TRAITÉ D’ALLIANCE ENTRE ZURICH, BERNE ET GENÈVE, I
l’alliance DE 1584 - LE TRAITÉ de saint-julien
tamment répétées, ils continuèrent aussi à en détourner les cantons de Fribourg et de Soleure et le Valais1.
Leur influence paralysa jusqu'aux cantons évangéliques. Comme ils formaient la majorité des VIII Cantons primitifs, ils étaient en droit, de par les anciens pactes fédéraux, d’interdire à Claris aussi bien qu'à Fribourg et à Soleure l'alliance de Genève ; et si Fribourg se joignait à eux, ils pouvaient exercer le même droit de veto sur les cantons de Bâle et de Schaffhouse. Or, ils n avaient pas caché qu’ils sauraient faire usage de cette prérogative. Bâle et Schaffhouse, pas plus que Glaris, n’osèrent courir la chance d’un tel conflit. Ni les prières des Genevois, ni les instances de Zurich et de Berne ne parvinrent à vaincre leurs hésitations ; pour les dissiper, il eut fallu que, grâce à l’adhésion de Fribourg et de Soleure, la majorité des cantons se ralliât à l’alliance2 3.
Ln novembre 1 585 , les IV Villes évangéliques se décidèrent à présenter aux V Cantons une adresse, où elles proposaient de rétablir l’union fédérale en renonçant de part et d’autre à toute alliance séparée. Dans ce document, tout pénétré d un souffle patriotique, elles s’efforçèrent aussi de persuader à leurs confédérés que Genève était « une défense, un bastion et une clé de la Confédération tout entière» ; que si elle venait à être perdue, la patrie resterait comme ouverte et sans protection du côté d’où la menaçaient les plus grands périls. Mais c’est en vain qu’elles invoquèrent l’exemple des ancêtres pieux, qui, en 1 5 57, avaient unanimement invité Berne à recevoir Genève dans sa combourpeoisie ; en vain insistèrent-elles pour que les Confédérés l'accueillissent à leur tour comme alliée1. Dans leur réponse, les V Cantons ne se firent pas scrupule de rappeler ce qui s était passé, en 1 5q8, à propos de Constance : cette ville, disaientils, était « une clé qui leur aurait beaucoup mieux convenu et leur aurait été plus utile, à eux, les V Cantons, que Genève aux Bernois » ; mais ils avaient renoncé à s en emparer, malgré la facilité de l’entreprise, en considération des dangers extérieurs qui auraient pu en résulter pour la Confédération. « Si l’on veut nous attaquer », ajoutaient-ils par bravade à l'adresse des réformés, « on saura bien trouver des brèches par où passer, quand même Genève serait aux Confédérés1 ! »
1 E. A., IV 2, p. 85p f, 870 a, 888 c, 909 b, 950 c.
E. A., IV 2, p. 818 b, 824 f, 914 p; V 1, p. 633. Arch. d'Etat, Zurich, Genfer Acten : Berne à Zurich, 11 juin 1584; Genève à Zurich, 23 décembre 1684; Zurich à Bàle et à Schaffhouse, 4 janvier 1 5 8 5 . — Gautier, V, p. 369-371.
3 E. A., IV 2, p. '898, 915 y. — J. Dierauer, Histoire de la Confédération suisse, trad. Reymond, 111 ( 1910), p. 437-441. Voir aussi Gautier, V, p. 374-377.
* E. A., IV 2, p. 933.
ALLIANCES DE GENEVE AVEC LES CANTONS SUISSES
Intrigues des V Cantons avec l’étranger contre Genève ( 1 586- 1 58g).
Les V Cantons ne se lassaient pas d’intriguer, en Suisse et à l’étranger, contre 1 indépendance de Genève1. Le véritable but de l’alliance séparée des VII Cantons catholiques, jurée à Lucerne le 5 octobre i 586 et connue sous le nom de « Ligue d’Or », était d’enlever à Berne l’appui de Fribourg et de Soleure dans le cas où la question de Genève amènerait une conflagration générale entre les cantons, et de rattacher définitivement ces deux villes au groupe des V Cantons et au parti de Savoie. En effet, le premier acte de la Ligue fut une lettre écrite au roi de France, au nom des VII Cantons, le 8 octobre i 586, pour inviter ce monarque à retirer sa protection à Genève2.
A la même époque, les cantons catholiques se montrèrent pleinement d accord avec un projet d entreprise contre Genève, basé sur une entente entre le duc de Savoie et le Saint-Siège ; ils demandaient seulement qu’après la prise de la ville les fortifications en fussent rasées *. Le pape Sixte-Quint ayant soudain changé d avis, ce projet fut abandonné. Mais l’avoyer Louis Pfyffer, chez qui la haine de Genève apparaît de plus en plus comme une idée fixe, n’en prenait pas son parti. Il ne cessait de pousser le nonce apostolique en Suisse et le duc de Savoie à renouer le fil de l'entreprise. A la fin de i 588, il suggérait au nonce la combinaison suivante : le duc rendrait Saluces au roi de France à condition que celui-ci l’aidât à s’emparer de Genève. En janvier 1 589, il lui déclarait qu il espérait bien mourir les armes à la main, mais seulement en combattant les ennemis de la sainte foi, et qu’il ne saurait avoir de plus grande satisfaction en ce monde que le bonheur d’assister à l’entreprise sur Genève. Enfin, au mois d avril suivant, il assurait encore le nonce que si le duc obtenait l assentiment du pape et de 1 Espagne à un projet sérieux contre Genève, les soldats des cantons catholiques ne lui feraient pas défaut ; lui-même, Pfyffer, se mettrait à leur tête ; son vœu le plus cher était de pouvoir encore prendre part à une semblable expédition avant de mourir. La perspective d une rupture avec les cantons évangéliques et de la guerre civile, conséquences inévitables d une telle agression, ne le trou-
E. A., IV 2, p. 905, 906, 925, 952 d ; V I, p. 46 a, 48 g.
Segesser, III, ire partie, p. 145, 149. — Rott, II, p. 278-279 ; voir aussi p. 294.
Muller-Vulliemin, Histoire de la Confédération suisse, XII, p. 244, — Gautier, V, p. 425-429,
l'alliance DE I 584