I.A PREMIÈRE MAISON DE VILLE
l’Hôtel de ville actuel ; ses caractères archéologiques le prouvent et sont assez intéressants pour qu’il vaille la peine de les examiner de plus près.
Cette salle, dont l’unique fenêtre est située au deuxième étage au-dessus de la Treille, forme un quadrilatère irrégulier de io mètres environ de côté. Sa hauteur, mesurée entre les deux planchers, est de 4™,5o. Aucune des portes actuelles, sauf une, ne date du XVe siècle. Etant données les dimensions de la salle, son éclairage dut être autrefois meilleur. Les fenêtres primitives ne se trouvaient probablement pas dans la paroi 1 où elles sont percées aujourd’hui, puisque c’était le mur même de la ville. Ces fenêtres étaient à croisées (fenestre cruciale )* et munies de ferrures3; l’une d’elles se trouvait dans le mur ouest (juxta domum de Bochelo) 4. De ce côté, la salle du Conseil prenait donc jour directement sur la rue, car les logements situés au-dessus du four n’occupaient qu’un étage. On ne sait s’il y avait des fenêtres dans les autres faces, les abords de la salle ayant été complètement transformés au XVIe siècle par la construction de la rampe, au XVIIe par la réfection des façades ouest, et au XVIIIe par la création de la salle du Deux Cents.
Il n’est pas davantage possible de fixer l’emplacement des portes5, puisque nous ignorons la position de l’escalier et de l’entrée de la première Maison de ville. Nous possédons seulement un indice à ce sujet. Contre le parement extérieur du mur est de la salle des Pas Perdus, dans un petit vestibule attenant à la salle du Conseil d’Etat, on voit un arc formeret, encadrant une sorte de niche au milieu de laquelle se trouve une porte murée. Ne serait-ce pas l’une des anciennes entrées de la salle ? A côté de cet arc formeret, dans le mur en retour, subsiste un petit arc très aigu, flanqué d’une console supportant la naissance d’un arc diagonal (pl. Ia). Tout cela rappelle singulièrement les galeries voûtées des maisons genevoises,
Au XVIIe siècle, c’est le nom d'antisalle qui prévaut) voir l’inventaire du XVIIe siècle reproduit aux pièces justificatives, n° X. Le terme de salle des Pas Perdus apparait déjà au XVIIIe siècle (R. C. C., vol. 12, 1° 164, 28 janvier 1718). La salle dite des harnais (amois, amets) est absolument distincte de celle-là. Elle ne fut créée qu’au XVIe siècle (voir IIe partie, chap. I).
1 L’épaisseur des murs, dans l’embrasure des fenêtres actuelles, est bien supérieure à celle des autres murs de la salle et ne peut s’expliquer que par l’utilisation des anciennes murailles. Les vues de Genève au XVIIIe siècle indiquent déjà une fenêtre dans ce mur.
2 R. G., vol. 6, f°63(16 décembre 1473).
3 Ibid., f° 148 (2 novembre 1474).
4 Ibid., f“ 81 (Il février 1474).
3 Les encadrements de pierre des portes nord et est ont été posés en 1894 à la place de cadres plus simples. Entre les deux petites portes de la face ouest se trouvait une grande niche cintrée, murée depuis 1894.
reliant le corps de logis à la tourelle d’escalier. Il existait déjà, devant la première salle du Conseil, des loges1 * qui devaient communiquer avec la salle, puisque, en 1460, on prie les guets de ne plus se tenir dans les loges (non se teneant super lubiis )\ de peur qu’ils n’entendent ce qui se dit en Conseil. Tout porte à croire que les quelques restes d’architecture visibles aujourd’hui dans ce petit vestibule sont une partie de ces loges. Celles-ci se prolongeaient-elles plus loin ? Etaient-elles reliées à une tourelle d’escalier? Nous l’ignorons. Leur présence permet cependant de conclure qu’au XV" siècle, l’espace situé à l’est de la salle des Pas Perdus, derrière la Tour Baudet, n’était pas bâti. C’était une cour, un jardin, sur lequel s’ouvraient les arcs très ouverts des «loges». Line seule des portes3 de la salle, avons-nous dit, est ancienne. C’est celle qui conduit à la salle actuelle du Conseil d’Etat. Elle est surmontée d’un linteau en accolade, dont le profil en gorge vient s amortir au bas
Fig. 4. — Détails du plafond de la salle des Pas Perdus.
des piédroits. Sa création doit remonter à l’époque de l’aménagement intérieur de la tour, après 1488.
Ce qui fait l’intérêt principal de la salle des Pas Perdus, c’est son magnifique plafond en bois de sapin, entièrement conservé, et dont aucune restauration n’a changé le caractère ( fig. 4). Les quatre sommiers très hauts et relativement très étroits4 qui le supportent lui impriment un cachet tout particulier. Ces supports, avant de pénétrer dans les murs, s’incurvent en des sortes de consoles sur lesquelles sont posés de petits écussons. Les grands compartiments formés entre les sommiers sont encadrés d’une grosse solive, moulurée dans sa partie
1 Pièces justif. , n° II.
3 R. C., t. I, publ. par Kivoire, p. 393 (12 et 15 février).
3 Jusqu’en 1891, cette porte était entourée d’un cadre de bois, surmonté d’un panneau allant jusqu’au plafond, le tout de style XVIIe siècle. Cette boiserie cachait la moulure et le cadre de laporteen accolade, qui étaient peints en gris. Au-dessus de l’arc, on remarquait deux banderolles blanches ne portant aucun caractère, mais de simples filets rouges. Journal de Genève du 16 août 1894 (voir ci-dessous).
4 Hauteur 60 cm., largeur 10 cm. Les sommiers adossés aux murs n’ont que 12 cm. d’épaisseur.