‹ La maison de Victor HugoChapitre 16 sur 92 · LA COUR DES M1BACLE · texte numérisé non relu

LA COUR DES M1BACLE

Sèpia par Louis Boulanger.

Des plafonds d'un seul bloc couvrant de vastes salles, Où, sans lever jamais leurs tètes colossales, Veillaient assis en cercle, et se regardant tous, Des dieux d'airain posant leurs mains sur leurs genoux. Ces rampes, ces palais, ces sombres avenues. Où partout surgissaient des formes inconnues. Ces ponts, ces aqueducs, ces arcs, ces rondes tours, Effrayaient l'œil perdu dans leurs profonds détours.

Dans ce terrible et colossal décor, dont le lithographe a aussi bien rendu la grimaçante masse, comme il a^'ait bien exprimé la fine dentelure du décor gothique, le feu vengeur envahit.

6o LA MAISON DE VICTOR HUGO.

inonde de ses nappes, pourchasse de son embrasement, étouffe dans sa fumée des milliers de corps robustes, puissants, comme amoureux encore, car le passage des sensualités de la nuit à Thorreur du réveil enflammé a été trop brusque pour leur faire perdre leur beauté, qui devient ici un élément de tragique. Des chars, des chevaux affolés s'enfuient ne sachant où, écrasant la foule pour aller se perdre au plus fort de l'incendie. Les fugitifs qui grimpent aux corniches des édifices ne font que se rapprocher de quelques pieds plus près de la source céleste, inépuisable, du fluide dévorant.

En vain quelques mages Portent les images Des dieux en haut lieu ; En vain leur roi penche Sa tunique blanche Sur le soufre bleu ; Le flot qu'il contemple Emporte leur temple Dans ses plis de feu.

Nous avons insisté quelque peu sur ces deux superbes pièces parce qu'à notre avis elles méritaient d'être remises en honneur. Elles auraient pu trouver place plus loin, dans le chapitre relatif aux estampes; mais, en les étudiant ici, nous tenions également à affirmer qu'une pareille intensité de plaisir artistique est donnée par une simple lithographie aussi bien que par un grand tableau. Ces deux feuilles lithographiées de Louis Boulanger sont aussi vastes, aussi remplies, peu\ent retenir le spectateur dans une rêverie aussi prolongée qu'une peinture qui couvrirait toute une muraille. Il le savait, celui qui était " aussi ouvert à Rembrandt qu'à Shakespeare », et sans doute les eaux- fortes sublimes du maître durent ne pas le dissuader de s'essayer dans l'image.

Louis Boulanger apparaît aussi au musée comme puissant dessinateur et comme peintre de race. Rien de surprenant à ce

LEOPOLD[NE HIGO.

Peinture de /.ouïs Boulanger.

L'ŒUVRl'] DK LOUIS BOULANCKR

que ses dessins soient marqués de son imagination si colorée, si évocatrice du mouvement. Mais il faut y reconnaître vraiment quelque chose de plus que de telles qualités de composition et de mise en scène.

En voici deux, fort dill'crents, qui sont vraiment d'un très grand artiste. 1/un représente la Cour des Miracles de Notre-Dame de

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