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si sa mission n'avait fait de lui un des plus surprenants Imaginatifs. Suivons, ù travers les manifestations diverses de son esprit et dans sa vie même, cette double opération. Sans faire œuvre de critique littéraire proprement dite, voyons comment il procède dans ses écrits. Il se promène, il voyage, il regarde, il note.
Les sensations sont très intenses, l'observation d'une acuité extrême. Sommesnous avec lui en Espagne, à Fontarabie, à Pasages, en tel autre vieux village fier et seigneurial ? Il détaille avec une précision saisissante l'attelage qui l'a amené, la ligne des montagnes qui dominent de loin le pays ; la vieille église, les palais vermoulus et hautains; l'ameublement de l'auberge, les yeux et les cheveux de la servante ; le tournant de l'antique rue; les clous, les ferronneries, les marteaux qui ornent, en les hérissant, les portes massives. Une silhouette anime ce paysage : c'est un muletier, un hidalgo ou un bandit. L'histoire met encore un rehaut de couleur sombre ou éclatante sur ce premier dessin si juste et si fouillé. Mais soudain, ou bien plus tard, à distance, l'imagination fulgure dans cette aquarelle que nous venons de voir éclore, la transpose, la transforme, et voilà Hernani, Dona Sol, don Ruy Gomez qui surgissent et qui vivent à nos yeux ravis, dans ces
montagnes, dans ces palais, parmi ce peuple.
PHOTOGRAPHIE DE VICTOR HUGO, ANNÉE l853.
De la série exécutée a Giiernesey par Charles Hugo.
Une autre^fois, il longera le Rhin, explorera les vieilles villes, songera dans Fombre des basiliques romanes, notera pierre à pierre les imposants squelettes des burgs, les vertèbres de leurs tours, les apophyses rongées de leurs mâchicoulis, leurs créneaux édentés, les ronces qui les ébouriffent, comme les cheveux poussés après la mort ; il se penche sur le cauchemar de leurs humides
UN CHATEAi;-FOBT.
Lessin de Vict:>r Hup
oubliettes à demi effondrées. En même temps il sourit de voir une petite fleur qui pousse, toute charmante, dans cette âpre vétusté, ou une petite fille qui passe pieds nus dans cette ruine colossale. L'histoire, de nouveau, étalera son lavis de sépia sur ces ossatures si fermement dessinées d'après la nature même. L'oiseau féerique de l'imagination s'envole brusquement du buisson de ronces et des tapis d'orties dont les âges ont fait la décoration fruste du château branlant, — et ce sera vm jour, il n'y aura plus qu'à les écrire, tel épisode de la Légende des Siècles^ tout fré-