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CHAPITRE ONZE

CONCH'SION. — L EXEMPLE DE VICTOR HIGO. LA LEÇON DE LA MAISON DE VICTOR HUGO.

LA Maison de Victor Hui^o nous a mis à même de voir sous bien des aspects riiistoire, la vie, la pensée du poète. Nous y avons médité; nous y viendrons encore songer, nous recueillir.

Pourtant, après ces visites, Victor Hugo demeure une immense énigme.

L"histoire de sa vie humaine est d'une extraordinaire simplicité. C'est celle d'un homme qui partage son temps également entre les êtres qui lui sont chers et im travail qu'aucun jour n'interrompt. Dans la réalité, aucun n'a plus complètement mis en pratique ce beau précepte qu'il a donné lui-même et que nous avons rappelé plus haut, mais qu'on ne peut trop redire :

Ami, caclie ta vie et répands ton esprit.

oOi LA MAISON DF. VICTOR HUGO.

Cependant, par une singulière contradiction qui n'est pourtant qu'apparente, les moindres détails de cette vie nous sont connus au fur et à mesure. La gloire à chaque instant pénètre de force dans cette maison pour en rapporter quelque fait simple, général, grand, qu'elle jette au public comme un signe ou une leçon. Pour n'en prendre que deux ou trois exemples : il perd une lille chérie et il dexicnt le tvpe, en même temps que le chantre, de la douleur paternelle; il est proscrit, et sa demeure de (juernesey est toute de verre et de lumière comme un phare; il ensevelit ses fils ù son retour en France, et Tattliction ne l'abat pas plus que la proscription; il réchaulfe sa robuste vieillesse dans l'amour pour ses petits-enfants, et il devient l'incarnation du Grand-père. C'est que, par un privilège à peu près unique, X'ictor Hugo en parlant de lui-même ne parle que de l'humanité, et il ne peut parler de l'humanité qu'en parlant de lui-même. Il a le don de pouvoir dire : JMoi, et de nous faire entendre : Nous.

Sa pensée alimente tout un monde intellectuel : critique, poésie, théâtre, roman, histoire, arts graphiques sont influencés par lui à ce point que, son siècle passé, beaucoup d'esprits en sont encore imprégnés, quelque effort qu'ils fassent. Les artistes, en particulier, sont nombreux auxquels il a fourni des thèmes, et qui ont cherché à transposer ses vers dans le domaine des couleurs et des lignes. Le Musée nous en a fourni les exemples les plus beaux et les plus variés. Il enrichit le monde intellectuel d'une foule d'images, de tons, de types, d'idées générales, de phrases particulières. Il crée des rites, construit un vaste édifice de philosophie et de religion que d'aucuns déclarent vague et nébuleux, mais qui, au contraire, est solide à l'extrême, puisqu'il a pour bases lacrovance à l'amour, à la bonté, à la liberté, à la lumière, à la prédominance de l'esprit sur la matière. Chaque fois qu'un faible et un fort sont en présence, il se déclare pour le faible. Chaque fois que les droits K.\c: la pensée sont menacés, il les défend. F]t c'est pour cela qu'au

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MiiSL'c, dans cette maison qu'il habita, aii\ paL;es qui traduisent son rè\e se mêlent celles où l'on rappelle les luttes auxquelles il prit part ou les jurandes idées qu'il représenta.

Son labeur est im phénomène de continuité et de puissance : toLis les jours, calme,

sur de lui-même, il cou\re ses {grands ieuillets de sa i^ra nde écriture ; mais ce ca 1 m e ad m i ra bl e n'est pas plus de l'insensibilité que cette sûreté n'est de l'inditierence de virtuose. Victor Hugo est un spécimen des forces naturelles.

Comme cet Océan au milieu duquel il a vécu, il gronde ou caresse tour à tour, mais il domine.

Sa faculté de conception et d'exécution est un phénomène d'étendue et de souplesse ; les études que nous avons faites de ses dessins comparés à ses écrits nous ont montré comment chez lui les visions se matérialisaient et se transformaient, ou bien, par contre, comment les spectacles matériels se dématérialisaient en pensées, en rythmes poétiques, ou en images resplendissantes de couleur.

La condition de ces opérations de l'esprit est la suite dans

VICTOR HIGO ET SES l'ETlTS-F.NFANTS.

Photographie de MflanJri.

LA MAISON OK VICTOR iUGO.

l'ell..rl, que seconde et crée à la fois une résistance physique qui est elle-même acquise autant qu'innée, et qui constitue pour nous un sujet d'étonnemcnt. Jusqu'au bout d'une vieillesse avancée, cet homme demeure puissant, clairvoyant et sa taille ne

lléchit point.

L'étude de sa physionomie nous donne, après Tétude de sa

LES QLATRE ENCRIERS.

pensée et celle de son action, le sujet d'observations et d'étonnements non moins féconds. La fermeté de ce visage, la hauteur et la majesté de ce front, la profondeur et la fixité de ce regard qui, par un don extrêmement peu répandu, pénètre autant qu'il absorbe, car le regard humain n'a généralement que la prédominance de l'une ou l'autre de ces facultés; tout cela est le propre d'un être exceptionnel, comme il s'en rencontre un de distance en distance dans l'histoire du monde, et nul de plus grand

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