‹ La maison de Victor HugoChapitre 15 sur 92 · LE FEU DU CIEL · texte numérisé non relu

LE FEU DU CIEL

Lithographie par Louis Boulanger

sont parmi les spécimens les plus saisissants de l'art romantique. Elles sont la transcription imagée de deux célèbres pièces, l'une des Odes et Ballades^ l'autre des Orientales. Pittoresques, fantastiques à l'extrême, elles sont tout étincelantes de verve, et elles rivalisent réellement avec les vers qui les ont inspirées.

Avec des cris, des chants, des soupirs, des abois, Voilà que de partout, des eaux, des monts, des bois, Les larves, les dragons, les vampires, les gnomes, Des monstres dont l'enfer rêve seul les fantômes.

La sorcière, échappée aux sépulcres déserts,

Volant sur le bouleau qui siffle dans les airs.

Les nécromants, parés de tiares mystiques.

Où brillent llamboyants les mots cabalistiques,

Et les graves démons, et les lutins rusés.

Tous, par les toits rompus, par les portails brisés,

Par les vitraux détruits que mille éclairs sillonnent.

Entrent dans le vieux cloître où leurs flots tourbillonnent.

Debout, au milieu d'eux, leur prince Lucifer

Cache un front de taureau sous la mitre de fer....

Soudain la ronde immense.

Comme un ouragan sombre, en tournoyant commence

Tous volent, dans le cercle emportés à la fois. Satan règle du pied les éclats de leurs voix ; Et leurs pas, ébranlant les arches colossales. Troublent les morts couchés sous le pavé des salles.

Louis Boulanger a rendu admirablement ce tournoiement, cette frénésie d'une ronde désespérée et féroce ; la composition, toute en hauteur, où, dans une église gothique dont l'atmosphère architecturale est évoquée de la façon la plus remarquable, tombent sans cesse des voûtes de plus nombreux et plus terribles arrivants, est faite pour donner le frisson, et elle le donne. Ce qui prouve encore que Boulanger était un artiste de premier ordre, et supérieurement intelligent, c'est la déformation même, Tétirement spécial des corps tournoyant dans la ronde. Les membres, les corps, les visages mêmes s'allongent dans le sens du vertigineux mouvement. Cela est d'une observation aussi juste que d'un effet très vif. Ceux qui, raisonnant à froid sur les œuvres plutôt que d'en subir joyeusement l'impression, ne verraient pas qu'il y a là précisément une beauté, ne seraient pas en harmonie avec le dessin de Boulanger et avec les vers de Victor Hugo, et voilà tout.

Analogues beautés dans le Feu du Ciel, et ici, traitement tout différent dans la forme, le mouvement et la couleur.

Aqueducs, escaliers, piliers aux larges fûts, Chapiteaux évasés, puis un groupe difforme

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