SCÈNE IV
XANTIPPE, MYRTHOÉ, LUTÉCIE.
XanTIPPEj dans une riolcnte agitation.
Ouf!... je respire a peiiîe... Ouf!... ils me feront
mourir !,.. mais je m'en garderai bien : les mise' râbles s'en.,, réjouiroient. .. tous; tous dans cette maison maudite con.s})irent contre moi; mais je les brave; oui , tous tant que vous êtes , vous tomberez sous les coups de ma colère... Cette juste colère cjui m'embrase, eli bien ! je la retiens depuis près d'une heure entière. Je me fais aussi bonne que la brebis des champs , et
ces loups veulent me dévorer Non , j'en jure par
ma digne patronne, par Junon , mon céleste modèle, non ; ils ne réussiront point dans leur infernal complot... {A Myrthoé). Et vous, la belle à l'œil hypocrite , ce n'est point assez de vous avoir dit, avec une douceur d'àme incroyable , que je ne permettrai jamais que vous épousiez mon mari ; j'apprends que tous deux vous vous opiniàtrez dans ce fol entêtement.... Imprudens que vous êtes , ôtez de vos têtes ce projet qui
moutrage , ou soyez sûrs que dès la première nuit
Vous verrez quel vacarme effroyable , mes dignes voisins et moi , nous ferons. Je ne réponds plus de rien. Tous les meubles arrachés , déchirés, brisés.... Je vous le déclare, non, je ne reconnois point l'abominable loi dont vous vous autorisez ;tous vos sénateurs sont.... ( Elle se promène à grands pas. ) ,
LutÉciEj à part.
Oh ! si j'osois lui répondre ; mais elle m'écraseroit , au moins de sa voix.
MyrtiioÉj à Xanlippe , d'un ton doux.
Je vous prie , Madame , de vouloir bien.
XantippEj en marchant.
Non.
D E s O C R A T E. Sq
MyrthoÉj toujours du même ton.
Croyez qu'en vous expliquant mes pures intentions....
XantippEj marchant.
Point , point d'explications ; je me jnoque des belles paroles , et je veux être la seule femme de mou mari.
M YRT H o É.
Souffrez
XantippEj marchant toujours.
Rien. ( S'arrêtanl. ) N'allez-vous pas encore vouloii' justifier de méchantes actions par des mauvaises raisons?.... Celles de vos législateurs ne me forceront pas à consentir à une indignité jusqu'à présent inouie.
LuTÉciE, à part.
Je n'y tiens plus. ( Haut et vite. ) Tout ceci , Madame, tient a un très-ijnporlant mystère ; on veut vous l'é-
claircir, et toujours sourde Mais cela est-il donc
impossible? écoutez.
Xantippe j se retournant brusquement vers Lutécie.
Taisez-vous, étrangère A vos yeux effrontés je
devine que lorsqu'une loi donne deux femmes a un seul homme , vous voudriez bien qu'une autre donnât deux hommes à une seule femme.... Admirez pour votre compte ces belles et neuves lois.
Lutécie, à part.
&i le proverbe n'a pas tort , n'approchez pas trop du buisson , si vous avez peur qu'il ne vous pique. M Y R T H O É , à Xantippe.
Encore une fois , Madame , dans mon humble étal , je n'ai qu'un seul mot à vous dire
6a LA MAISON
Xantippe.
Et je n'ai aussi dans toute cette affaire qu'un mot k dire , moi ; c'est que je ne le veux point , et ce mot doit vous suffire ; d'ailleurs , soit dit sans compliment, vous êtes la belle aux yeux doux et baissés , au teint rosé , à la taille mignonne , celle que je choisirois le moins pour m'assister auprès de mon époux.