L ALLIANCE DE I 584 - LE TRAITÉ DE SAINT-JULIEN
La combourgeoisie perpétuelle de i 5 58 entre Berne et Genève était remplacée par un traité perpétuel d'alliance entre Zurich et Berne, d'une part, et Genève, de l’autre1. Ce fut le pacte de 1 5 1 9 entre la ville de Rottweil et les Confédérés qui servit de base aux négociations ; il avait été établi lui-même sur le modèle des alliances conclues par les Cantons avec les villes de Saint-Gall (1454) et de Mulhouse ( 1 5 1 5). Dans le préambule, il était rappelé que, près de soixante ans auparavant, Genève était entrée dans la combourgeoisie temporaire de Berne et de Fribourg; que, vingt-huit ans auparavant, Berne avait été sollicitée par les XII Cantons de contracter avec Genève une combourgeoisie perpétuelle, qui devait non seulement procurer aux deux villes une plus grande sécurité, mais contribuer au bien de toute la Confédération, « estant une ville de Genève recognue pour clef de pays et commode passage ». Afin d’accroître une telle « amitié », dans l’intérêt même des Ligues et de leurs alliés, les trois Etats contractaient entre eux une alliance perpétuelle ; ils juraient de « faire et maintenir, les ungs envers les aultres, tout ce qui convient et appartient à fidelles et vrays alliés et confédérés ».
Quant aux articles du traité, ils furent empruntés d’une manière générale au pacte de Saint-Gall ou à celui de Rottweil ; mais les changements apportés au texte primitif, durant les négociations, en modifièrent profondément le caractère. Tout d’abord, le secours que chacune des parties est en droit de réclamer à l’autre, en cas de « querelle ou de guerre » avec un ennemi quelconque, ne sera pas fourni gratuitement ; les frais devront en être supportés, comme dans la combourgeoisie de 1 5 58, moitié par la partie qui le demandera et moitié par celle qui l’enverra. Puis, les dispositions qui plaçaient les anciens alliés (Zugewandte) des Cantons dans une certaine dépendance de ceux-ci, sont transformées de manière à mettre Genève au bénéfice de droits égaux, ou peu s’en faut, à ceux des deux autres villes. C’est ainsi que chaque partie devra se contenter du secours qu'elle recevra, laissant à l’autre le soin d’en déterminer l'importance ; c’est ainsi que la clause qui interdisait formellement à ceux de Rottweil d’entrer en guerre sans avoir pris l'avis des Confédérés, est supprimée
1 En 1734, un débat s'éleva entre Berne et Genève sur la question de savoir si la combourgeoisie de 1 558 avait été annulée par le traité de 1 5 84 (E. A., VII 1 , p. 467). Berne, qui le contestait, se mettait en contradiction avec les déclarations qu’elle avait faites devant la diète et devant la conférence des IV Villes évangéliques, en 1571 et en i58q (E. A., IV 2, p. 467 q, 818 b). D’ailleurs, ni la combourgeoisie de 1 5 58, ni le Traité perpétuel de 1 5 36 ne sont expressément réservés dans le traité de 1584, ce qui prouve que Berne n’entendait pas alors maintenir ces deux actes, Voir aussi ci-dessus, p. 17, n. 3,
ALLIANCES DE GENEVE AVEC LES CANTONS SUISSES
pour Genève; il n'en subsiste qu’une disposition accessoire: l'autorisation, en cas d’attaque imprévue, de poursuivre l’ennemi « à la chaude » et d'user de représailles, quitte à régler sa conduite ultérieure sur l’avis de ses alliés — disposition sans grande signification du moment qu’elle n’était plus une exception à la règle générale. En outre, la défense de contracter librement d’autres alliances, imposée jadis aux villes de Saint-Gall, de Mulhouse et de Rottweil, est atténuée en faveur de Genève, qui s’engage seulement à ne se « lier à aulcun par aulcunes promesses et serments qui puissent estre contraires ou préjudiciables à ceste alliance ».
Grâce à l’adresse et à la ténacité de ses négociateurs, Genève recouvrait ainsi, dans de certaines limites, le droit de guerre et d’alliance auquel les Bernois l’avaient obligée à renoncer par le Traité perpétuel de 1 536. Le principe de l’égalité des droits était aussi consacré par la clause du serment de l’alliance, qui n était pas impose a Genève seule, mais que les trois Etats devaient se prêter réciproquement.
Il convient enfin de remarquer que toute allusion à la foi commune des trois villes était évitée'. Leur intention n’était pas de créer un « Sonderbund » réformé. Ainsi quelles le témoignent expressément dans l’article final du traité, elles noui rissaient encore 1 espoir que leur « amitié » s’élargirait en faveur de Genève en une alliance générale, par 1 accession d autres cantons. Si, pour le moment, elles ne pouvaient conserver d’illusions sur l’attitude des V Cantons, elles croyaient du moins pouvoir compter sur l’adhésion de Bâle, de Schaffhouse et de Claris, et même sur celle de Fribourg et de SoleureC
L opposition des V Cantons empêche l’extension de l’alliance de 158p.
En effet, aussitôt après la conclusion du traité, une députation genevoise se présenta à la diète de Baden (novembre 1584) et y renoua la négociation en vue de l’entrée de Genève dans la Confédération, en qualité d’alliée2. Mais tous les effet ts se brisèrent contre la résistance des V Cantons. Ceux-ci ne se contentèient pas de refuser leur propre adhésion au traité ; par leurs exhortations cons-
E. A., IV 2, p. 1587-1590 (texte du traité). — Traduction française contemporaine dans Spon, II, p. 226 ; Fazy, op. cit., p. 3gi.
2 « In den eidgenôssischen Bund und Zugewandtschaft », E. A., IV 2, p. 849 s, 85/ t.