‹ La maison de Socrate le sageChapitre 35 sur 36 · SCÈNE VI IL LES PRÉCÉDENS , L'OFFICIER excepté · texte numérisé non relu

SCÈNE VI IL LES PRÉCÉDENS , L'OFFICIER excepté

Xantippe, furieuse.

L'insolent ! . . . à mon âge ! . . . l'instinct ! . . .

EuCLiDEj à Myrthoé.

Je m e féliciterai , Madame , d'avoir a vous annoncer que le Sénat a disposé de votre main , et qu'il vient ,

DE S OCRAT E. loi

aux acclamations de tout le peuple , de vous donner Alcibiade pour époux.

Xantippe.

Qu'entends-je ? quoi !... Dieux !... Cette chère Myrthoé ! . . . {A Socrate. ) Elle ne sera donc pas ta femme? Ah ! dans l'excès de ma joie , je l'embrasserois.,.. ( Par réflexion. ) Ce Sénat ! il a pourtant de bons momcns !. . .

Et c'est surtout d'après les vives sollicitations de Socrate , que le Sénat a ordonné aujourd'hui l'hymen de Myrlhoé et d'Alcibiade.

Xantippe, à Socrate.

Eh quoi ! l'édit et SQs conditions n'étoient-ils qu'un

prétexte jjour

Socrate.

Pas absolument. ( Ai^ec effusion et sentiment. ) Ah! ma chère Xantippe , vois à quels dangereux excès la passion t'avoit conduite ; méconnoissant les lois de l'hospitalité , ne suivant que les mouvemens de la colère , de la jalousie , tu dénonces , qui ? mon ami Euclide , sans examiner que tu pouvois , en le dénonçant, être cause de sa mort, et peut-être de la mienne: heureusement je veillois a sa conservation , et Alcibiade me secondoit. ( Xantippe s'attendrit. ) Va , je n'ai jamais douté de ton bon cœur j mais j'ai été bien-aise de trouver l'occasion de manifester la plus grande patience avec ma femme. . . Qui sait si celle que je viens de montrer ne t'engagera point à l'exercer moins souvent : ah ! nous y gagnerions tous les deux.

102 LA ]\rAISON

Xaktippe.

Quaiicl je me mets en colère , c'est que je veux être bonne... {Elle s'éclipse.)

EuCLlDE, à Myrthoé.

En (Iccidant votre union avec Alcibiade , l'Aréopage croyoit ne faire qu'un acte de convenance que désiroit toute la ville j il a senti qu'il eu faisoit un de justice , quand il a vu qu'AlciLiade, possesseur du billet que vous avez écrit à Socrate, s'est obligé à rem])lir toutes les conditions que votre délicatesse exigeoit de celui que voys choisissiez pour époux. Heureux et fier d'en, porter le titre , il a fait le serment inviolable de vous laisser arbitre de son bouheur, jusqu'à ce qu'if s'en soit rendu digne , en réparant les torts de sa jeunesse. S o c R A T E j à Myrthoé.

Vois , mon enfant , si toi , fille de la Patrie , tu veux plus long-temps résister a la loi ?

Et quelle loi encore ! ... Oh ! c'est bien avec raison que la Grèce a passé pour avoir les plus belles ordonnances.... La peste a régné dix fois' dans mon pays 3 eh bien ! nos vieux Druides ont-ils jamais eu la sagesse décommander, pour le bien de la Patrie, le mariage aux jeunes filles, obligées de à\vQ non quand leur cœur dit oui. . . Oh ! vivo la Grèce ! vive la Grèce ! . . . M y R T H o K , avec sentiment.

O Socrate !... que ma rv^connoissance soit ici le premier de mes sentimens ! Vous avez voulu que votre pupille fût heureuse , je le sais , et c'est à vous que je devrai mon bonlieur ; j"cmploîrai le reste de ma vie à faire celui de l'homme que vous m'avez donné pour

DE S O Cil A TE. io3

époux. Mou amour-propre a pu m'exagcrcr srs torts, et me faire méconnoître ses qualités qui tiennent à lliéroïsme , et dont il vieul de me donner des preuves si touchantes. Je me rends à vos conseils , à la raison , à moi-même j car, pourquoi pins loa^-tcmj.'S dissimuler les tendres sentimens qu'il m'inspiroit? L'amonr, sans doute, est une passion , mais dans un cœur pur il doit se changer en vertu. ( Myrthoé , à Lutécie. ) A!i ! ma chère enfant, ma bonne Lutécie , sois désormais ma meilleure amie ; que rien ne nous sépare.

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