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Giicrnescy, prcs Je rii()tc J'I iiiulevillc Housc. Mais on songera que CCS belles boutades d'humour et de fantaisie matérialisée sont surtout, en somme, desdistractions dcproscrit, d"exilé, ctTon sentira que, dans les joies mêmes de N'ictor Hugo, il v a toujours
SHI ZAN.
Panneau sculpté et peint .
quele|ue chose de i;;rave. Entin, si ce n'est la douleur qui est constamment le fond sur lequel brillent ces vives éclaircies, c'est au moins, et en même temps, l'œuvre, le labeur énorme à accomplir. C'est ainsi que. parmi les capricieux arrangements de panneaux gothiques ou les planches aux riants décors, on remarquera une petite table de chêne fort simple, dont un panneau de glace protège maintenant l'inscription tracée à l'encre, d'une ample écriture : « Je donne à Mme Juliette Drouet cette table sur laquelle j'ai écrit la Légende des Siècles^ Victor Hugo. Guernesey, i6 août iSSg. »
Nous avons maintenant parcouru, pour ainsi dire, toute l'œuvre de Victor Hugo. Nous avons vu sa pensée interprétée par le
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plus beaux artistes de notre temps. Puis nous avons vu cette pensée se traduisant elle-même sous une forme autre que celle du verbe, mais n'étant pour ainsi dire qu'im autre aspect d'un même phénomène; enfin, jusque dans des délassements, nous a\()ns constaté la manifestation d'ime exceptionnelle puissance créatrice. L'aboutissement de tout cela, c'est la gloire. — mais aussi, pour tout être humain si merveilleux qu'il soit, c'est la mort. C'est pour cela que loi;iquement, après le musée de l'ican-re, la Maison de \'ictor Hui;o contient la reconstitution absolue de la chambre où il rendit l'esprit. Mais ce qui prou\e, si une telle preuve était nécessaire, que cette reconstitution n'est pas ime manifestation arbitraire, et qu'il règne ici une force des choses, une belle et haute logique des faits, c'est que cette chambre, ces meubles qui furent les témoins de son travail, de sa pensée, de ses dernières heures, se trouvent réinstallés à l'endroit même, au point précis de la place, de la maison, de l'étage, de la pièce enfin où était, de i(S32 à 1848, le cabinet du grand poète qui avait commencé de préoccuper le monde et qui a\'ait renouvelé la littératiu-e en France. C'est là qu'il avait reçu un jour, en compagnie de sa jeune femme éblouissante de beauté, ces deux entants enthousiastes qui devaient devenir des amis si ardents, Auguste \'acquerie et Paul Meurice. et dont le dernier survivant vient d"ache\er ainsi l'œuvre que tous deux eussent accomplie avec tant de noble joie.
La chambre mortuaire est reconstituée de la façon la plus rigoureuse, comme disposition et comme dimensions. Cela devient donc, à tous les points de vue, comme une sorte de sanctuaire, qui ne pouvait mieux terminer cette seconde partie du Musée.
On y a placé une seule œuvre d'art qui n'y figura point, mais qui y fut exécutée, et qui devient d'une singulière éloquence, en prolongeant pour ainsi dire la dernière heure du grand poète à travers les temps. Nous voulons parler de l'étude que fit M. Bon-
LA CllAMBRK MORl'UAI KK 22$
nat de X'ictor Hiii^o sur son lit de mort, (^cst un puissant dessin au iMiiceau en camaïeu brun sur la toile blanche. Les qualités d'exactitude et de xérité de l'artiste l'ont merveilleusement servi dans ce tra\ail. l.a construction de la tète, la lermctc du prolil. la singulière impression de blancheur et de calme souverain qui se dégage de cette phvsionomie à jamais endormie, tout cela constitue, en même temps qu'une leuvre d'art d'une nature particulière, un document inliniment expressif, presque troublant. Ainsi, en même temps que la vie du .Maître, est évoquée sa mort.
Mais si nous détournons un instant nos esprits de cette majestueuse paix de l'au-delà, et si nous cherchons à reconstituer la vie même, qui abonda dans cette pièce qui était en même temps le lieu du repos et celui du travail, la source d"émotif)n n'est pas moins profonde.
11 est impossible de tenter de cette chambre, toute animée de la présence du génie, une meilleure, plus lidèle et plus exquise description que celle que nous devons à Georges-\'ictor Hugo; le petit-lils du poète v a mis tout son talent et tout son cœur :
« Sa chambre à coucher, dans l'hôtel de l'avenue d'Eylau.
C'était une petite pièce tendue de soie d'un vieux rouge. Des
rideaux à gros plis cachaient les deux portes. Au plafond, une
tapisserie encadrée d'une large bande de velours vert. Le lit, de
style Louis XIII à colonnes torses, venait du fond de la pièce
presque jusqu'à la cheminée ; petite cheminée de marbre noir avec
garniture de soie à festons, une pendule, deux chandeliers. Une
seule fenêtre donnait sur le jardin en profondeur, par où la lumière
entrait violente, mettant des luisants sur un grand meuble à deux
corps, dans lequel mon grand-père enfermait ses manuscrits. Près
de la fenêtre, le haut bureau à écrire debout, avec les feuilles de
Whatman, un plat encrier de Rouen à petit goulot, où était iichée
une plume d"(jie noircie jusqu'à la barbe, une soucoupe pleine
de la poudre d'or dont il séchait les lignes fraîchement tracées
Il faisait sa toilette sur une commode Louis X\',à tiroirs ventrus incrustés de fleurs en marqueterie. A côté du lit. sur un chiironnier de chêne sculpté, la République de Clésingcr en plâtre doré tenait son glaive en un geste froid. Un lapis de Per^e étouffait les pas. »
Grâce à Georges-\'ict(ir Hugo, non seulement nous voyons cette chambre vi\rc avec un singulier relief, mais encore elle s'anime de la présence et du mouvement du Maître, et il faut un bien petit ellôrt de l'imagination pour l'évoquer après avoir lu encore ceci :
« Parfois, a\ant le déjeuner, en revenant du collège, je le trouvais au tra^■ail. De sa haute écriture, il couvrait régulièrement, lentement, les épaisses feuilles de papier d'un blanc de crème. Il prenait vivement l'encre dans l'encrier, tournait un peu la plume dans ses doigts avant que d'écrire; l'ongle long de son petit doigt faisait sur le papier un léger bruit qui accompagnait celui de la plume. Tout cela en souriant, le front calme, le corps bien droit. Quand il avait lini, il laissait la pknne dans l'encrier, mettait ses deux mains dans ses poches, et, sans relire, regardait jouer les oiseaux sur la\érandah. »
Pour les visiteurs, à certaines heures de la journée, l'illusion sera complète, puisque, de la cour que domine cette chambre ainsi revécue, ce seront des voix d'enfants j(jueurs qui monteront vers nous.
CHINOIS KIANT.