LE TRAITE DE SAINT-JULIEN
blait nullement, car il était sûr cle la victoire. Plus les troupes qui accourraient au secours de Genève seraient nombreuses, plus l’embarras des défenseurs de la ville croîtrait, à cause de la pénurie d’argent et de vivres b
'Pelles étaient les dispositions de l’homme d’Etat dirigeant de la Suisse catholique. Dès lors, quand au printemps de 1 58g la guerre éclata entre la France, Berne et Genève, d’une part, et la Savoie de l’autre, on est tenté de s étonner en voyant les V Cantons mettre, à l’octroi du secours armé réclamé par le duc, la condition que leurs troupes ne pourraient être employées qu’à l’occupation des places fortes1 2.
La guerre de i58g. — Influence croissante de la France à Genève.
La guerre de i58q mit aussi l’union de Genève et des cantons réformés à une rude épreuve. En effet, ce fut malgré l’avis de Zurich et de Berne 3, et à l’incitation de la France, que Genève résolut de prendre l'offensive contre le duc de Savoie qui la harcelait depuis tant d’années. Cette initiative mécontenta les Bernois, bien qu’eux aussi, cédant en définitive aux instances de l’envoyé du roi de France, se fussent laissé entraîner à participer à la guerre. Ils éprouvaient un malaise croissant en s’apercevant que la puissance à laquelle ils avaient euxmêmes fait appel, en 1 5 79, pour la protection de Genève, prenait pied de plus en plus dans cette ville et y poursuivait sa propre politique.
Jusqu’alors, en effet, Berne s’était constamment appliquée à écarter de Genève toute influence étrangère. Le traité de 157g lui-même ne tendait qu’à procurer à Berne et à Soleure l’assistance pécuniaire du roi de France pour le maintien de 1 indépendance genevoise ; l’initiative et l'exécution des mesures de défense jugées nécessaires avaient été laissées aux deux villes suisses. Mais il était à craindre que désormais les rôles ne fussent renversés. Usant de la liberté que lui avait rendue l'alliance de i58q, Genève conclut avec le roi Henri III un traité par lequel ce prince promettait de lui procurer, aux dépens
1 Segesser, III, ire partie, p. 355, 356, 436. — Dierauer, op. cit.. III, p. 4S4.
2 Segesser, III, 1 re partie, p. 401. — Rott, II, p. 3ia.
3 E. A., V 1, p. 141. — Gautier, V, p. 405-412, 444-456, 460 et suiv. Voir aussi H. Fazy, La guerre du pays de Gex et l'occupation genevoise (i58g-i6oi), Genève, 1897, in-8 ; F. De Crue, Henri IV et les députés de Genève, Chevalier et Chapeaurouge, dans M. D. G., XXV (1901), p. 235 et suiv.; Rott, II, p. 3 1 1 -3 14, 377-386; H. Fazy, Genève et Charles-Emmanuel Ier ( 1 58g- 1 5g 1 ), Genève, 1909, in-8.
ALLIANCES DE GENEVE AVEC LES CANTONS SUISSES
de la Savoie, un important agrandissement de territoire; les deux parties s'engagèrent à ne faire aucune paix avec l'ennemi commun sans le consentement l’une de l'autre (19 avril 1 58q) 1 . Ainsi, c'étaient les ambassadeurs français qui inspiraient maintenant la politique genevoise; des capitaines français commandaient les troupes de la cité, et celle-ci faisait la guerre au nom et dans l'intérêt du roi de France “2.
Habituée, depuis 1 536, au rôle de puissance prépondérante à Genève, Berne se voyait tout à coup supplantée par la France. Faut-il s’étonner que l'intérêt pour la conservation de la cité alliée se soit alors refroidi chez les magistrats bernois? Plusieurs d'entre eux en arrivèrent même à penser qu'il valait mieux voir Genève tomber dans les mains de la Savoie que dans celles, autrement puissantes, de la France.
Les traités de Nyon [11 octobre i58gj..
