‹ La Maison de ville de GenèveChapitre 8 sur 118 · TOME III · texte numérisé non relu

TOME III

LA TOUR BAUDET

Les différentes phases de la construction. — Description de l’extérieur ; date de construction de la base, les systèmes de défense, le couronnement en brique. — L’intérieur de la tour; la grande Grotte, son accès et son utilisation ; la petite Grotte ; la salle du Conseil, date de son installation, sa destination première, description de la salle : le plafond, les portes, les cheminées détruites, les poêles, les bancs et les vitraux disparus.

Nous avons vu l’origine de la tour Baudet. En 1455, on creusait ses fondations et l’on plaçait dans sa base quatre plants de chêne1. Nul compte d’achat de matériaux ne nous fait connaître jusqu’où fut poussé le travail; à la fin de l’année il était encore peu avancé a. En 1462, la tour avait atteint une certaine hauteur puisqu’on est obligé de la recouvrir, sa toiture étant détruite3. Elle n’était cependant pas achevée alors, car, en 1488 h le Conseil décide de travailler à la tour de la Maison de ville. Si la tour commencée en iqE>5 avait été entièrement détruite, nous en aurions eu connaissance ; il semble donc plus probable que le terme edifficare signifie continuer une construction commencée. Cela paraît d’autant plus vraisemblable que d’autres documents de la même année décrivent d’une façon assez détaillée les travaux exécutés dans les deux étages supérieurs et dans le toit de la tour, mais ne men-

1 C. M. et Q., vol. 1 (10 et 13 juin).

2 Ibid., (18 novembre).

3 Ordinatum qnod turris nova sita in porta ‘ Boudeti recuperiretur, cujus [ co]peptura destruebatur (IL C.,

vol. 5, f° 135, 24 août).

4 qnod turris domus ville edifficaretur et deputavit honorabiles viros . qui illam perjïcere faciant (Ibid.,

vol. 11, f° 88, 18 juin). Ce ne peut être une autre tour, puisque celle qui fut commencée en 1455 s’appelle déjà turris consilii civitatis ou turris porte Bodet.

LA TOUR BAUDET

tionnent pas sa base. Ainsi, le 23 septembre, le Conseil, délibérant au sujet de la forme à donner aux fenêtres de la salle du deuxième étage, décide de faire à l’est deux petites fenêtres (ollieti), au midi une fenêtre croisée (feues tr a cruciata) et deux petites, à l’ouest également une fenêtre croisée h Cette description s’applique singulièrement bien aux fenêtres de la salle actuelle du Conseil d’Etat, telles qu’elles ont été reconstituées en iqoi, d’après les constatations faites sur le bâtiment luimême. En 1488 et 1489 2, on donne à tâche la dernière poutraison et le toit de la tour ; on ne voulut pas tout d’abord établir l’étage supérieur, puis on s’y décida pour ne pas faire reposer la toiture directement sur le mur de la salle. Il semble donc que la tour a été construite en deux étapes; commencée en iq55, elle n’a été entièrement achevée qu’en 1489.

Par son apparence extérieure et ses proportions, la tour Baudet (pl. II) donne bien plus l’impression d’une tour de château fort que d’une tour de fortification3. Un simple coup d’oeil jeté sur cet édifice confirme déjà les données fournies par les documents; un examen plus approfondi de la construction dans ses détails rendra nos suppositions plus vraisemblables encore.

La tour Baudet4 est une solide construction de plan rectangulaire, mesurant environ 9m 80 X i4m 20. Sa base, percée de rares et petites ouvertures, n’a pas été modifiée depuis sa construction. Les fenêtres du second étage avaient perdu peu à peu tout caractère ; elles ont été habilement restaurées ces dernières années. L’étage supérieur, dont les fenêtres ont été augmentées en nombre et en dimension, a subi des changements notables depuis le XVe siècle; la toiture, elle aussi, a été modifiée à plusieurs reprises. Quatre espèces de matériaux ont servi à la construction de la tour : la base, les chaînages d’angle et la plupart des encadrements des ouvertures sont en roche 3, la maçonnerie des deux étages intermédiaires en cailloux ronds, et le couronnement en brique. A l’intérieur, le revêtement des embrasures des fenêtres et des meurtrières, ainsi que les nervures et les consoles supportant les voûtes de la grande Grotte6, sont en molasse.

