SCENE II
SOCRATE, MYRTHOÉ, UmLCm , accourant , un papier à la main.
o ma digne , ma respectable maîtresse ! quoi ! c'est moi dont vous avez voulu former l'état et faire la ■fortune en me donnant chez le Tabellion une dot et un époux!... Souffrez que je tombe à vos genoux pour vous supplier de renoncer au procédé généreux...
MyrTHOÉ, la, relevant.
Quel procédé, mon enfant? que veux-tu dire?
LuTECiEj montrant un papier.
En yoici l'acte authentique. Non, je ne souffrirai jamais que vous. . .
Mais quel acte ?
Le Tabellion vient lui-même de m'en faire !a lecture.. Eh ! ne faudroit-il pas que je fusse la jilus ingrate des créatures pour. . .
Mais dis-moi donc quel est cet acte ?
Celui de la dot que vous me donnez, pour qu'élevée
au rang de citoyenne , je puisse vous remplacer en me conformant a ledit du sénat.
Hélas ! j'en ai eu l'intention , mais. . .
O ma trop bonne maîtresse !.. cette louable intention , elle est remplie.
Impossible , mon enfant ; n'as-tu pas vu comme moi que le Tabellion, parle résultat de ses calculs, ne mé laissoit ])lus qu'une somme trop modique pour pouvoir te doter?
Eh ! qui sait si un bon remords... Un Tabellion ne peut-il pas en avoir comme un autre homme ?
fd Y R T II O É.
Songe donc que dans cette affaire ma présence eût été indispensable.
Eli bien! vous allez voir que non : tenez , lisez. M Y B T 51 o É , après avoir lu.
Je n'y comprends rien ; mais puisque je conserve le droit de rester li!>re en satisfaisant a l'édit, quoique par un moyen que je ne conçois pas, je déclare que j'affranchis et que je dote Lutécie.
Lut é c I E.
O ma trop généreuse protectrice ! puis-je accepter un don qui... pardonnez; mais il faut que j'aie la hardiesse de vous It; dire... vous prive de la dernière ressource qu'un parent vous a laissée pour écarter de vous rhumiliation qu'on prodigue a l'indigence, et
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vous prémunir contre ces événemens de la vie que la sagesse humaine ne peut pas toujours prévoir. M Y R T H O É j ai>ec dignité.
Je t'en prie , ma chère enfant... Puisqu'il le faut , même , usant de l'autorité que j'avois sur toi , je te l'ordonne. Tout est fini pour moi dans ce monde : le travail de mes mains suffira dans une retraite éloignée...
Ah ! je vous y suivrai plutôt que d'abuser avec une lâche ingratitude....
La liberté, Lutécie , la liberté que tout être adore, n'a-t-elle point de charmes pour toi ?
Lutécie, at^ec sentimQnt.
A ce prix ? non...
Je sens couler mes larmes.
Lutécie.
La servitude n'en est plus une auprès de vous. Ah ! ce n'est que par vos vertus et par vos bienfaits que j'ai connu votre supériorité... Quoi ! le dernier rejeton d'une famille respectable à toute la Grèce , la fille d'Aristide le juste seroit réduite au travail de ses mains pour se procurer l'aliment du pauvre que , peut-être même , elle n'auroit pas toujours 1 L'œil du riche s'abaisseroit avec insolence sur son honorable indigence ! et moi , que rien ne distingue dans la classe des humains , je jouirois dans un doux loisir, aux dépens de ma bienfaitrice , des agrémens d'une vie dont rien ne m'a rendu digne, et j^our laquelle les
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Dieux ne m'ont point fait naître? Qu'ils me punissent avant qu'une aussi coupable espérance puisse entrer dans mon âme , ou jamais me séduire! SoCRATE^à lui-même.
Il est donc vrai que la vertu est de tous les états ! MYRTHOÉjà Lutécie.
Va , mon enfant , malheur à ceux pour qui le travail est une peine ou nn& honte. Si le hasard m'avoit fait naître comme tant d'autres, je sens qu'il m'auroit fallu , non pas un de ces métiers futiles dont les outils ne sont que des bijoux enfantins, mais un travail journalier, utile , louable , quel qu'il eût été : si je pensois autrement, pourrois-je me glorifier d'être l'élève de Socrate ?
Sans approuver entièrement votre opinion, ma chère Myrthoé , je dis seulement que sans doute le mépris n'atteindra jamais l'ouvrière qui, par son assiduité au travail , se fileroit des jours heureux... Eh! qui oseroil lui en témoigner? Cependant, je vous le répète , je suis loin d'approuver votre projet de retraite que rien ne nécessite. ( Avec Jinesse. ) Et puis , dans ce monde-ci , les événemcns se succèdent avec une rapidité si prodigieuse, qu'il n'en faut souvent qu'un ( qu'on ne supposoit pas ) pour opérer une révolution heureuse dans létat où nous sommes. M Y R T H o É.
Ah ! Socrate 1 n'est-ce point aujourd'hui le dernier jour qui doit, hélas! régler ma destinée? SoCRATEj d'un ton mystérieux.
Le dernier jour, soit. Mais ce jour n'est pas fini.
DE S O C R A T E. gq
Un jour n'est qu'un anneau de la grande et invisible chaîne : qui de nous a lu dans le livre lerjnc du destin pour savoir comment telle chose finira P ( Onjrappe à la porte.) Lutécie , voyez ce que c'est. ( Lutécie ouçre la porte. )