HIC CLAVIS, ALIAS PORTA
Dessin de \ 'ictor Hugo .
qu'une étincelante boutade, qui se trouvait inclus dans le célèbre vers de Vacquerie :
Les tours de Notre-Dame étaient l'FI de son nom.
Les signes de l'écriture ne sont pas une chose inerte. Ils agissent, par leur forme comme par leur assemblage, très puissamment sur notre esprit en dehors de leur signification concrète. Mais tous ne produisent pas sur notre imagination une fascination égale. Il se trouve que les initiales de Victor Hugo et son nom sont doués de cette espèce de puissance magnétique qui le hantait lui-même. Ce n'est pas l'orgueil qui le pousse à retracer
ces caractères, à les étaler largement, à les disposer fantastiquement sur le papier parmi les ombres et les lumières; c'est plutôt une espèce d'interrogation naturelle, comme celle qui nous pousse à regarder longuement dans un miroir les traits de notre visage, non par fatuité, mais par inquiétude, dans les moments mêmes où nous nous sentons éprouvés ou troublés. Victor Hugo, plus sensible que d'autres à la force attractive des signes, et porté d'autre part à mêler les retours sur sa destinée à ses méditations sur les destinées de l'humanité, était amené tout naturellement à poser des questions aux lettres d'un nom qui eut, par lui-même, une si grande action sur le monde entier. Au reste, faites vousmêmes cette expérience : tracez votre propre nom sur une feuille de papier, observez-le, questionnez-le, et dites après si vous n'avez pas été émus comme par une sorte d'examen de conscience, à la fois imprécis et poignant.
Nous ne croyons pas nous livrer à une hypothèse trop fantaisiste en suppo.sant que le poète, lorsqu'il retraçait son nom sur un fond représentant quelqu'une de ces forêts crépusculaires si bien rappelées en quelques mots par Théophile Gautier, se retrouvait lui-même, en marche parmi les grands arbres, rêvant à la tombée de la nuit. C'était encore une façon de battre le rappel des images, de se remettre dans un état d'esprit et de sensations. Ces dessins sont parmi les mieux équilibrés de toutes les séries, et d'une manière générale, la série des piaysages purs, dont nous ne pouvons dire que quelques mots, est, dans les dimensions le plus souvent modestes des pièces, extrêmement bien venue. En quelques centimètres de papier, Victor Hugo fait surgir les conversations d'arbres noirs sur les ciels éclairés par le soleil couchant ou par la lune. La clairière, le ruisseau, l'étang, il les connaît et les évoque à merveille. Quoi d'étonnant à cela chez le plus grand poète panthéiste de tous les temps? Qui connaît si bien l'âme, possède, ou déduit à fond la structure matérielle.