TOME III
qui les distinguent, une très grande sobriété dans l’ornementation, alliée à une gTande pureté des profils, ne se retrouvent pas au même degré dans les contrées qui n’ont pas subi l’influence de la Savoie. Il suffit par exemple de passer du canton de Vaud au canton de Fribourg pour être frappé de ces différences. Au cours de notre description, nous avons cité plusieurs autres détails de construction particuliers aux provinces savoyardes. Sans doute, l’architecture d’une contrée ne présente pas de caractères locaux dans toutes ses formes ; il en est qui sont communs à tous les pays et qui ne sont que la marque d’une certaine époque. C’est le cas, par exemple, des fenêtres à croisées dont les meneaux et traverses ont des angles coupés en biseau à l’extérieur ; on les rencontre généralement au XIVe siècle. Elles sont plus rares au XVe et se trouvent alors surtout dans les contrées dont l’architecture s’est développée plus lentement que celle des principaux centres artistiques.
En somme, l’influence de la Savoie, indiquée par les circonstances géographiques et historiques, est confirmée par l’étude et la comparaison des principales formes d’architecture. L’examen d’un seul monument ne peut donner à cette conclusion une portée tout à fait générale. Pour arriver à un résultat définitif, il faudrait, à défaut d’autres édifices publics, étudier les nombreux restes d’architecture privée du XVe siècle conservés à Genève L Nous croyons cependant que cette étude aboutirait à une conclusion analogue. Cet art savoyard, encore trop peu étudié à notre avis, du moins dans son ensemble, subissait lui-même d’autres influences ; car la Savoie ne fut jamais le siège d’une grande activité artistique, et n’exerça pas d’influence directe dans le domaine des arts, comme les provinces voisines d’Italie et de Bourgogne. Il serait néanmoins intéressant de rechercher jusqu’à quel point certaines de ses formes d’art lui appartiennent en propre. Avant tout, son architecture est caractérisée par la simplicité. L’ornementation y est rare ; la décoration est d’une grande sobriété. Les fenêtres sont à peine moulurées, la menuiserie ne doit son mérite qu’à la pureté des profils. Il est nécessaire, croyons-nous, d’insister sur ces caractères et surtout de reconnaître leur existence déjà au XVe siècle. Ils sont communs aussi bien à l’architecture religieuse qu’à l’architecture civile1 2 3. L’architecture genevoise des époques suivantes, bien loin de renverser ces traditions artistiques, les suivra, et conservera le même cachet de simplicité élégante, comme nous le verrons dans la seconde partie de ce travail.
1 Voir : Anciennes Maisons de Genève , Ie et 2e série.
2 II est, par exemple, frappant de constater que les pierres tombales, conservées à la Cathé¬
drale de Saint-Pierre, sont décorées, non pas d’ornements en relief, mais simplement de gravure au trait.