INE MOSQUEE
Dessin à la Plu/ne fie la v< Première Manière y.
seuls inspirateurs, et où Victor Hugo projette sur le papier ses spectacles intérieurs.
Alors ce sont toutes les antiques cités imaginées, les châteaux qui voisinent avec les nuées et régnent sur tout un peuple de masures, de maisons, et même de palais, vassaux rampant dans leur ombre.
Le type le plus imposant de ces dessins est celui que Ton appelle le Burg à la Croix, pièce capitale de la collection, le plus grand et un des plus beaux que Victor Hugo ait jamais exécutés.
ifxS LA MAISON DE VICTOR HTGO.
Lorsqu'on le vit, dans son entourage, prendre plaisir à dessiner ainsi, on se plut à le piquer d'amour-propre et à le défier amicalement d'exécuter une composition de réelle importance. C'est alors que, pendant l'Assemblée Nationale, il fit cette vaste page, exécutée dans le grenier de la maison qu'il habitait rue de la Tour-d'Auvergne. Lorsque le proscrit dut laisser vendre aux enchères, en i852, tous les objets témoins de son intimité, tout le décor de sa vie et de son rêve, ce dessin fut compris dans la vente. Théophile Gautier, dans sa belle préface du catalogue, en parlait ainsi : " Nous n'avons pas encore dit la principale richesse, un dessin magnifique représentant les bords du Rhin, illustration du livre exécutée par la main qui l'a écrit. S'il n'était pas poète, Victor Hugo serait un peintre de premier ordre; il excelle à mêler, dans des fantaisies sombres et farouches, les effets de clair-obscur de Goya à la terreur architecturale de Piranèse; il sait, au milieu d'ombres menaçantes, ébaucher d'un rayon de lune ou d'un éclat de foudre les tours d'un burg [démantelé, et sur un ravon livide de soleil couchant découper en noir la silhouette d'une ville lointaine avec sa série d'aiguilles, de clochers et de beffrois. Bien des décorateurs lui envieraient cette qualité étrange de créer des donjons, des vieilles rues, des châteaux, des églises en ruine; d'un style insolite, d'une architecture inconnue, pleine d'amour et de mystère, dont l'aspect vous oppresse comme un cauchemar. »
Cela dépeint bien l'impression que l'on ressent en regardant le Burg à la Croix. Il y a quelque chose à la fois de grandiose et de sinistre dans ce massif château, inébranlable et ébréché, avec ses murs rugueux, ses tours encore altières, les retîets sournois de l'eau croupissante qui englue ses pieds plus qu'elle ne les baigne. Une lumière inexplicable, angoissante, frappe ces murailles, plus complice de l'ombre que son antagoniste, et n'éclairant des parties que pour mieux faire valoir les ténèbres d'encre et les faire plus
m: rurg a i.a croix. 171
niiinics, plus Liouloureuses. Une croix richement ouvragée s'érii^c à droite Ju principal édifice, là toute cette composition, tout ce rêve, produisent sur le .spectateur une étrange impression de plaisir et d'anxiété. D"où \ient cette lumière ? Quelles lar\cs rampent dans ces eaux? Quelles ombres ou quels êtres vivent encore caché.^ dans ce château? De quelle religion morte cette