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M.D.G., série in-40, t. IV
LA PROTECTION DE LA FRANCE ET LE TRAITÉ DE SOLEURE
signal de la guerre civile en Suisse. Ce ne fut pas sans peine que les sept cantons désintéressés, agissant de concert avec l'ambassadeur de France, réussirent à écarter le péril1.
Soleure est près d'abandonner la protection de Genève ( 1S82 ).
Après que le duc eut renoncé à son entreprise, en apparence pour complaire aux Suisses, mais en réalité par crainte de la France et faute d'obtenir du Saint Siège et de 1 Espagne2 3 le concours sur lequel il avait cru pouvoir compter, les V Cantons n’en continuèrent pas moins à seconder ses vues sur Genève. Ils cherchèrent d'abord à écarter de son chemin l'obstacle principal, en décidant de ne plus tolérer la combourgeoisie de Berne avec Genève et d'en réclamer nettement l’abrogation:î. Mais il semble qu'ils se rappelèrent, après coup, qu'en 1 5 57 ils avaient eux-mêmes insisté auprès des Bernois pour le renouvellement de ce même traité; ils comprirent alors que leur exigence nouvelle ne pouvait s’appuyer sur aucune base juridique.
Ils n'en pressèrent que plus vivement leurs alliés de Soleure de se retirer du traité de protection de 1 5 79 , pour « l’honneur et la satisfaction » des cantons catholiques. Les Soleurois se laissèrent ébranler. A la conférence secrète tenue le 7 octobre 1382 par les catholiques, ils annoncèrent, prétextant la défiance que Genève leur aurait témoignée4, qu'ils avaient décidé de ne plus envoyer de secours à cette ville et de se dégager du traité de 1579. Cependant, comme il eût été imprudent de laisser tomber cette « clé » du pays des Ligues entre les mains d'un prince étranger, ils proposèrent de négocier avec le roi de France pour qu'il abandonnât lui aussi la protection de Genève. Les Cantons pourraient ensuite occuper la ville au nom du roi et la tenir ouverte5.
1 E. A., IV 2, p. 758 b, 762 a, 764-769, 772-774, 776 b, 778 et suiv. Arch. d'Etat , Zurich, Gent'er Acten : Délibération des deux Conseils, 3o juin 1 SS2 ; Berne à Zurich et Bàle à Zurich,
2 août i582; Saint-Gall à Zurich, 3 août 1582; Coire à Zurich, 4 août i582. — Gautier, V, p. 220- 298; Rott, II, p. 243-247.
- A. Cartier, La politique espagnole et Genève au temps de l'Escalade, dans Escalade, ibueigo2 (Genève, 1902, in-4), p. 35-46. (Note du traducteur. )
3 E. A., IV 2, p. 779 a, 783 d.
1 II s’agit sans doute des difficultés que Genève souleva à propos de la garnison offerte par les deux cantons protecteurs, en juin 1 582 ; voir Gautier, V, p. 266, 270-272. ( Note du traducteur.)
5 E. A., IV 2, p. 784 1, 787 m, 788 n.
ALLIANCES DE GENÈVE AVEC LES CANTONS SUISSES
Les Y Cantons accueillirent avec beaucoup de joie la déclaration de leur alliée relative au traité de 1379, mais ils ne donnèrent pas suite à la singulière proposition par laquelle Soleure avait au moins essayé de sauvegarder 1 intérêt national1. Le temps était passé où eux aussi regardaient la conservation de Genève comme une nécessité pour la Confédération, et ils écoutaient avec complaisance le langage du nonce apostolique qui leur conseillait de livrer à la Savoie la cité de l’hérésie.
' U résulte, cependant, d’un mémoire adressé le 23 janvier 1 583 à Théodore de Bèze, que les députés des V Cantons, venus à Paris en novembre i582 pour le serment de l’alliance des Cantons avec la couronne de h rance, renouvelée en juillet, mirent tout en œuvre pour amener Henri III à abandonner la protection de Genève; voir Gautier, V, p. 304-307; Rott, II, p. 25i-256. Le refus du roi empêcha Soleure de se délier officiellement de ses engagements ; voir Rott, II, p. 255; E. A., IV 2, p. 906, 952 d. {Note du traducteur.)
