‹ La maison de Victor HugoChapitre 10 sur 92 · CÉLESTIN NANTEUIL. — LES DEVERIA · texte numérisé non relu

CÉLESTIN NANTEUIL. — LES DEVERIA

N ce temps-là, écrivait Théophile Gautier lorsqu'il retraça ses souvenirs sur la période héroïque du romantisme, les peintres et les poètes se fréquentaient beaucoup. » Parole curieuse, significative, et qui prêterait à maintes comparaisons intéressantes. Le phénomène n'est pas unique dans Thistoire de l'art, particulièrement aux époques de renaissance — et le romantisme fut une de ces époques, à n'en pas douter, — mais il est à coup sûr unique dans l'histoire du xix" siècle. On n'a pas revu un groupe imposant de jeunes peintres, de jeunes sculpteurs, livrer avec une telle vaillance des combats pour un poète, lui faire

une escorte prête à tout oser, se passionner pour ses œuvres, les

apprendre par cœur, s'en inspirer, s'en imprégner, comme l'ont fait certains, jusqu'à sacrifier même leur personnalité, jusqu'à la fondre, pour ainsi dire, dans celle de ce poète objet de leur admiration.

C'est ce qui est arrivé, entre autres, pour Célestin Nanteuil, et pour Louis Boulanger surtout. Enfin, on pourrait même invoquer l'exemple de Théophile (jauticr en personne, qui, lui, ayant commencé la peinture, y renonça en grande partie parce que le hasard de la vie l'avait fait le voisin de \'ictor Hugo et que ce voisinage lui avait fait sentir que « lui aussi était poète! »

Ce phénomène, qu'on ne retrouve aussi complet et aussi brillant, pour ne pas remonter jusqu'à la Grèce antique, qu'au xv' siècle en Italie, et peut-être, mais avec infiniment moins de vie et de spontanéité, au xvii" siècle français — encore était-ce grâce au lien factice d'une civilisation d'apparat que les Molière, les Racine, les Mignard et les Le Brun se « fréquentaient », — ce phénomène ne s'est pas représenté au xix" siècle après i83o. On ne pourrait en rapprocher l'enthousiasme qu'ont manifesté pour quelques grands écrivains du Nord quelques jeunes groupes artistiques, puisqu'il n'existait entre eux ni communauté de patrie ni communication constante, effective. Il est vrai que, depuis i83o, il a manqué à l'expérience la condition principale, non point l'existence d'artistes éminents et capables d'enthousiasme, mais la présence d'un poète aussi dominateur et aussi fascinateur que Victor Hugo. La nature ne pourrait, sans absurdité, répéter coup sur coup les prodiges.

L'histoire du romantisme et de l'art romantique a été écrite avec beaucoup détalent et d'information. Les travaux de Burty, de M. Rosenthal, de bien d'autres, sont de riches et sûrs matériaux pour les jugements futurs. Mais on peut dire que ce ne sont que des matériaux. La beauté, l'intérêt que prendront les œuvres romantiques, nous ne les connaissons pas, ni à quel degré. Les

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