‹ La maison de Socrate le sageChapitre 5 sur 36 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

MYRTHOÉ, LUTÉCIE.

LUTÉCIE.

A ce que je puis comprendre dans tout ceci , ma très-aimable maîtresse se marie donc et sans faute dèsi,j; aujourd'hui ?

M Y RTH o 2.

Hélas!... oui, je vais, pour me soumettre !» l'édit, prendre dans la journée le nom de femme !

LuT^CIE.

Le nom !... Je vous avoue, Madame , que je con-

çois mal ce que c'est que de prendre le nom de femme sans autre conséquence... Le nom !... ce n'est pas grand chose que le nom.

M i'R T H 0 É , d'un ton sérieux.

Je voudrois , Lutécie , que vous prissiez plus garde aux expressions dont vous vous servez.

Lutécie.

Pardon, Madame; on s'exprime toujoursjinal quand on ne conçoit pas les choses assez clairement. Ce défaut-là , cependant, ne règne pas dans ma patrie ; on dit que les Gaulois ne s'expriment jamais mieux que sur les objets qu'ils comprennent le moins... A propos de ma patrie , savez-vous , Madame , que c'est parmi nous un grand jour de fête que le jour où l'on se marie ? Nous regardons la jeune vierge comme un objet divin ; et le culte riant que nous lui rendons , tient a l'extrême gaieté de la nation. Tous les parens , tous les amis, tous les A'oisins, invités et vêtus des habits qu'on ne porte" (ju'aux grandes cérémonies , viennejit en foule former le cortège de l'accordée. Un barde se fait tout à coup une renommée en célébrant, dans un épithalame, les vertus des nouveaux mariés qu'il n'a jamais connus , ce qui fait quelquefois sourire malignement ceux qui les conïioissent. Enfin , quand un vénérable Druide , à la barbe blanche , a consacré , en présence du ciel , les nœuds qui les unissent , le nombreux cortège les accompagne dans la demeure qu'ils doivent occuper : dès ce moment, le festin commence, la joie circule, les bons mots pétillent avec le y'\n qu'on répand à Ja ronde. Quelques chansons que ha.'^ardent des jeu-

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nés gens de la noce , font un peu rougir l'épousée et ne la rendent que plus belle... Quel contraste ici , Madame ! je ne vois aucun prcparatif pour la fête qu'on va célébrer : la cuisine est froide , la cave est vide , la maison est déserte. Eh quoi ! l'importante cérémonie doit commencer dans trois ou quatre heures , dit-on , et je ne sais pas même le nom de celui que vous avez choisi pour !...

MyrthoÉ.

Ne te presse point ; dans peu d'instans tu le sauras. Lut Éc I E.

Oh! dans mon pays , fille qui retiendroit captif un pareil secret, en mourroit à coup sûr. M Y R T H O É j elle s'éloigne et dit à voix basse.

O Alcibiade! pourquoi faut-il que la nature, en t'accordant tous les talens faits pour plaire, ne t'ait pas fait présent d'un cœur pour aimer!... N'y pensons plus. Si le vertueux Socrate daigne accepter l'union chaste que je lui propose dans l'écrit qu'il a entre les mains, Alcibiade devinera, peut-être, que dans ce choix je me suis expliquée , et c'est alors que je me trouverai moins malheureuse. ( Haut. ) Reste , car j'ai besoin d'un peu de solitude.

( Elle sort. )

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