‹ La maison de Victor HugoChapitre 42 sur 92 · PAYSAGE FANTASTIQUE · texte numérisé non relu

PAYSAGE FANTASTIQUE

Dessin de la collection Drmtet.

de force de l'esprit soient déconcertés devant les grandes visions, tandis qu'ils sont charmés des habiletés même puériles, descorrec-

i36 LA MAISON L)L \ IC'IOK iir(JO.

lions même ennuyeuses et froides. C'est pour la même raison que, chez les artistes qui ont eu les visions les plus sublimes, se rencontrent des sortes de dédains que le plus médiocre des passants peut remarquer et triomphe de constater.

Or, Victor Hugo, ayant été un des hommes les plus étonnamment organisés pour }'()i}\ était déjà, par cela même, une possibilité de iirand artiste, l^estait l'opération de la volonté. Il sullit de le connaître si peu que ce soit pour savoir à quel point il était doué également de cette faculté, de cette force. Il était désormais clair que, le jour où il voudrait transcrire, par le moyen matériel des lignes et des couleurs, les images recueillies ou transformées dans son cerveau, il ne tiendrait qu'à lui de devenir, non point un amateur qui gribouille par désœuvrement, mais un artiste véritable. Examinons maintenant comment, et dans quelle mesure, cette volonté s'est exercée.

Le désir de dessiner vint à Victor Hugo, ou lui revint, pour la première fois avec quelque énergie et esprit de suite, lors d'un ^■oyage en France qu'il faisait avec Mme Juliette Drouet, et qu'il résolut de noter par le crayon comme par la plume.

« Mais, mon ami, vous ne pourrez jamais. Et vous avez tant d'autres belles choses à faire. \'ous allez perdre votre temps.

— Mais si, mais si, vous verrez. J'ai appris bien assez de dessin, quand j'étais enfant, pour m'en tirer. »

Le premier résultat, le dessin des monuments qu'ils avaient sous les yeux, vus de leurs fenêtres, fut tout à fait enfantin, et Mme Drouet le lui dit tout net. Mais il persista, et, à la fin du voyage, c'était son tour, à elle, d'être surprise et ravie. Les dessins étaient devenus très curieux, très exacts, et pleins déjà, sinon d'un métier accompli, du moins d'habileté et d'accent. La première difficulté avait été franchie par la volonté. Dorénavant, la vision rencontrerait dans la main une auxiliaire de plus en plus docile.

Page 1