‹ La maison de Socrate le sageChapitre 19 sur 36 · M Y RT H O K · texte numérisé non relu

M Y RT H O K

Madame, en vérité

Xantippe.

J'ai mon coupd'œil, et je ne le troquerai pas pour;... Oui , la Mégarienne me déplairoit raille fois moins que vous. Cette femme n'a rien qui puisse me faire perdre l'espérance , et un jour mon mari désabusé, pourroit reconnoître son tort et le réparer en revenant à moi ; mais , s'il vous épousoit ! ob ! le traître a les yeux encore trop bons , pour qu'on puisse espérer qu'il, se corrige de sitôt.

M Y R T II o É .

Vous avez du voir par mon écrit , que l'engagement que je contracte avec Socrate étoit

Xantippe.

Un écrit n'est rien bien fou qui s'y fie j et surtout un écrit par lequel une jeune femme s'engage de toujours résister 'a des choses qui sont permises, tandis qu'on a tant de peine à résister à celles qui sont défendues.

Croyez cependant que jamais, ni Socrate, ni moi....

DE SOCRATE. 6i

Xantippe.

Je n'ai nulle foi a ces sortes de conventions qui deviennent évidemment impossibles a remplir. M Y R T H o E.

D'ailleurs , votre mari

Xantippe.

Ne sera jamais le vôtre.

M Y RT H o É.

Il est dans le principe de ses vertus

Xantippe.

Il ne vaut pas mieux qu'un autre ; et puis , le plus homme de bien en certains casj je m'entends, finissons; pour toute et dernière réponse , je veux que , par un serment , votre bouche prononce ici , devant moi , l'obligation de renoncer pour jamais au projet de vous unir à Socrate par les noeuds du mariage , fùt-il le plus légitime , ou je cours de ce pas dans son cabinet.

Quoi , Madame ?

Xantippe.

Saisir ses papiers.

Que dites-vous la ?

Xantippe.

Brûler son immortalité.

M Y R T H O É j d'un air riant.

Arrêtez.... Vous serez satisfaite; car, jamais, malgré l'édit, ou la volonté des lois , je ne m'étois pro-posée .de contracter un pareil engagement sans votre très-exprès consentement. Socrate

6a LAMAISON

Xantippe, vivement.

Enragera ! Tant mieux ! c'est ce que je désire! N'estil pas juste qu'il soit puni de la sottise qu'à son âge il alloit faire ? Que les Dieux soient loués , il ne sei^a donc plus question ici de cette extravagante union , vous me le promettez ?

MyrthoÉ, gravement.

Je vous le promets, Madame.

Xantippe, avec joie, O ma clière Myrthoé ! ô mon aimaLle fille ! venez que je vous embrasse. ( Prête à embrasser Myrthoé , elle s'arrête f et dit:) Au moins, c'est bien sérieusement ; je puis y compter, plus de mariage d'édit , et au feu l'écrit par-dessus le marché. M Y R T II o É.

Je prends le Ciel a témoin de la sincérité de ma promesse.

XantippEj embrassant Myrthoé avec transport à plusieurs reprises.

La charmante enfant! Oui, j'ai pleine confiance en vous ; elle est telle, que je ne dout(^ plus que pour me prouver que le sot amour de mon mari sera entièrement confondu , vous n'acceptiez aujourd'hui même la niâin d'un homme qui vous adore , et à qui la vôtre

appartient de bon -droit d'Alcibiade.

Myrth o É, d'un tonjroid.

Ceci , Madame , ne regarde que moi.

XantippEj avec une vive émoi'ion.

Comment ! vous refuseriez de prendre le seul parti qui puisse garantir votre promesse et rétablir la coucorde ?

M Y R T H o É j at^ec dignité.

Je ne refuse ni accepte. Je suis absolument libre dans mon choix , et ne prétends cesser jamais de Tètre. XantippEj oi^ec emportement.

Oh! je vous comprends bien a cette heure; je vous reconnois à votre candeur parfaite, à votre bonne foi sans détour. Eh bien ! Ii qui mieux , mieux. Ah ! traîtres , vous voulez la guerre, vous l'aurez Vous

me jouez tous , mais je ne serai la dupe d'aucun de

vous Cette infâme Mégarienne est encore ici;

qu'elle tremble ! Tremblez aussi , vous autres , car de ce pas je vais dénoncer cette ennemie de ma patrie. L'aréojjage vous jugera et me vengera , et moi je ferai pleuvoir sur vos perfidies , tous les maux que ma vengeance tient en réserve. ( Elle sort. )

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