GAVROCHE
204 I'^ MAISON dp: VICTOR HUGO.
réduite! » Mais il faut voir le dessin avec sa légende pour en confiprendre l'effet comique.
Sur un bout de papier jaune, une énorme dame, dessinée comme dessinent les enfants, avec un schéma de robe et un agencement de jambes comme Gavroche sait en décorer les murs. Mais cette dame est soi-disant Mlle Georges dans Marie Tudor, et cette bonne petite farce sans méchanceté, qui a son prix pui.squ'elle est contemporaine dune belle œuvre et d'une artiste célèbre, a pour principale gaîté cette strophe, du \ictor Hugo se parodiant luimême :
Ton beau corps se révèle Sans voile et sans atour.
Dormez ma belle.
Dormez ma tourterelle.
Dormez ma tour!
Il y a de tout dans ces charges de la première époque, y compris des histoires pour amuser les enfants et des observations de comédie humaine, comme celle d'une horrible guenipe, qui dit d'un air satisfait : « C'est pourtant moi qui ai troublé ce ménage-là ! »
Mais c'est dans les dessins de la seconde série que se trouve la source la plus abondante et la plus forte de comique, parce qu'un autre élément que la gaîté pure s'y affirme : l'observation, base de la déformation. Même dans les plus désordonnés de ces croquis, dans ceux qui semblent naître seulement d'un mouvement instinctif de la main qui barbouille, il y a un point de départ d'observation vraie, le souvenir d'une laideur rencontrée, l'accent vrai d'une méchanceté ou d'une sottise. De même que dans les paysages les plus fantastiques le point de départ est une notation très exacte d'une silhouette d'arbre ou d'édifice, ou d'un effet de lumière déterminé, de même dans ces visages, biscornus souvent, se retrouve toujours un trait véritablement humain, malgré répique dislocation qui lui est imprimée.
LES CAinCA'lURES.
Quoi de plus bouffon à la l'(>is et de plus jnai que cet : " Anglais criatil : Vive l'empereur ! mais gardant, comme Anglais, son chapeau sur la tête »? — Ou bien qu'une sorte de nonne aussi laide que pudibonde, les yeux baisses, et caractérisée : " Vocation veillant sur ellcnicme » ? — Ou bien encore que ce
solennel
cilc" 7à-
chant de
savoir à
Feyjide ! dans quel état voi/s m'avez mise /
La femme pour qui le crime a été t'ommis.
quoi s eu tenir sur Dieu » ?
— Puis des traités de mots soulignant, comme celle-ci, les gaîtés d'expression :
(( Tête d'une culotte de
peau ». — Ou une simple drôlerie
caricaturale comme cette idée d'un
Chinois enthousiasmé : sa natte, rigide
comme un bâton, se redresse et
menace le ciel.
Une série nombreuse de recherches
pour Gavroche et plusieurs dessins
de gamins, sous des noms divers,
pour arriver au type de Navet^
attestent combien Victor Hugo avait la préoccupation de ce
M"' Georges.
Effet lie rélojufii.re
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personnage, cherchait à se le représenter, à se l'affirmer pour le rendre bien vivant.
II est encore une série très à part, une suite d Inquisiteurs, qui mêle le grotesque au terrifiant, notamment chez un » Inquisiteur sensuel, torturant les femmes >k Si Victor Hugo avait voulu donner plus d'importance à ces vifs croquis et pousser de telles études hors du domaine du caprice passager jusqu'à la savante et travaillée