comédie Italienne, puis des Vadius, des Trissotin, ceux-ci tirés d'une observation plus directe et plus française.
Je ne sais bète au monde pire Que l'écolier l, si ce n'est le pédant,