M Y RT H O K
Madame, en vérité
Xantippe.
J'ai mon coupd'œil, et je ne le troquerai pas pour;... Oui , la Mégarienne me déplairoit raille fois moins que vous. Cette femme n'a rien qui puisse me faire perdre l'espérance , et un jour mon mari désabusé, pourroit reconnoître son tort et le réparer en revenant à moi ; mais , s'il vous épousoit ! ob ! le traître a les yeux encore trop bons , pour qu'on puisse espérer qu'il, se corrige de sitôt.
M Y R T II o É .
Vous avez du voir par mon écrit , que l'engagement que je contracte avec Socrate étoit
Xantippe.
Un écrit n'est rien bien fou qui s'y fie j et surtout un écrit par lequel une jeune femme s'engage de toujours résister 'a des choses qui sont permises, tandis qu'on a tant de peine à résister à celles qui sont défendues.
Croyez cependant que jamais, ni Socrate, ni moi....
DE SOCRATE. 6i
Xantippe.
Je n'ai nulle foi a ces sortes de conventions qui deviennent évidemment impossibles a remplir. M Y R T H o E.
D'ailleurs , votre mari
Xantippe.
Ne sera jamais le vôtre.
M Y RT H o É.
Il est dans le principe de ses vertus
Xantippe.
Il ne vaut pas mieux qu'un autre ; et puis , le plus homme de bien en certains casj je m'entends, finissons; pour toute et dernière réponse , je veux que , par un serment , votre bouche prononce ici , devant moi , l'obligation de renoncer pour jamais au projet de vous unir à Socrate par les noeuds du mariage , fùt-il le plus légitime , ou je cours de ce pas dans son cabinet.
Quoi , Madame ?
Xantippe.
Saisir ses papiers.
Que dites-vous la ?
Xantippe.
Brûler son immortalité.
M Y R T H O É j d'un air riant.
Arrêtez.... Vous serez satisfaite; car, jamais, malgré l'édit, ou la volonté des lois , je ne m'étois pro-posée .de contracter un pareil engagement sans votre très-exprès consentement. Socrate
6a LAMAISON
Xantippe, vivement.
Enragera ! Tant mieux ! c'est ce que je désire! N'estil pas juste qu'il soit puni de la sottise qu'à son âge il alloit faire ? Que les Dieux soient loués , il ne sei^a donc plus question ici de cette extravagante union , vous me le promettez ?
MyrthoÉ, gravement.
Je vous le promets, Madame.
Xantippe, avec joie, O ma clière Myrthoé ! ô mon aimaLle fille ! venez que je vous embrasse. ( Prête à embrasser Myrthoé , elle s'arrête f et dit:) Au moins, c'est bien sérieusement ; je puis y compter, plus de mariage d'édit , et au feu l'écrit par-dessus le marché. M Y R T II o É.
Je prends le Ciel a témoin de la sincérité de ma promesse.
XantippEj embrassant Myrthoé avec transport à plusieurs reprises.
La charmante enfant! Oui, j'ai pleine confiance en vous ; elle est telle, que je ne dout(^ plus que pour me prouver que le sot amour de mon mari sera entièrement confondu , vous n'acceptiez aujourd'hui même la niâin d'un homme qui vous adore , et à qui la vôtre
appartient de bon -droit d'Alcibiade.
Myrth o É, d'un tonjroid.
Ceci , Madame , ne regarde que moi.
XantippEj avec une vive émoi'ion.
Comment ! vous refuseriez de prendre le seul parti qui puisse garantir votre promesse et rétablir la coucorde ?
M Y R T H o É j at^ec dignité.
Je ne refuse ni accepte. Je suis absolument libre dans mon choix , et ne prétends cesser jamais de Tètre. XantippEj oi^ec emportement.
Oh! je vous comprends bien a cette heure; je vous reconnois à votre candeur parfaite, à votre bonne foi sans détour. Eh bien ! Ii qui mieux , mieux. Ah ! traîtres , vous voulez la guerre, vous l'aurez Vous
me jouez tous , mais je ne serai la dupe d'aucun de
vous Cette infâme Mégarienne est encore ici;
qu'elle tremble ! Tremblez aussi , vous autres , car de ce pas je vais dénoncer cette ennemie de ma patrie. L'aréojjage vous jugera et me vengera , et moi je ferai pleuvoir sur vos perfidies , tous les maux que ma vengeance tient en réserve. ( Elle sort. )