Les troupes bernoises étaient entrées en campagne sans enthousiasme. Après une incursion en Faucigny, conduite avec une mollesse qui excluait tout succès décisif, la retraite fut résolue. En traversant Genève, les enseignes de Berne
furent 1 objet d insultes de la part de la population exaspérée par cet abandon et par le massacre de la garnison genevoise de Bonne, survenu la veille (22 août)3. Alors la majorité du Conseil bernois se crut autorisée à passer par dessus les intérêts de la ville alliée et à s entendre avec la Savoie, aux dépens des Genevois, d autant plus que ceux-ci déclaraient qu ils ne pouvaient ni ne voulaient faire la paix sans l'accord de la France L
Dans le tiaité de paix conclu à Nyon le Ier octobre 1589 (ancien style), les négociateurs bernois consentirent à déclarer que si le duc se décidait à faire valoir ses pi étendons sut Geneve par la force des armes ou par voie de justice, Berne ne pi ôterait a cette ville «aucune aide, ni faveur ». En même temps qu’ils faisaient la paix, les représentants de Berne convinrent avec ceux de la Savoie d une alliance défensive entre les deux Etats. On put croire que les Bernois se
E. A., V 1, p. 1850-1834 (texte du traité). — Ce traité, dit Contrat de Sancy, est aussi imprimé dans Spon, II, p. 233. Voir Gautier, V, p. S04.
2 Segesser, III, ire partie, p. 385.
' E. A., V i, p. 178-179. - Gautier, V, p. 533 et suiv., 552 ; Fazy, Genève et Charles- Emmanuel /er, p. 1-3.
ALLIANCES DE GENEVE AVEC LES CANTONS SUISSES
préparaient à renier entièrement leur politique traditionnelle et à emboîter le pas aux V Cantons
Cependant, les traités de Nyon firent naître une vive émotion dans tout le monde protestant, où ils furent regardés comme la plus noire des trahisons envers la célèbre métropole de la foi réformée1 2. Zurich, Bàle et Schaffhouse unirent leurs efforts à ceux de l’ambassadeur de France pour les faire rompre3 4. A Berne même, il se forma une opposition si puissante, que le Conseil n’osa prendre sur lui de ratifier et de jurer les deux traités, et qu'il jugea prudent de soumettre la décision au referendum des communes de la ville et de la campagne. Celles-ci se prononcèrent à une écrasante majorité, aussi bien dans l’ancien territoire que dans le Pays de Vaud, contre les traités de paix et d’alliance avec la Savoie et contre l’indigne abandon de Genève par la Seigneurie de Berne. A la suite de ce vote, les Conseils bernois prirent la décision de casser les traités de Nyon et d’en informer le duc avec le plus de ménagements possible F
Si les liens qui rattachaient Genève à la Suisse ne furent pas rompus alors, on le doit au solide bon sens du peuple bernois, incapable de comprendre comment on pouvait en venir, dans un moment de mauvaise humeur et de faiblesse, à sacrifier aussi légèrement les fruits d une politique poursuivie avec persévérance pendant plus d’un demi-siècle.
Genève et Henri IV ( 1 5go-i6o i).
Malgré la preuve d’attachement que lui avait donnée le peuple bernois, Genève n’en continua pas moins, dans les années qui suivirent, à entretenir des
1 E. A., V i , p. 182-189 (texte des deux traités). — Gautier, V, p. 554-557, et VI, p. 1-9 ; Rott, II, p. 431-434.
2 Voir la lettre de l’antistès zuricois Stumpf au doyen bernois Musculus (20 octobre 1589), et la réponse des communes de l'Argovie à la consultation du gouvernement de Berne, dans Schui.er, Versuch einer politischen Geschichte von Genf bis 7 um Frieden von St-Julien r6o3, dans Helvetia, IV, p. 122 et i3o; Muller-Vueliemin, Histoire de la Confédération suisse, XII, p. 276.
3 E. A., V 1, p. 196, 206. — Gautier, VI, p. 9-14, i9-3o, 38 et suiv.
4 E. A., V 1, p. 189. Schuler, op. cit., p. 89-100. La réponse des députés vaudois (Gautier, VI, p. 25-27) démontre éloquemment l’erreur commise par l’historien Jules Vuy, lorsqu’il parle de « l’attitude sourdement hostile et menaçante » des bailliages vaudois contre la domination bernoise à cette époque ( Capitulation du fort Sainte-Catherine, dans Mémoires de l'Institut national genevois, XIII (1871), p. 4). Voir M. von Stüki.er, Die Volksanfragen im alten Bern, dans Archiv des historischen Vereins des Kantons Bern, VII (1871), p. 241 et suiv.
l’alliance DE 1584