SCENE IL SOCRATE, MYRTHOÉ, LUTÊCIE
Myethoe , à poix basse , dans le fond de la scène.
Éloignons-nous , Lutécie , ne troublons pas l'entretien de Socrate.
LuTECiE , à voix basse.
L'entretien !. . . s'il en a un , c'est sans doute avec son démon , car je ne vois personne.
M Y R T H o E , à yoi^ basse.
Quand Socrate médite , il s'etflretient avec l'Esprit
DESOCRATE. S
étemel , et ses méditations ne doivent point être troublées par notre présence : retirons-nous...
( Elles sont prêtes à sortir, lorsque Sacrale les apercevant , se lèi>e , et dit : )
Pourquoi votis éhignez-vous , ma très-chère pupille?
Parce que votre cai^inet est un sanctuaire.
Soc RATE.
II en devient un pour jnoi , belle Myrthoé , quand
Vous vous y rendez.
M Y R T H o E , souriant.
Je ne soupçonnois pas que Socrate dtit se montrer
galant.
Socrate.
Ne Yois-tu pas , mou enfant , que je copÎQ le langage de ceux qui , chaque jour, s'empressent a demander ta main ? Ils viennent en foule , surtout depuis que , pour réparer la perte des citoyens morts à Athènes , lors du dernier fléau de la peste , un édit du sénat ordonna li tous les jeunes gens des deux sexes de se marier , et permet à ceux du mien de prendre une seconde femme.
Voila un singulier édit !
Socrate. ilA.-.*
Soit... mais il faut obéir aux lois , parce qu'elles vont plus loin que la portée de notre raison particulière... Je ne suis pas devenu galant comme vous le dites ; Socrate galant, vous feroit un peu sourire... Mais parlons un langage qui convienne mieux à la situfa tion dans laquelle vous vous trouvez,... Le dernier
jour du délai de cette loi qui oblige tous les jeunes gens à se marier , expire ce soir même. Vous ne pouvez donc pas tarder a déclarer publiquement quel est l'heureux mortel que votre cœur a choisi pour être votre époux , à moins cependant que vous ne profitiez de la permission que cette même loi vous accorde , de rester dans le célibat , en payant la dot d'une citoyenne qui puisse vous remplacer»
LuTÉCIE, virement.
Je pense , moi , que toutes les Athéniennes passcroient certainement pour avoir désobéi à la loi, si elle profitoit du moyen qu'elle leur donne de ne pas l'exécuter; et le patriotisme qui les anime ne per-^ mettra , sans doute , à aucune de laisser échapper l'occasion dé se montrer bonne citoyenne. . . . Ah ! pourquoi suis-je née dans la Gaule !
SoCRATE , d'un ton doux 3 mais sérieux.
Ma chère Myrthoé , je me sers aujourd'hui , pour ia première et dernière fois , de l'autorité que votre père , qu'Aristide , mon ami , m'a donnée sur vous , lorsqu'en mourant il voulut que je prisse le soin de vous élever et de veiller au bonheur 'de vos jours. Le moment de remplir le plus doux , le plus cher , le plus sacré de mes devoirs , est arrivé. Je demande donc , ma chère enfant , j'exige même que tu me déclares le nom de celui que tu as choisi. . . Est-ce Démophon ?
Myrthoé, a^-ec dignité.
Fille d'un père banni par des factieux , pour avoir honoré , par ses vertus , la patrie qu'il défendit par ses arjues ; nlie d'Aristide, comment pourrois-je me ré-
DESOCRATE. 5
soudre à prendre pour époux un homme qui professe ouvertement leur doctrine ! O Socrate ! me mépriseriez-vous assez pour me refuser l'amour des principes que vous avez donnés à votre élève? Jamais je ne les oublierai...
S OCR iV T E.
Ma clière enfant ! je connois et ton courage et tes nobles vertus. Le titre de mère te rendra digne de tous nos hommages... Maintenant, dis-moi : n'aurois-tu pas choisi Mérophile, qui, dej^uis quelque temps, jouit de l'estime publique ?
MyrthoÉ.
Dites plutôt qu'il l'usurpe. Ah ! Socrate ! je n'ai que du mépris pour Démophon , parce qu'au moins s'il est un traître à nos yeux , il ne croit pas à notre estime; mais j'abhorre ce Mérophile , qui n'emprunte le masque du patriotisme que pour tromper, à sou profit , un peuple trop crédule.
Socrate, Jixant Myrthoé.
Je remarque que, depuis quelque temps , tu ne me parle plus du jeune et brillant Alcibiade.
( Myrthoé émue , ne répond pas. )
Socrate, du même ton.
On publie que , depuis quelques jours , il est de retour dé son ambassade.
( Myrthoé plus émue , ne répond pas. ) Socrate, du même ton.
Et dans le grand nombre de beautés qu'Athènes renferme , ne devinerois-tu pas celle à qui il adressera l'hommage de son cœur?... Autrefois, j'ai vu avec le plus tendre' intérêt , quand il peignoit avec tant