TOME III
moins accentuée qu’au niveau du sol des étages. Au-dessous des tablettes, l’encadrement des fenêtres se prolonge en des sortes de consoles séparées par un panneau biseauté, tous deux fort peu saillants. Ces détails sont avant tout caractéristiques dans cette architecture.
Fig. 16. Ancien portail, sur la rue de la Treille, près de l’angle nord-ouest.
La façade ouest, sur la rue de la Treille, ne se distingue de la précédente que par son rez-de-chaussée. Les deux ouvertures surmontées de frontons, aux deux extrémités de la façade, étaient autrefois des portes qui ont été murées au
LA RÉFECTION DES FAÇADES
XIXe siècle, lorsque les salles auxquelles elles servaient d’entrée furent rendues accessibles de l’intérieur de l’édifice* (fig. 16).
Le troisième étage et la toiture de la Maison de ville, sur ses deux faces, ont été transformés au commencement du XIXe siècle. L’étage supérieur n’était à l’origine qu’une attique. On peut reconnaître encore aujourd’hui la hauteur des fenêtres primitives, grâce à la différente coloration des pierres. La dernière assise en molasse foncée arrive au-dessous de la couverte des fenêtres ; celles-ci devaient être pourvues d’un encadrement très simple, analogue à celui des autres fenêtres. La petite corniche qui terminait la façade était presque entièrement cachée par les chevrons du toit, faisant une forte saillie. Les combles étaient très aigus; cela est à noter, car les maisons genevoises eurent, jusqu’à cette époque, des toitures fort peu inclinées2. Mieux que toute description, l’examen d’une maison voisine de la Maison de ville nous donnera une idée de son aspect primitif. La maison Turrettini3, dont nous aurons l’occasion de reparler plus tard, présente en effet de grandes analogies avec l’édifice communal. Elle a conservé son troisième étage en attique, couronné cette fois d’un toit peu incliné. La disposition générale de la façade et les hauteurs d’étages sont les mêmes, mais les divisions horizontales plus accentuées donnent plus de solidité à l’ensemble. Si les fenêtres sont plus richement décorées, elles présentent cependant le même type. Le portail principal, moins saillant, est bien mieux proportionné ; à l’intérieur de la cour, deux petites portes, réunies sous le même fronton, rappellent certainement, par leurs détails surtout, l’architecture des différents portails de la Maison de ville sur les deux rues. Il nous faut signaler aussi, en passant, les piliers et les arcades de la cour dont nous retrouverons les types dans le portique de la Maison de ville4. Il suffit ici de comparer ces deux édifices pour pouvoir restituer en pensée 1 aspect
' Grâce à la pente de la rue, la façade a un étage de plus, près de la porte de la Treille. Cette pente a été modifiée depuis la construction de cette partie de l’édifice ; le niveau de la rue a été abaissé et les proportions des portes ont été ainsi changées. Les fenêtres voisines de la porte sud-ouest n’ont été créées, semble-t-il, qu’en 1718 (R. C. C., vol. 12, f° 164, 28 janvier).
2 Nous connaissons la disposition primitive de la façade par d’anciennes gravures, mais mieux encore par une coupe faite sur l’édifice avant la surélévation (pl. XIX). Ce document est conservé aux archives du Département des Travaux publics. En 1612 (R. C., vol. 109, f° 224 vu, 15 avril), on se plaint que le toit de la Maison de ville est trop plat et tout pourry. On le refait plus en pante, de la hauteur, avance et façon de celui de M. Michely, probablement l’immeuble situé sur l’emplacement du n° 4 actuel de la rue de l’Hôtel de ville.
3 Rue de l’Hôtel de ville, n,J 8.
* Voir 'NjOs ^Anciens et leurs ceuvres, 1901, p. 25 ss., et Lambert et Rychner, L Architecture en Suisse aux differentes époques, Leipzig, s. d., in-f°, pl. 22-24.
primitif de celui des deux dont le caractère a le plus changé, depuis le XVIIe siècle. Nous chercherons à expliquer ailleurs les analogies et les différences qu’ils présentent.
Entrons maintenant, après en avoir fait le tour, dans l’intérieur de la Maison de ville. Les deux portails nord s’ouvrent dans un vaste portique qui s’étend presque sur toute la longueur de la façade, et se prolonge à l’angle nordouest de la cour jusqu’au portail de la rampe (pl. XVI). Séparée de la rue par un mur plein, mais ouverte sur la cour, la colonnade est formée de deux nefs, sauf dans le petit retour au sud, où elle est simple. Onze robustes colonnes d’ordre toscan supportent les arcades en arcs surbaissés qui s’appuyent contre les murs sur des pilastres. Ces colonnes présentent une disposition assez ingénieuse : celles qui sont placées le long de la cour ont une section elliptique ; la colonne d’angle, ronde, a un diamètre égal au grand axe de l’ellipse, et les colonnes de la rangée intermédiaire, de même forme, ont un diamètre égal au petit axe de l’ellipse. Ces dimensions sont expliquées par les fonctions de ces différents supports. Ceux qui reçoivent des murs importants ont une forte section, mais, pour en diminuer la lourdeur, on leur a donné une forme elliptique. Vus de face, ils ont la même section apparente que les autres colonnes.
Les voûtes en croisée d’ogives, qui reposent sur les colonnes, sont divisées en quatorze compartiments par de forts arcs doubleaux, dont la clef est ornée de facettes. Ceux qui relient les colonnes elliptiques ont naturellement une section plus forte que les autres. Les intersections des branches d’ogives sont ornées de clefs de voûte sculptées. Les nervures ont un profil identique à celui des arcs doubleaux, mais de section plus faible. Ces profils présentent les mêmes moulures que ceux des nervures des voûtes de la rampe ; il est curieux de retrouver les mêmes formes à près d’un siècle de distance, mais ce n’est point un effet du hasard, puisque, en 1619, le Conseil décida de faire la voûte de même forme que celle de l’escalier1. Cela explique également la présence assez inusitée de voûtes en croisée d’ogives à côté d’arcs en anse de panier. Ce sont des formes archaïques, alliées à des formes nouvelles. On a voulu établir une sorte de transition entre l’architecture du XVIe siècle de la rampe et l’architecture plus moderne des façades. C’est ce qui constitue l’originalité de cette colonnade.
Les nombreuses clefs de voûte qui en font l’ornement méritent une étude spéciale (pl. XVII et XVIII). Les sujets qu’elles représentent sont doublement intéressants,
1 R. C., vol. 118, f° 196 v° (21 octobre).