1 R. C., vol 11, f° 102 (1488). Il est difficile d’admettre que ces fenêtres aient été percées après coup dans un mur existant.

2 Ibid., f"s 108 et v°, 125 et 128 (4 et 11 novembre 1488, 10 et 31 mars 1489).

3 Au XV" siècle, la tour était plus dégagée qu’elle ne l’est aujourd’hui (voir fig. 5). La construction des nouvelles façades en 1620, et surtout leur surélévation au XIX' siècle, ont détruit sa silhouette du côté nord.

* Au XV' siècle, le nom est écrit Baudet, Baudet et Bodet. Une famille de ce nom existait à Genève à cette époque ; peut-être possédait-elle un terrain ou une maison voisine de la tour.

s A l’est se trouvent quelques encadrements en molasse.

6 Les deux étages inférieurs de la tour portent aujourd’hui encore le nom de Grottes, soit la grande Grotte au rez-de-chaussée et la petite Grotte au premier étage.

Le soubassement en grand appareil de roche s’élève à 4 mètres environ audessus du sol. Il est formé d’assises * 1 à bossages, dont la hauteur varie entre 40 et 70 centimètres. Le joint supérieur de la dernière assise ne se trouve pas au niveau de l’extrados de la voûte de la Grotte, qui est plus élevée. La division horizontale de la façade ne correspond donc pas à la division intérieure, et ne semble pas être le signe d’un arrêt dans la construction 2. Le soubassement est percé de quelques ouvertures. Sur les faces sud et ouest, à peu de distance de l’angle, deux meurtrières, surmontées l’une et l’autre de rainures verticales, débouchent intérieurement dans de grandes niches, aujourd’hui garnies de rayons d’archives. Dans une troisième niche, une grande fenêtre, s’ouvrant sur l’escalier de la terrasse3, a certainement

remplacé des meurtrières semblables aux précédentes. La tour avait donc à sa base trois points de défense, deux au midi et l’un au couchant, disposition parfaitement expliquée par le débouché primitif de la rampe de la Treille1 5. Les deux seules défenses qui subsistent ont été murées; on peut cependant reconnaître encore leur forme générale (fig. g). La meurtrière sud est percée au milieu d’un bossage brut, haut de 70 centimètres et son axe est à go centimètres au-dessus du sol actuel ; un gros boudin entoure

son orifice, dont le diamètre a environ 25 centimètres6. Dans l’axe et au-dessus de cette meurtrière, dont elle est entièrement séparée, se trouve une rainure verticale, haute de 83 centimètres et large de 8, qui n’est pas taillée dans la roche, mais qui s’ouvre dans l’espace laissé vide entre les moellons des assises6. Sur la lace ouest, les défenses

Fig. 9. - — Meurtrière de la grande Grotte

1 Les assises supérieures ont des joints horizontaux continus, et les assises inférieures présentent des ressauts.

2 Les bossages en roche se retrouvent d’ailleurs dans les chaînages d’angle qui montent jusque sous le dernier étage.

3 L’aménagement de la terrasse et la pose de la balustrade et de l’escalier datent de 1705 (R. C. G., vol. 11, fos 30 et 40, 3 février et 23 mars).

4 Voir le fragment de la vue de Chastillon à la fig. 5; voir aussi la vue de Merian.

5 11 n’est pas possible de constater si le diamètre de l’orifice va se rétrécissant vers l’intérieur, puisque les ouvertures sont aujourd’hui murées.

6 II semble probable que les meurtrières étaient destinées à des armes à feu et que les rainures servaient à viser. Nous n’avons pas rencontré ailleurs de disposition parfaitement semblable : le donjon de Ilomont présente des défenses construites selon un principe analogue, mais de forme différente.

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