LE DERNIER JOUR D UN CONDAMNE
Dessin a la plume et au lavis, par Louis Boulanger.
Paris. Cette robuste et fantastique sépia n'eût pas été désapprouvée par le maître redoutable de qui nous évoquions à l'instant le nom écrasant. Bien plus, nous ne craignons pas de dire que, par ses contrastes de lumière et d'ombre, la légèreté et la mobilité de ses étranges silhouettes, et je ne sais quelles audaces de facture, ce dessin contient quelques gouttes du génie rembrandtesque. L'autre dessin, aussi énergiquement affirmé que le précédent est fuyant, baigné de mouvantes ombres et mystérieusement bizarre,
retrace une scène d'exécution capitale, inspirée du Dernier jour d'un Condamné. Son état d'inachèvement le rend plus intéressant et plus précieux encore, car les gendarmes qui suivent la « charrette » sont une très belle recherche de nu, qui vient donner accidentellement à la composition un style singulier. Daumier procédait souvent ainsi dans ses dessins, et ce sont ces lignes de nu qui venaient donner, sous le costume, une si étonnante solidité à ses personnages. De fait, le dessin de Boulanger présente quelque analogie avec les plus beaux dessins de Daumier, simple analogie de méthode et d'esprit général dans l'exécution. Ces rencontres entre des hommes qui se connurent fort peu, si même ils se connurent, sont un élément de plaisir de plus. Pris en luimême, notre dessin sera considéré comme une œuvre d'art et de drame de premier ordre, avec la précision et la fermeté de son éloquence, toute différente du féerique et du fiévreux des compositions précédentes ; c'est un noble et vivant commentaire des plaidoyers célèbres de Victor Hugo contre la peine de mort, que cette machine érigée, cette charrette, ces gendarmes implacables comme des statues de marbre, cette immense et compacte foule, avide de contempler le spectacle odieux.
Dans le même format est exécutée une grande aquarelle, extrêmement vibrante de couleur et plus curieuse encore de couleur historique, représentant la Litière du Cardinal de Richelieu entourée d'hommes d'armes. Inspirée de Marion de Lo7-me, cette aquarelle est comme un Abraham Bosse romantique. Enfin, les dessins qui complètent la collection sont une scène de Lucrèce Borgia, et des dessins originaux des ivï^/dme.y, macabres, stridents et douloureux comme une phrase de la Symphonie fantastique. On pourrait d'ailleurs trouver plus d'un rapport de tempérament fraternel entre l'art de Boulanger et la musique de Berlioz.
Reste Boulanger représenté comme peintre ; ce sont des portraits seulement qui sont là, mais quels beaux et riches portraits :
LŒUVUK Di: LUUIS liOlJ l.ANCiKK.
celui lie l''ranç<)is-\'ict(>r llui;<) enfant, de Mme Victor Hugo et surtout celui Je l.éopoldinc, charmante chose, gracieuse et fraîche comme lui portrait d'enfant île Lawrence, mais beaucoup plus gcné'reuse de couleur et de pâle.
Voilà, nV'st-il pas vrai, une véritable reprise de notoriété par Boulanger, Luie véritable remise eu lumière de sa personnalité.