GILLIATT
Dessin par Chifflarl.
74 l-A .M.\IS(JN !)!■: VICTUK IILGO.
cnormc production, a des surprises éi^alcs à celles de l'avenir). A elles seules, les éditions illustrées de l'ieuvre (jnt lourni de la matière à une quantité considérable d'artistes. Les collecti(jns contiennent elles-mêmes un bon nombre des dessins (jriginaux de certaines de ces illustrations, ainsi que la reproduction de beaucoup d'(L'U\res à sensation des expositions annuelles. Il ne peut être question de les énumérer ici, mais nous ferons un peu plus loin allusion à celles qui ont été choisies comme les meilleurs spécimens.
Enlln, nous ne pouvons commencer la revue des œuvres qui font une des principales richesses et une des plus vives nouveautés du musée sans compléter ce que nous venons de dire de l'cx-'uvre de \'ictor Hugo, source d'inspiration pour l'art de son époque, sans é\oquer un grand nom et une œuvre incomparable. Le plus grand peintre parmi les poètes français a été honoré de la façon la plus haute et la plus radieuse par le plus grand poète parmi nos peintres. L]n cet hommage se résumèrent l'œ'uvre et le génie même du Maître, et le Victor Hugo offrant sa lyre à la Ville de Paris^ la maîtresse page de toutes les décorations de l'Hôtel de \'ille, devait être rappelée ici. bien que se rattachant indirectement à notre sujet. De même, nous ne pouvons omettre cette œuvre de sculpture ^•raiment extraordinaire que sera, qu'est déjà le monument de Rodin pour le Panthéon : \'ictor Hugo écoutant les voix de ses trois muses, l'idyllique, la tragique, et l'épique. Il suftirait de ces exemples exceptionnels pour montrer que, même disparu, le poète a continué d'exercer sur les arts une fascination grandiose. Et c'est ainsi que, transporté dans le domaine des idées, hors des limites mêmes de la "\'ie et de la stricte contemporanéité, le mot de Théophile Gautier pourra demeurer vrai, et s'appliquer encore à notre propre époque : « En ce temps-là, le poète et les peintres se fréquentaient beaucoup. •>
IJ;S l-'lMNTUKS \-)V. I,'(i:U\'RK
Ce sont oiK'orc des exemples de celle superbe liniilise (.|ue m mis ollVe l;i f^raiule i;alerie du premier état^c. (le qui en fait Tori^inalitc, c'est qu'ils sont la conlinuation même de ['(euvre des contemporains plus immédiats. \][ ce qui l'ait la beauté de ces (vuvres d'art, c'est que tiuitesont été acceptées et entreprises a^■ec joie et lin véritable enthousiasme. Kilos forment, avec .les oeuvres romantiques, une chaîne à peu près ininterrompue. Suive/, le tout, et vous avez, en même t e m p s q u " u n e \ue presque complète de l'art français au dixueuvième siècle, une évocation, une matérialisation splendide de l'œuvre de \'ictor Hugo et de son histoire.
Entre la première période et la nôtre propre, les œuvres sont
un peu plus rares. Les noms de Cabanel et de Baudry sont les seuls à citer ici parmi ceux des peintres qui se firent connaître sous le second Empire. Deux œuvres les représentent et forment le chaînon entre celles du commencement et celles de la fin du siècle. Ce sont deux peintures de petit format et d'aspect modeste, d'exécution parfaitement correcte, traitées en camaïeu. Cabanel a représenté le Titan, de façon châtiée et sérieuse.
LA PETITE D.IUBBW DANS LE BOLE DE COSETTK.
Pliotographie faisant partie du Cabinet d.'s Estampes.
yf, F. A .MAISON I) K VICTOR IHfîO.
L'autre peinture, d'un sentiment plus pénétrant et d'une grâce très fine, est, par Baudry, la paraphrase du Sacre de la Femme. Dans cette délicate i;risaille, le peintre n"a soni^é qu"à traduire ce dernier vers, si ém()U\ant :
Fa, paie, l'Ac sentit que son flanc remuait.
Toute troublée, toiuc inquiète, elle serre ses bras contre sa poitrine. Au loin se \-oient quelques animaux rappelant la récente création du monde et la \\c commençante de la terre. Mais tout rintérèt a été concentré dans la lii^ure d'Mve. Elle est peut-être de beauté un peu affinée et fait plus songer à quelque jolie transcription française de l'art antique qu'à la puissante et farouche mère du genre humain. Mais le talent de Baudry, plus de délicatesse que de force, a mis là un accent de sa sensibilité la plus sincère.
De très beaux dessins de Chiffîart, de BricMi, viendraient ensuite chronologiquement. Les dessins de Chifflart, artiste puissant, inégal, mais d'une très noble foi dans la pensée et la poésie, sont tirés de la Légende des Siècles; du moins ce sont les meilleurs que r(L'uvre de \'ictor Hugo lui ait inspirés, avec celui, de première importance qui représente, la Mort de Gillialt. Brion, malheureusement, n'est représenté que par des dessins, d'ailleurs vigoureux et très caractérisés, d'autres œuvres que des Misérables. Mais il fallait, à son sujet, rappeler cette illustration sm^prenante, une de celles qui, dans tous les livres à images du XIX' siècle, ont accompagné le texte (et quel texte!), non seulement sans le contrarier, sans provoquer la discussion avec le lecteur, sans demeurer tristement au-dessous de notre imagination et de la conception de l'auteur, mais encore en complétant le livre et en ajoutant un élément dramatique. Javert, Marius, le vieux Jean Valjean, le père Fauchelevent, les lourds gardes
LF. TITAN.
i'ar Cahanel.
nationaux des barricades, les types sinistres des Thénardier et de leurs complices; autant de figures massives, sculptées, lentes
LA -MAISON \)\-: WC'VnH IHCO.
d'iilUirc, vi\ain d'une \ic i;éncr;il(j cl, en même temps, très nettement particularisées sui\anl cliaquc invention de l'écrivain ; autant, on peut le dire, de petits chefs-d'iL-uvrc. A défaut de ces dessins qui lurent le travail capital de Brion, nous avons du
mi)ins,àcoté d'un très curieux Gringoire, un amusant P/uebiis^ un beau Jcûi! Valjean exécuté postérieurement à cette célèbre illustration, et qui demeure très typique.
Il V a encore de pittoresques dessins de divers peintres, tels que Lix, Rochegrossc (surtout un Xcinrod, Adam et Eve^ un saisissant Gipynplaine proîionçant son discours devant la Chambre des Lords), Emile Bayard (une Cosette), Vogel(très remarquables évocations de certains épisodes de la vie de N'ictor Hugo : une séance à l'Académie, l'arbre de la Liberté place des Vosges), etc., etc. Mais nous avons hâte d'arriver aux œuvres inédites des artistes de notre temps qui figurent au musée par des œuvres importantes.
Dès Tescalier, ces œuvres sont annoncées et résumées par une composition aussi belle de matière que de pensée de M. Henry Gros, un grand bas-relief en pâte de verre où ce sculpteur, ce