Vue de Zurich au XV 7e siècle.
L alliance de 1584. — Le traité de Saint-Julien
Le Pays de T and est reconnu partie intégrante de la Confédération par la majorité des cantons (i583).
1 andis que les cantons catholiques faisaient ouvertement cause commune avec l’ennemi héréditaire des Genevois, les cantons réformés embrassèrent avec plus de décision qu’auparavant les intérêts de leurs coreligionnaires. Dans l’été de 1 58e, au moment où la guerre semblait à la veille d’éclater, Michel Roset
34 ALLIANCES DE GENÈVE AVEC LES CANTONS SUISSES
écrivit à la conférence des IV Villes évangéliques, réunie à Aarau (19 juin), pour réitérer la demande de Genève d'être reçue dans l’alliance de ces cantons. Les députés bernois appuyèrent chaleureusement leurs combourgeois et ajoutèrent que si les trois autres villes n’étaient pas disposées à entrer dans la voie d’une alliance, elles devraient, pour le moins, adhérer au traité de protection de 1579; en même temps, ils insistèrent encore pour que le Pays de Vaud fût inclus dans la garantie des pactes fédéraux. Zurich accéda à cette dernière requête (21 janvier 1 583) ; Schaffhouse, Fribourg, Bâle, puis Claris suivirent cet exemple. Soleure avait déjà donné la même assurance aux Bernois pendant la négociation du traité de 1579, de sorte qu’enfin, aux yeux du plus grand nombre des cantons, la frontière suisse se trouvait portée de Morat jusqu’aux rives du Léman. Seuls les V Cantons, et avec eux probablement Appenzell, persistèrent dans leur refus L
L'alliance perpétuelle entre Zurich, Berne et Genève (3o août 1584).
La demande des Genevois rencontra plus de difficultés que celle des Bernois. Dans l’été de 1 582, il est vrai, les villes évangéliques et Soleure avaient accepté de fournir chacune une compagnie à la garnison qui devait, aux frais du roi de France, occuper Genève bloquée par les troupes savoyardes2. Mais, en définitive, Zurich fut le seul canton qui donna les mains à une alliance avec Genève. Après avoir hésité un certain temps entre une simple adhésion au traité de Soleure et un véritable traité d’alliance, elle se décida pour ce dernier parti. Le Conseil, désireux de n’agir qu'à bon escient, consulta, conformément aux Articles de Cappel ( 1 532), les corporations de la ville et les communes rurales ; après que le peuple zuricois eut donné son assentiment unanime au traité, celui-ci fut signé le 3o août 1 5 84 1 * III .
1 E. A., IV 2, p. 769 d, 1 5 8 5 , 795 b. Fribourg et Soleure semblent avoir ensuite retiré leur adhésion, puisqu’en 1690 Berne jugea nécessaire de leur demander une nouvelle déclaration à ce sujet. — Gautier, V, p. 272 ; Œchsli, Le traité de Lausanne , p. p5.
Arch. d Etat, Zurich, Genfer Acten : Berne à Zurich, 2 août i582 ; Bàle à Zurich, 2 août i5S2.
E. A., IV 2, p. 802 c, 818 b, 824 f. Bi.untschi.i-Hottinger, Geschichte der Republik Ziirich,
III (Zurich, 1 856, in-8), p. 188. — Gautier, V, p. 317, 323, 326-328, 337-36 1 ; H. Fazy, L’alliance de 1584 entre Berne, Zurich et Genève, dans Bulletin de l'Institut national genevois, XXXI (1892), p. 277-399 ; Dæn di.iker, Ziircher Volksanfragen von i5-2i bis ijg8, dans Jahrbuch fiir sclnveij. Geschichte, XXIII (1898), p. 194 et suiv.